Pétrole et gaz de schiste: lorsque les citoyens s’en mêlent

Dans les dossiers «chauds» des filières pétrolières et gazières, deux initiatives issues de la société civile méritent qu’on s’y arrête.

Sur fond d’un cafouillage politique gênant au gouvernement Marois dans le dossier de la fracturation hydraulique et de la protection des sources d’eau potable, la première de ces initiatives citoyennes est celle du Conseil des Canadiens (CDC)- un regroupement progressiste bien connu.

Lancée cette semaine, l’objectif de la campagne: se porter à la défense du moratoire de facto du Québec sur la fracturation hydraulique imposé à l’industrie du gaz de schiste.

Rappelons que ce moratoire modulé selon certaines conditions fut annoncé en 2011 pour l’estuaire du Saint-Laurent. Le  tout, en attendant les résultats d’études d’impact environnemental plus poussées.

Aujourd’hui, une campagne et une pétition invitent plus particulièrement les citoyens à dire «Non» à Lone Pine Resources – une compagnie gazière et pétrolière américaine opérant aussi au Canada et dont le siège social est à Calgary.

Ce «Non» s’adresse à l’«avis d’intention» déposé en novembre dernier par Lone Pine Resources de «se plaindre en arbitrage» du dit moratoire «en vertu de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA)». En guise de compensation, la compagnie réclame 250 millions de dollars au gouvernement fédéral.

La pétition est par ailleurs commanditée par le CDC, le Réseau québécois sur l’intégration continentale, le Club Sierra et et le groupe For Love of Water (FLOW):

«Lone Pine, qui caresse le projet d’extraire du gaz par fracturation sous le Fleuve Saint-Laurent, a menacé de poursuivre le Canada en vertu de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). La compagnie demande une compensation  de 250 millions de dollars alléguant que le moratoire du Québec viole le «droit» de Lone Pine de pratiquer la fracturation !

Nous ne devrions pas avoir à payer pour protéger l’environnement et notre bien-être. Les communautés, et non pas les entreprises privées, doivent avoir le dernier mot sur la fracturation ou tout autre projet qui menace les sources d’eau potable, l’environnement et la santé publique. On ne devrait pas être pénalisé lorsque l’on dit «NON !».»

Il est intéressant de noter que cette campagne était lancée par des groupes citoyens basés autant au Québec, qu’au Canada anglais et aux États-Unis. Et ce, à la veille même de l’assemblée annuelle des actionnaires de Lone Pine tenue à Calgary, le 15 mai.

En fait, cet avis d’intention de Lone Pine de poursuivre témoigne surtout de l’impatience croissante de cette puissante industrie face à des décisions gouvernementales, ici et à l’étranger, qui mènent à des moratoires contre la méthode hautement controversée de fracturation hydraulique.

En juin 2011, l’ex-premier ministre Lucien Bouchard – alors président de l’Association pétrolière et gazière du Québec- , avançait d’ailleurs en commission parlementaire la menace de possibles poursuites si des compensations n’étaient pas accordées à l’industrie visée par le moratoire…

À suivre…

***

Pendant ce temps, dans la filière pétrolière…

Par contre, dans la filière pétrolière, c’est une autre histoire.

Le gouvernement du Québec bouge – quoique partiellement seulement -, dans le dossier contentieux du gaz de schiste dans les basses terres du Saint-Laurent. Or, le mystère continue de flotter sur le dossier pétrolier dans son ensemble. Incluant sur le pétrole de schiste, lequel fait pourtant appel à des techniques similaires de fracturation hydraulique.

Le mystère flotte, entre autres, sur le projet tout aussi controversé de la compagnie Enbridge d’inverser le flux d’un de ses oléoducs pour y faire possiblement transiger au Québec du pétrole des sables bitumineux albertains.

Ces mêmes sables bitumineux sont considérés comme étant particulièrement polluants. Au point qu’ils pourraient même faire l’objet d’une «directive restrictive» de la part de l’Union européenne. La tournée européenne du ministre fédéral de l’Environnement pour y «vendre» ce type de pétrole fut d’ailleurs un véritable fiasco…

Quant à l’ouverture évidente du gouvernement Marois à la filière pétrolière, pour un survol des projets en jeu, voir ici et ici.

Et donc, face à cette ouverture de Québec et aux pressions de plus en plus fortes d’Enbridge, La Presse rapporte que des citoyens se mobilisent et somment le gouvernement Marois d’intervenir.

