Philae, la comète et le droit de rêver

Qu’a-t-on fait, exactement ? On a posé une boîte de la grosseur d’une machine à laver sur un bloc de glace vieux de 4,5 milliards d’années gros comme une montagne. Dans l’espace.

Politique— Salut, race humaine. Qu’est-ce que tu as fait, hier?
— Oh, pas grand-chose. De petits trucs, là, comme… FAIRE ATTERRIR UN ROBOT SUR UNE COMÈTE !

Êtes-vous aussi épaté que moi ? Suis-je le seul à avoir l’impression qu’il a lui-même, personnellement, déposé une capsule sur une comète ?

Ho, bien sûr, la simple calculatrice de poche d’un des scientifiques de l’Agence spatiale européenne suffirait à me larguer complètement, mais qu’importe. Je suis un humain. Des humains l’ont fait. Ergo : je l’ai fait.

Qu’a-t-on fait, exactement ? On a posé une boîte de la grosseur d’une machine à laver (Philae) sur un bloc de glace vieux de 4,5 milliards d’années gros comme une montagne — la comète Tchourioumov-Guérassimenko —, dans l’espace, en mouvement, après un trajet de six milliards de kilomètres qui a duré dix ans et cinq mois.

Que ça.

Marcher sur la Lune ? Boaf. Je marche moi-même tous les jours. Y a rien là.

Premier message transmis par le robot posé sur la comète : «Pas de trace de François Rebello ici non plus.»
Premier message transmis par le robot posé sur la comète : «Pas de trace de François Rebello ici non plus.» (Photo : ASE)

Moi qui ai de la difficulté à arriver à l’heure au bureau, le matin, je suis complètement soufflé par le niveau d’organisation déployé pour cette mission. Une telle réussite ne peut faire autrement que de mettre en relief nos plus grands échecs en tant qu’espèce.

On explore les confins de notre système solaire, mais on ne trouve pas de meilleur endroit où mettre un port pétrolier que drette dans une pouponnière de bélugas.

On peut placer un objet en orbite autour d’une comète, mais je lis encore les commentaires sous les articles du Journal de Montréal.

On s’est posé sur la Lune en 1969, avec des ordinateurs puissants comme une machine à café de 2014, mais ce tweet :

tweet

On peut calculer avec exactitude un trajet de 10 ans dans l’espace, mais l’autobus me passe souvent sous le nez, parce que la ligne verte était en panne.

On se pose sur une comète, mais Yves Bolduc.

Mais assez de négatif. Ne laissons pas notre mauvaise foi prendre le dessus. Surtout qu’en tant que Québécois à qui l’on répète depuis des semaines qu’on ne peut pas, qu’on ne peut plus et qu’il faudrait pouvoir encore moins si on veut, peut-être, un jour, recommencer à pouvoir, cette réussite me touche particulièrement.

C’est la première fois depuis longtemps déjà qu’on me dit qu’il est possible de réussir quelque chose d’incroyable, qu’il est possible de rêver.

Allez ! Au travail, humaines et humains ! Il y a encore des mondes à découvrir, des univers à explorer, des impossibles à rendre possibles ! Moi, je m’y mets.

Mais d’abord, aller mettre mon Facebook à jour…

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et ex-chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il a aussi participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut l’entendre régulièrement à La soirée est encore jeune, et le suivre sur Twitter : @OursMathieu

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Oui, l’exploit que ces scientifiques ont réussi à réaliser nous permet de croire que les rêves les plus fous peuvent devenir réalité si on ne se met pas de barrière psychologique / pas de paradigme, qu’on travaille fort et en équipe pour atteindre son objectif.

Le simple fait de regarder en direction du reste de l’univers ou de l’infiniment grand au lieu de nous concentrer sur nous-mêmes et notre petite planète nous ouvre une grande porte, tout comme doit aussi le faire l’analyse de l’infiniment petit.