Pourquoi Harper met le Québec et les provinces à genoux

Pour compenser la décision fédérale de réduire les transferts pour la santé, les provinces devront trouver 44 milliards de dollars par année.

Photo: Mike Ridewood/Getty Images
Photo: Mike Ridewood/Getty Images

Le Québec et les provinces canadiennes en faillite?

Ça peut sembler gros comme affirmation, mais c’est la conclusion à laquelle est parvenu le Directeur parlementaire du budget (DPB) en analysant une décision du gouvernement Harper passée relativement inaperçue.

En décembre 2011, le gouvernement conservateur a annoncé qu’à compter de 2016-17, plutôt que d’augmenter de 6% par année, les transferts pour la santé versés aux provinces progresseraient selon la moyenne mobile sur trois ans de la croissance du PIB nominal, projetée à 3,9% par année. Le DPB prévoit que de leur côté, les dépenses en santé du Québec et des provinces augmenteront à un rythme moyen de 5,1% par année.

L’écart entre l’augmentation des transferts fédéraux et celle des dépenses en santé sera donc de 1,2% par an. Cela semble minuscule. À peine plus de 1%…

C’est énorme, en fait. Si cette décision devait être maintenue indéfiniment, le résultat sera catastrophique. Le Directeur parlementaire a calculé que pour compenser la décision fédérale, le Québec et les provinces devraient à terme augmenter les impôts ou couper dans leurs dépenses à hauteur de 44 milliards de dollars par année. Pour le Québec, on parle d’environ 10 milliards de dollars. Par année!

C’est gigantesque! Imaginez si le gouvernement du Québec augmentait ses impôts et taxes de 10 milliards de dollars. C’est dix fois plus que la taxe santé tant honnie. Dix fois plus! Et si on n’augmentait pas les impôts, il faudrait couper dans les dépenses à une échelle inimaginable. En comparaison, l’exercice actuel d’effort budgétaire du gouvernement Marois ressemblerait à une douce promenade dans un champ fleuri.

Dans son analyse, le DPB présente un tableau saisissant :

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Ce qu’on voit dans ce tableau, c’est l’explosion de la dette du Québec et des provinces et la disparition de la dette fédérale. C’est ahurissant. À ce niveau d’endettement, le Québec et les provinces seraient carrément en faillite. On ne parle plus de déséquilibre fiscal, ici, mais plutôt de cataclysme fiscal.

Il faut donc se demander pourquoi le gouvernement conservateur a pris une telle décision, qui semble absurde à sa face même.

On ne peut que spéculer, mais voici mon hypothèse, en trois temps :

  • D’abord, cela permet à Ottawa de mettre le Québec et les provinces à genoux avant même de débuter les pourparlers sur le renouvellement des transferts fédéraux en santé;
  • En réduisant le niveau de ses transferts, le gouvernement Harper se donne une immense marge de manœuvre financière. Cela lui permettra de promettre des baisses d’impôt très alléchantes au moment des élections fédérales de 2015 ;
  • En leur imposant des pressions financières aussi fortes, le Québec et les provinces n’auront d’autres choix que de restreindre leurs dépenses publiques en santé, ce qui ouvrira la porte toute grande au privé. Privatisation progressive des soins de santé, donc.

Mettre le Québec à genoux, promettre des baisses d’impôt, privatiser la santé.

Comment le gouvernement Harper pourrait-il résister à un scénario aussi séduisant…

 

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Le problème n’est pas au fédéral. Le problème est au provincial.

Il faut que les dépenses en santé cessent de croitre à 5.2% par an. Point.
C’est inutile de continuer ainsi.
C’est suicidaire de continuer ainsi.
Les problèmes en santé sont beaucoup plus liés à l’organisation qu’à la croissance du financement.

Penser que les dépenses en santé pourraient continuer de croitre à un rythme supérieur au PIB pour les 60 prochaines années, sans qu’on s’enlise dans une faillite terrible, c’est de la pensée magique. Penser qu’il suffirait qu’Ottawa intervienne pour qu’on puisse soutenir une telle croissance suicidaire, c’est fallacieux.

Diminuer la croissance des dépenses de 5.1% à 3.9%, ce n’est pas « faire des compressions et ouvrir la porte au privé ». C’est le gros bon sens.

Z’avez beau pensé avoir trouvé une bonne munition contre le fédéral ici, le problème est dans notre cour à nous.

Et le ROC d’applaudir, même si la mesure touche les provinces, puisque le gouv Harper ne s’est pas fait élire tout seul…

Je ne crois pas avoir jamais autant détesté un politicien.
Il est d’autant plus important que la tendance se renverse en 2015 et que les Conservateurs soient chassés du pouvoir. Ils doivent fêter le 10e anniversaire de leur victoire de 2006 assis du côté de l’opposition.
Nous ne pouvons nous permettre un autre mandat conservateur, majoritaire ou minoritaire, sous aucun prétexte (de toute façon ils ont bien montré dans leurs mandats minoritaires qu’ils peuvent faire bien des dommages quand même).

Personnellement, si le gouvernement fédéral diminue les transferts aux provinces, et baisse ensuite les impôts en conséquence, je ne vois pas le problème. Les provinces n’ont ensuite qu’à augmenter leurs propres impôts pour le même montant. Ça revient au même qu’un transfert de points d’impôt, et ça contribue par ailleurs à diminuer l’influence du gouvernement fédéral. J’aimerais même que les transferts soient supprimés et entièrement remplacés par des points d’impôt. Ainsi, ce serait chacun son métier et les vaches seront bien gardées. On ne peut contester le pouvoir de dépenser du fédéral et s’insurger en même temps chaque fois qu’il réduit les transferts. Il me semble qu’un indépendantiste ne devrait pas chercher à maintenir la dépendance du Québec envers le fédéral.