Pipeline de Kinder Morgan : le nid de guêpes politique

La construction de l’oléoduc Trans Mountain entre l’Alberta et la Colombie-Britannique est dans une impasse. Justin Trudeau peut-il dénouer la situation ou cherche-t-il simplement à gagner du temps ? Une analyse de Karl Bélanger.

Photo : La Presse Canadienne

À six semaines de l’échéancier fixé par l’entreprise Kinder Morgan, Justin Trudeau continue de marteler que le pipeline Trans Mountain sera construit. Mais comment ? Ce chantier de 7,4 milliards de dollars qui vise à tripler la capacité d’un oléoduc existant — qui passerait de 300 000 à 890 000 barils de pétrole par jour — est dans « l’intérêt national », a répété le premier ministre canadien à la sortie de sa rencontre avec les premiers ministres de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, dimanche, à Ottawa.

Son ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, a abondé dans le même sens : « Toutes les options sont sur la table », a-t-il dit la semaine dernière. « Envoyer les militaires ? » lui a lancé un journaliste. « Toutes les options sont sur la table », a-t-il répété.

Ce n’est pas la première fois que Jim Carr refuse de fermer la porte à un déploiement militaire pour maîtriser les manifestants. Pas surprenant que certains commentateurs fassent déjà un rapprochement avec la crise d’Oka, au Québec, en 1990.

Si les déclarations des libéraux fédéraux visent surtout à rassurer les actionnaires de Kinder Morgan sur la volonté et la capacité d’Ottawa d’appuyer le projet, il est improbable de voir le gouvernement fédéral envoyer l’armée. Retenir les paiements de transfert est une autre possibilité évoquée, mais le Conseil des ministres, réuni d’urgence mardi dernier pour tenter de gérer la crise, est divisé sur la justesse d’imposer des sanctions punitives à la Colombie-Britannique. Cette option semble pour l’instant écartée.

La réalité est que la marge de manœuvre fédérale est très mince, surtout si le Parti libéral du Canada (PLC) souhaite conserver ses sièges à la fois en Colombie-Britannique et en Alberta. On parle fort pour faire plaisir aux Albertains, on agit peu pour ne pas fâcher les Britanno-Colombiens…

Une solution semble avoir été retenue : les gouvernements de l’Alberta et du Canada pourraient investir des fonds publics afin de maintenir Trans Mountain à flot le temps de traverser les contestations judiciaires. Une nationalisation partielle ? Si Rachel Notley est prête à aller de l’avant, Justin Trudeau est demeuré plus évasif, annonçant que son ministre des Finances, Bill Morneau, allait négocier avec Kinder Morgan afin d’« éliminer l’incertitude ».

Gagner du temps

Une autre façon de gagner du temps, car il est évident qu’il sera impossible de convaincre Victoria de plier : en plus de ses propres engagements, John Horgan, le premier ministre néo-démocrate de la Colombie-Britannique, doit la survie de son gouvernement minoritaire au Parti vert, qui a fait de l’abandon de Trans Mountain une condition de son appui. Pendant ce temps, les libéraux provinciaux accusent Horgan de sabotage économique et ne se gênent pas pour dire que sans Trans Mountain, le pétrole devra être transporté par de dangereux trains. Le spectre de Lac-Mégantic n’est pas loin.

Même si d’aventure Trudeau et Notley pouvaient convaincre John Horgan d’abandonner ses manœuvres d’obstruction, cela n’arrêtera pas les manifestants pour autant. Écologistes et autochtones forment une alliance déterminée, qui veut bloquer l’oléoduc à tout prix. C’est une alliance similaire à celle établie en 1993 lors de la guerre des bois. Pour défendre la forêt de Clayoquot Sound contre les coupes à blanc des compagnies forestières, plus de 900 militants écologistes et autochtones se sont fait arrêter par la police.

Déjà, pour Trans Mountain, près de 200 militants se sont fait arrêter par la GRC lors d’une manifestation, y compris deux députés fédéraux, soit le néo-démocrate Kennedy Stewart et la chef du Parti vert, Elizabeth May. En réponse, la Ville de Burnaby, opposée au pipeline, a annoncé qu’elle ne paiera pas les heures supplémentaires des policiers affectés aux manifestations anti-oléoduc. Les rumeurs veulent aussi que le Procureur général de la Colombie-Britannique ne porte pas d’accusations criminelles…

Malgré ses déclarations, Justin Trudeau aura donc fort à faire pour que Trans Mountain soit effectivement construit. S’il échoue, il aura un lourd prix politique à payer en Alberta, auprès de la moitié de la population de la Colombie-Britannique qui appuie le projet et dans les cercles économiques. Mais s’il réussit, cela pourrait être encore pire…

Persuasion, coercition ou abandon ?

C’est un moment crucial pour Justin Trudeau. Son plan national sur la croissance propre et les changements climatiques repose en grande partie sur un équilibre fragile pour combiner le développement économique et le principe de la tarification du carbone. Sans acceptabilité sociale, le premier n’ira pas de l’avant. Sans volonté politique, le deuxième ne tiendra pas la route. Tout pourrait s’effondrer.

Persuasion, coercition ou abandon ? Il n’y a pas trente-six solutions. Mais chaque solution semble amener trente-six problèmes !

En suspendant toutes ses activités et tous ses investissements non essentiels concernant l’expansion de Trans Mountain, la société Kinder Morgan a envoyé un ultimatum aux différents gouvernements, à savoir que ce projet pourrait aussi disparaître. L’objectif officiel de Kinder Morgan consiste à consulter ses actionnaires d’ici le 31 mai prochain pour voir s’il est opportun de continuer à vouloir construire cet oléoduc. Le véritable message derrière cet ultimatum : si l’opposition au pipeline perdure, Kinder Morgan reprend ses billes.