Cette autre initiative citoyenne est celle-ci:

«Un regroupement de citoyens et d’écologistes presse le gouvernement Marois de lancer une consultation publique sur l’inversion du flux du pipeline 9B d’Enbridge vers Montréal, citant le mauvais bilan de la société albertaine en matière de sécurité et les lacunes dans les audiences publiques fédérales.

La Coalition vigilance oléoduc, qui se décrit comme un « regroupement informel et décentralisé d’une cinquantaine de citoyens et de groupes locaux », a été lancé le mois dernier. Il rassemble des personnes et des organismes établis dans les Basses-Laurentides, le long de l’oléoduc qui relie Montréal à Sarnia, en Ontario.

Le groupe somme Québec d’instituer au plus vite une évaluation environnementale du projet, qui fait déjà l’objet d’audiences publiques à l’Office national de l’énergie. Jean Léger, citoyen de Mirabel, estime que le processus fédéral a un parti pris pour le projet.»

Bref, cette fois-ci, l’impatience est du côté de citoyens inquiets de s’en faire passer une petite vite par le gouvernement Marois dans ce dossier.

En mars, le ministre de l’Environnement – tout en refusant de donner le dossier au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) -, promettait sous peu une autre forme d’évaluation environnementale «sans compromis», précisait-il. On attend toujours… D’où l’impatience.

Une impatience qui, par ailleurs, s’explique aussi par la rapidité avec laquelle en novembre dernier, Pauline Marois et son homologue albertaine, Alison Redford, s’entendaient au Conseil de la fédération sur la création d’un comité conjoint mixte fort discret pour «étudier» le projet.

Connaissant l’empressement de Mme Redford à tenter de «vendre» le pétrole des sables bitumineux partout où elle le peut, cette impatience risque de se transformer bientôt en inquiétude.

Pendant ce temps, on attend toujours l’annonce du gouvernement Marois sur le dossier Enbridge.

À suivre…

***

Le NPD s’en mêle…

Cette même semaine, du côté fédéral, le chef du NPD, Thomas Mulcair, disait quant à lui s’opposer dorénavant au projet d‘Enbridge pour cause d’évaluation environnementale non fiable :

«Est-ce qu’il y aura plus de risques de fuites? C’est une question technique. Normalement, quand on a un système d’évaluation environnementale crédible, c’est le genre de chose qu’on peut regarder. Mais il n’y a plus de système d’évaluation environnementale au Canada avec Stephen Harper.»

Voilà, au moins, qui a le mérite d’être clair.

Pendant ce temps, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle aussi, est on ne peut plus claire sur les effets potentiels de la montée prévisible de la production et exportation du pétrole canadien et nord-américain, dont surtout ceux issus des sables bitumineux et du pétrole de schiste.

Parlant en termes de «supply shock» à venir – rien de moins qu’un choc mondial dans l’approvisionnement – l’AIE braque les projecteurs sur une offre et une demande mondiales en pleine expansion. Les conséquences négatives possibles sur l’environnement d’un tel scénario ne feront qu’ajouter à l’inquiétude ambiante.

Face à une vague aussi puissante, le gouvernement du Québec a beau jurer dur comme fer qu’il voit des miracles à venir dans l’«électrification des transports», l’impression est plutôt qu’il est nettement plus tenté par la filière pétrolière. Pour le meilleur et pour le pire.

***

DERNIÈRE HEURE:

Une autre initiative – celle-ci de la part d’universitaires, de scientifiques, d’économistes et de groupes environnementaux – serait également lancée ce 16 mai.

Présenté sous le nom de TarSandsRealityCheck.com, ce regroupement de voix canadiennes, américaines et européennes vise à présenter un contre-discours scientifique à celui des puissants lobbys de l’industrie des sables bitumineux albertains – des lobbys qui, de toute évidence, ont l’oreille de plusieurs gouvernements au Canada, dont , en tout premier lieu, celui de Stephen Harper.

Pour visionner leur vidéo (en anglais), c’est ici.

Ce contre-discours, lit-on dans leur présentation, viserait à faire la démonstration des «impacts dévastateurs des sables bitumineux sur le climat, l’économie, les droits humains, la terre et la faune».

À suivre…

 

 

 

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3 commentaires
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D’abord, je crois que sous plusieurs aspects, l’ALENA vise avant tout à accroître la richesse des grandes entreprises mais pas la préservation des emplois locaux ni la préservation environnementale des territoires. Je me méfis donc beaucoup des impacts de l’ALENA et j’espère que nos gouvernements auront le courage de résister aux tentatives des entreprises étrangères de les prendre en otage en bafouant les intérêts des citoyens.

