Pénurie de main-d’œuvre : Attirer, former, retenir

Différentes pistes sont envisageables pour atténuer les conséquences du manque de travailleurs. Et l’État québécois dispose de plusieurs leviers pour agir. Vue d’ensemble avec trois experts.

Photo : Rodolphe Beaulieu

La pénurie de main-d’œuvre s’observe et se mesure partout. Dans les statistiques, mais aussi dans la multiplication des offres d’emploi en ligne, ou sur les affichettes « personnel demandé » qu’on voit sur les portes de commerces forcés de réduire leurs heures d’ouverture. La crise est réelle. Et elle ne fait que commencer — les courbes démographiques sont limpides.

« Le phénomène de la rareté de la main-d’œuvre touche les entreprises de toutes les régions du Québec et de tous les secteurs d’activité économique », résumait récemment dans un document le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. En 2015, il y avait cinq personnes en chômage par poste vacant ; en juin dernier, on comptait plus de postes libres que de chômeurs. Pour le premier trimestre de l’année, le taux de postes vacants, soit la proportion d’emplois non pourvus par rapport au nombre total de jobs, atteint 6,2 %. Une hausse de près de 35 % en un an… Le ministre Jean Boulet parle d’un « défi de société », qui va s’aggraver jusqu’au tournant de la prochaine décennie. Le recensement de 2021 montre en effet que jamais auparavant le nombre de personnes près de la retraite n’a été aussi élevé au Canada. 

Les pistes ne manquent pas pour atténuer les conséquences de la pénurie. Et l’État dispose de plusieurs leviers pour agir. Tour d’horizon avec trois experts.

1. Réduire les impôts des 60 ans et plus pour les garder au travail

De 75 000 à 90 000 personnes entre 60 et 69 ans pourraient revenir sur le marché du travail, calcule le Conseil du patronat du Québec (CPQ). Une façon de les convaincre serait de « hausser le seuil de revenu supplémentaire qui permet de ne pas payer d’impôt et de s’assurer aussi que ces gens ne seront pas pénalisés dans leur régime de retraite », affirme Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ. Pour inciter les entreprises à faire une place à ces travailleurs d’expérience, l’État devrait leur permettre de ne plus contribuer au Régime des rentes du Québec (RRQ) ni à l’assurance-emploi (ce qui relève d’Ottawa), suggère également l’ancien député libéral provincial. 

2. Accueillir plus d’immigrants et simplifier le renouvellement des permis de travail

Les observateurs s’entendent pour dire qu’on ne réglera pas la pénurie par la seule immigration, mais que cela fait partie de la solution. En 2021, un emploi sur cinq était occupé par un immigrant au Québec. En 10 ans, le taux de chômage des 25 à 54 ans de ce groupe est passé de 12,7 % à 5,3 %. « Les données sur l’intégration au marché du travail montrent des progrès exceptionnels », dit Mia Homsy. La PDG de l’Institut du Québec (IDQ), un organisme de recherches en politiques publiques, deviendra en septembre vice-présidente à la main-d’œuvre et à l’intelligence économique à Investissement Québec. Elle estime qu’il est temps de rehausser les seuils d’immigration annuels, actuellement de 50 000 résidents permanents par année. Sans déterminer une cible précise, l’IDQ propose de créer un programme qui prioriserait l’établissement de travailleurs et étudiants étrangers temporaires en région, et accélérerait l’obtention de leur résidence permanente. Concrètement, cela pourrait représenter jusqu’à 10 000 nouveaux arrivants permanents de plus par année. 

Mia Homsy voit d’un bon œil l’apport des travailleurs étrangers temporaires, qui viennent répondre à un besoin particulier. Mais elle note un « débalancement dans les ratios d’immigration » : en 2021, il y avait au Québec quelque 177 000 immigrants temporaires (ce qui inclut les étudiants étrangers), et ceux-ci vivent une plus grande précarité que les permanents. Le programme que propose l’IDQ rétablirait en partie le déséquilibre, selon elle. 

Sur le même thème des immigrants temporaires, Diane-Gabrielle Tremblay, professeure à l’École des sciences de l’administration de l’Université TÉLUQ et titulaire de la Chaire de recherche sur les enjeux socio-organisationnels de la société du savoir, fait valoir qu’il faudrait fluidifier les processus administratifs. Les délais sont beaucoup plus longs au Québec qu’ailleurs au Canada pour obtenir la résidence permanente, et plusieurs embûches rendent difficile le renouvellement des permis de travail. « Il faut s’assurer que ça roule, dit-elle. Ce sont des gens déjà largement intégrés. »

3. Remplacer l’aide à la création d’emplois par l’aide à la productivité

Lors de chaque campagne électorale, c’est à qui promettra de créer le plus grand nombre d’emplois. Robert Bourassa avait marqué les esprits avec la barre des 100 000 emplois en 1970. En 2014, Philippe Couillard parlait de 250 000. « Dire “on va créer 100 emplois et recruter du monde”, ça ne marche plus, affirme Mia Homsy. Pourtant, tous les programmes sont encore orientés là-dessus : on associe toujours l’aide aux emplois créés », souligne-t-elle.

La pénurie actuelle devrait être l’occasion de « mieux harmoniser les politiques économiques avec les politiques de main-d’œuvre », croit la patronne de l’IDQ. Un exemple : avant que l’État finance un projet de développement économique du privé, un comité interministériel devrait étudier les secteurs et les professions susceptibles d’être touchés, les questions de développement des compétences et de formation, les stratégies à déployer pour assurer la disponibilité de la main-d’œuvre, etc. 

