Petite politique conservatrice sous couvert de lutte contre le terrorisme

Vendredi dernier, les conservateurs ont prétendu que dans la foulée de la tragédie de Boston, le Parlement devait adopter au plus tôt un projet de loi sur la lutte contre le terrorisme, le projet S-7. Pour cette raison, ils devaient reporter la journée d’opposition de lundi que les libéraux se préparaient à utiliser pour mettre en relief les tiraillements au sein du caucus conservateur.

Le débat a donc commencé ce matin et l’opposition s’est fait un malin plaisir de citer l’éditorial du Globe and Mail accusant le gouvernement d’opportunisme crasse dans cette affaire. Les conservateurs ont évidemment réagi avec indignation. Comment osait-on mettre en doute leur bonne foi?

Mais si bonne foi il y a, comment peuvent-ils expliquer que le gouvernement n’ait vu l’urgence d’agir qu’après avoir lu, vendredi, la motion libérale potentiellement embarrassante? Le jour précédent, c’est-à-dire jeudi, le leader parlementaire du gouvernement Peter Van Loan a présenté aux Communes le programme parlementaire de la semaine suivante, ce qu’il le fait chaque jeudi. Le projet S-7 n’y figurait pas. Pourtant, l’attentat de Boston avait eu lieu trois jours plus tôt.

Le gouvernement a modifié l’ordre du jour des travaux pour servir ses propres fins partisanes, pas parce que ce projet de loi devait soudainement être adopté. Ce projet présenté d’abord au Sénat est arrivé à la Chambre en juin 2012. La deuxième lecture n’a eu lieu qu’au mois d’octobre. Le rapport du comité, qui a étudié le projet, a été adopté à la mi-février, mais ce n’est que le 28 mars que le gouvernement a entrepris l’étape de la troisième lecture. Il y a consacré une journée puis, plus rien. Jusqu’à aujourd’hui.

La manœuvre du gouvernement est cousue de fil blanc, mais les conservateurs comptent toujours sur le peu de cas que les citoyens font de la procédure parlementaire pour leur faire avaler une lecture des faits qui avantage leur parti.

Et ils n’ont pas sorti cette carte de la lutte contre le terrorisme par accident. Ils l’ont choisi parce qu’ils espèrent pouvoir embarrasser le nouveau chef libéral Justin Trudeau, même si son parti appuie S-7. C’est qu’au lendemain de l’attentat de Boston, M. Trudeau a mentionné qu’il fallait s’interroger sur ce qui mène des jeunes au terrorisme. Depuis, les conservateurs ne cessent d’affirmer que M. Trudeau n’a pas eu sur le coup la réaction attendue d’un vrai chef. Le premier ministre Stephen Harper s’est même permis une déclaration à cet effet depuis Londres.

Et on affirme après cela que le gouvernement ne cherche pas à exploiter politiquement cette tragédie…

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L’opportunisme politique, ce serait un gouvernement habituellement « soft on crime » qui adopterait soudainement une loi anti-crime ou anti-terrorisme. Or ça fait 7 ans que le gouvernement fédéral adopte des lois qui ne sont pas « soft on crime », au grand dam des partis d’opposition qui, comme Trudeau, veulent faire des calins aux terroristes.

Le meilleur exemple est Jean Charest, ancien chef d’un parti « soft on crime », qui a adopté une loi symbolique sans effet réel pour tirer profit politiquement de la mort de la jeune fille au collège Dawson. À mon souvenir, les journalistes québécois n ‘avaient aucun problème avec ça à l’époque.

Encore une chronique idéologigue qui s’abreuve à la haine aveugle des conservateurs.

C’est de bonne guerre de vouloir embarrasser le nouveau chef d’un parti politique nouvellement élu, d’autant plus que le dit parti appuis le projet S-7.
Le citoyen est normalement au courant des fourberies parlementaire et de tous les trucs de dénigrement q’utilisent les différents partis pour enfarger leurs adversaires. Si les libéraux étaient a la place des conservateurs ils utiliseraient les mêmes trucs parlementaire. Donc il faut pas jouer les vierges offensées Messieurs ou mesdames du Globe. Garder vos appréhensions pour éventuellement dénoncer un Justin Trudeau qui utiliserait les mesures de guerre pour empêcher une sécession du Québec promulguer a la suite d’un vote de moins de 66% au cours d’un référendum. Probablement que le Globe n’accuserait pas Trudeau ( d’opportunisme crasse dans cette affaire).

Je trouve cela malheureux, mais je dois me ranger du côté de Eric et oui il faut lire les analystes du Globe & Mail et du National Post pour voir des commentaires politiques nuancés capable de départager différentes perspectives. Cette pratique a l’avantage d’être beaucoup moins prévisible que le chronique du jour anti-conservatrice.

Je met le lien de la plus récente chronique de Jeffrey Simpson à ce sujet. Un lecteur alerte remarquera que M. Simpson est critique autant d’un côté que de l’autre.

http://www.theglobeandmail.com/commentary/trudeaus-terror-gaffe-a-winner-for-conservatives/article11508194/