Par ailleurs, le Québec est riche de ses ressources hydroélectriques. Sur le marché international, il est évident que la pression des marchés tendra à faire baisser le prix du pétrole et conséquemment rendre moins intéressant, notamment par les USA, l’approvisionnement en électricité du Québec.

Si le Québec exporte moins d’électricité en dehors de ses frontières nous pouvons raisonnablement comprendre qu’il en aura plus pour sa consommation domestique. Dans l’état actuel du marché de l’énergie, des surplus seraient donc à prévoir pour Hydro-Québec. Alors ne serait-il pas indiqué pour l’État québécois de mettre en place une politique agressive d’électrification des transports ?

Le Québec a développé depuis un bon bout de temps une expertise exceptionnelle dans tout ce qui concerne la production et le transport de l’électricité. Il s’est également fait remarquer dans le développement de technologies novatrices d’utilisation de l’électricité. Le moteur-roue de M. Pierre Couture en est un excellent exemple. Le Québec est donc dans une excellente situation pour pousser encore plus loin l’utilisation de son hydroélectricité pour améliorer notablement son efficacité industrielle tout en ne nuisant pas à son bilan environnemental. Par exemple l’installation d’un monorail électrique entre Montréal et Québec pourrait devenir une réalisation extrêmement pertinente tant au plan strictement du transport, mais aussi comme vitrine pour vendre ailleurs cette technologie.

Il y a encore quelques années seulement des experts prévoyaient un accroissement très significatif du coût des énergies fossiles. Ils prévoyaient même voir poindre la période où la production pétrolière déclinerait au point où l’industrie pétrolière ne serait plus en mesure de répondre à l’accroissement continu de la demande. La pénurie pétrolière devenait une certitude pour les années 2020 environs. (cf. La Face cachée du pétrole; Éric Laurent)

Mais c’est évident que le pétrole et l’ensemble des énergies fossiles sont des ressources non renouvelables. Nous n’avons pas les moyens d’attendre les millions d’années nécessaires à leur possible renouvellement par dame Nature 😉 . Un jour ou l’autre elles deviendront de plus en plus rares. Mais aujourd’hui, il est beaucoup plus risqué d’investir des milliards de dollars dans cette industrie. On voit par exemple le prix du gaz naturel chuter à une allure impressionnante. C’est essentiellement le résultat de l’accroissement formidable de la production américaine qui devrait se continuer pendant encore quelques décennies.

Donc, tout m’indique que le Québec ne doit pas s’engager dans la filière des énergies fossiles qui, semble-t-il seront de moins en moins rentables. Ses réserves ne disparaîtront pas. Les chances sont qu’avec le temps les techniques d’exploitation seront améliorées et présenteront moins de risques pour l’environnement. En attendant le Québec est loin d’être à court d’énergie. À nous d’être assez intelligents et innovateurs pour en profiter.

«Gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare!»
[Michel Audiard]

Une extrême vigilance est de mise face au gouvernement Marois qui renie systématiquement le programme du PQ en toute action de sa part et projet de loi déposé à l’Assemblée nationale depuis son élection. Les questions environnementales ne semblent plus être sur l’écran radar de ce gouvernement. À titre d’exemple, prenons seulement sa décision récente d’imposer aucune mesure visant la restauration de sites miniers par les entreprises sans conscience sociale laissant sur place des tonnes de détritus de toutes sortes suite à la fermeture définitive d’une mine. Il faut se réjouir du fait que ce gouvernement devra bientôt retourner devant ses électeurs qui, en nombre toujours plus grand étant floués, se tournent vers Québec solidaire et Option nationale.

Depuis le « Climategate », les écolos n’ont plus grande crédibilité à mes yeux. Il a été prouvé qu’ils ont salement manipulé les données pour tenter de confirmer leurs théories à deux balles.

Toute exploitation de richesse naturelle entraîne son lot de complications et de difficultés mais ça ne veut pas dire de cesser toute exploitation de ces dites richesses. « Zéro risque » n’existe que dans la tête des assembleurs de nuées et il y aura toujours pour eux des incertitudes menaçantes qui les pousseront encore plus en avant dans leur immobilisme.

Sont comme les dinosaures et ils finiront comme eux.