Mia Homsy propose également d’alléger le fardeau fiscal pour « récompenser les bons comportements des entreprises ». « Celles qui forment leurs employés, ou qui font des efforts de rétention des travailleurs d’expérience, doivent avoir des bénéfices. »

Karl Blackburn estime lui aussi que Québec doit rendre la « fiscalité compétitive » pour aider les entreprises à améliorer leur productivité, ce qui selon lui contribuera à pallier la pénurie. En favorisant l’investissement dans les nouvelles technologies, l’innovation, la recherche et l’automatisation, l’État réduira les besoins en personnel. 

4. Faciliter la mobilité

Les conditions de travail — notamment le salaire et les avantages sociaux — ont beau être les premiers leviers d’attraction, d’autres facteurs contribuent à attirer des candidats à un poste… ou à les en éloigner. Le gouvernement devrait « réduire au maximum » les barrières à la mobilité, plaide Mia Homsy. Ces barrières sont par exemple le manque de formation, la non-reconnaissance des compétences et des diplômes acquis à l’étranger, etc.

Dans une étude récente, l’IDQ soulignait que « les politiques publiques peuvent influer sur l’ensemble de ces barrières ». Mia Homsy fait un parallèle avec le domaine de la santé, où l’organisation du travail et les chasses gardées des corps de métier nuisent à la mobilité de la main-d’œuvre. L’État aurait tout avantage à agir, ajoute-t-elle : favoriser la mobilité influence positivement la productivité, et permet aux employés d’obtenir de meilleures conditions de travail. C’est gagnant-gagnant.

5. Ajouter des places en garderie… et construire des logements

Il faut voir au-delà de la seule question de la main-d’œuvre, soutient Diane-Gabrielle Tremblay. « Le manque de places en garderie est un très gros frein, qui empêche beaucoup de personnes de travailler », illustre-t-elle. Le gouvernement reconnaît qu’il manque 37 000 places subventionnées dans le réseau, et il s’est engagé à les offrir d’ici 2025. Sauf qu’il ne peut garantir que la cible sera atteinte… 

Karl Blackburn ajoute un autre enjeu : « La pénurie de logements. On a des entreprises qui sont dans des régions où le taux d’inoccupation des logements est presque nul. C’est difficile d’attirer quelqu’un pour travailler s’il ne peut pas se loger… » Ce problème est connu, et criant : les solutions passent par la construction de logements abordables, l’encadrement des rénovictions ou des locations de type Airbnb, les conversions d’immeubles…

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Si l’immigration étaient la solution à la pénurie de travailleurs, ce serait réglé depuis 50 ans;
Refaire la même chose (45,000 immigrants par année depuis 50 ans), et espérer un résultat différent, c’est le comble de l’idiotie !
Le problème est l’inverse, il ya pénurie de médecin, infirmière, professeur, ouvrier de la construction, travailleur de garderie, policier, epicier, fonctionnaires pour les services sociaux etc … pour servir les 50,000 immigrants qui arrivent chaque année.

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Rien n’oblige un citoyen à se rendre utile vis-à-vis de sa collectivité.
Croire qu’augmenter les places en garderies amènerait un plus grand nombre de travailleuses est illusoire et manque cruellement d’observation au quotidien. Autour de moi presque tous les enfants de mes voisins sont en garderie et les femmes ne sont pas au travail … simple constat sans méchanceté mais d’un grand réalisme.
RAmener les personnes de 60 ans et plus sur le marché du travail est une preuve hors de tout doute que les jeunes ne sont pas au rendez-vous.
Et si le manque de formation devait être réduit à son stricte minimum pour favoriser la mobilité, grand bien nous attend si nous croyons avoir la même qualité dans les biens et services.
Les solutions sont toujours très simples par écrit mais loin d’être aussi efficaces dans leur application, d’autant qu’elles sont mises en place par un gouvernement qu’on déteste … et pas par un syndicat qu’on affectionne bien.

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Vous avez raison pour les garderie. En connaissance de cause p.c.q. ma femme est en garderie subventionner En plus les personne sur l’aide sociale ont la garderie gratuit ( 100% payé par le gouvernement.) Des parents qui ne travaille pas et amènent leur enfants en garderie. Il y as des parents désespéré qui veulent travaillé ne trouve pas de garderie. Le gouvernement devrai privilégier ceux qui veulent TRAVAILLER. Le monde aujourdui est moi, moi et moi. Quand madame Marois a instauré les garderie s’était pour que les femmes peuvent aller sur le marché du travail sans se ruiner.

En région maintenant s’est plus payant avoir 3-4 enfants et si le mari fait pas plus que $ 40 000. Avec les cheque d’enfant et la TPS tu reçoit $2300.00 par mois maintenant alors pourquoi aller travaillé. La réalité n’est pas la mêmes en ville et en région. 4-5 ans passé avant la Covid tu pouvait acheter une maison en région pour $80000-$100000. L’hypothèques pour une maison de $100000 est d’environ $520.00. Grosse différence avec les grande ville. Beaucoup de mes amis ne travaille plus maintenant depuis 2 ans, pourquoi travaillé ils profitent de la campagne maintenant. En passant si vous me croyez pas aller sur le site de allocation fédéral et vous pouvez faire des scénario . mettez des nom d’enfants et des date de fête et a la fin vous voyez le prix que vous pouvez recevoir et la TPS aussi par mois.

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