Mais l’opposition est forte : le gouvernement de la Colombie-Britannique, plusieurs municipalités, des groupes environnementalistes et des communautés autochtones s’activent. L’entreprise de Houston met donc toute la pression possible.

Beaucoup font valoir les aspects légaux et constitutionnels, arguant que la Colombie-Britannique agit illégalement, que le transport interprovincial est de compétence fédérale, selon la Constitution, et que c’est au gouvernement du Canada que revient la décision d’approuver ou de rejeter Trans Mountain. La Colombie-Britannique fait valoir que l’environnement est une compétence partagée et que la province a donc son mot à dire. L’intention d’Ottawa de vouloir imposer sa volonté à une province a fait bondir le gouvernement du Québec, un allié de taille pour la Colombie-Britannique.

Le premier ministre Justin Trudeau entend présenter un projet de loi pour « renforcer la compétence du gouvernement du Canada dans cette affaire ». Or, cette tactique n’a pour but que de rassurer les investisseurs et ne changera absolument rien sur le plan légal. Si le cadre constitutionnel dit que le fédéral peut agir, Ottawa n’a pas besoin d’adopter de loi. Si c’est le contraire, la loi fédérale sera invalidée. Les multiples recours judiciaires continueront d’être intentés en Colombie-Britannique et donneront tôt ou tard raison à l’un ou à l’autre.

Peu importe l’aspect légal, Trans Mountain est maintenant un enjeu politique. Mais personne ne semble avoir un quelconque intérêt à reculer.

La proposition néo-démocrate écartée

Les gouvernements de l’Alberta et de la Colombie-Britannique ont beau être tous deux néo-démocrates, le différend s’est transformé en conflit ouvert, voire en une véritable guerre civile au sein du NPD. La ministre de l’Énergie de l’Alberta, Margaret McCuaig-Boyd, est même allée jusqu’à déclarer que le gouvernement de l’Alberta allait infliger des souffrances économiques aux Britanno-Colombiens. Au diable, les cousins !

L’économie de l’Alberta a un urgent besoin que son industrie principale ait une plus grande capacité d’exportation. À la suite du rejet du projet d’oléoduc Northern Gateway, d’Enbridge, par le gouvernement Trudeau en novembre 2016, et de l’abandon en octobre 2017 du controversé projet d’oléoduc Énergie Est, de TransCanada, multiplier par trois la capacité de Trans Mountain est devenu d’autant plus important.

Depuis la fusion des deux partis de droite en Alberta et l’arrivée de Jason Kenney à la tête du Parti conservateur uni, le NPD lutte pour sa survie. Le parti de Rachel Notley tire de l’arrière par 20 ou 30 points, selon les sondages. Il faut donc frapper fort pour défendre les travailleurs du secteur albertain de l’énergie. Déjà, la suspension de l’importation du vin britanno-colombien par la Régie des alcools et des jeux de l’Alberta pourrait entraîner une perte de 72 millions de dollars annuellement pour les vignobles de la côte Ouest. Le gouvernement albertain vient d’annoncer son intention d’adopter une loi qui donnerait à l’Alberta le pouvoir de réduire les flux pétroliers vers l’ouest, dessein appuyé par la Saskatchewan. Cela ferait grimper le prix de l’essence en Colombie-Britannique, ce qui serait un dur coup pour les résidants, qui paient déjà autour de 1,50 $ le litre à Vancouver.

Mais voilà, en plus d’être maintenu au pouvoir par le Parti vert, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, s’est fait élire sur la promesse de défendre les côtes de sa province contre l’augmentation du trafic de pétroliers. Il répète qu’il se bat pour sa province et semble davantage préparer sa prochaine campagne électorale que de chercher un compromis politique relativement à Trans Mountain.

Le chef du NPD fédéral, Jagmeet Singh, tente de s’élever au-dessus de la mêlée et de ne pas choisir son camp entre les deux gouvernements néo-démocrates, même si on sent un penchant vers la Colombie-Britannique. Singh a proposé au fédéral de se faire le partenaire de la Colombie-Britannique, des Premières Nations et de l’Alberta afin de demander à la Cour suprême du Canada de se prononcer rapidement sur ces questions. Mais l’éventualité de s’adresser à la Cour suprême ne saurait en aucun cas respecter la date butoir fixée par Kinder Morgan. Cela explique pourquoi le gouvernement Trudeau a écarté la proposition néo-démocrate du revers de la main. Jagmeet Singh a tout de même le mérite d’avoir proposé un plan.

Au cœur de la tourmente, Justin Trudeau est devant une impasse qu’il a lui-même largement contribué à créer. Le gouvernement devait pourtant voir la crise venir. S’en sortir sera d’autant plus difficile.

Karl Bélanger est un ex-directeur national du NPD. Il a œuvré pendant 19 ans sur la colline du Parlement, à Ottawa, et a servi quatre chefs néo-démocrates, notamment à titre de secrétaire principal de Thomas Mulcair et d’attaché de presse principal de Jack Layton. Il est président de la Fondation Douglas-Coldwell.

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8 commentaires
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Croiriez-vous cela?

Le plus récent développement dans la saga du pipeline Kinder Morgan est presque incroyable.

… Ou au moins, ça le serait pour tout autre Premier ministre……

Ronald Reagan avait résumé de la manière suivante la position du gouvernement à propos de l’économie : « Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Et si ça arrête de bouger, subventionnez-le . »

Je ne crois pas qu’aucun leader ait souscrit avec autant d’enthousiasme à cette approche que Trudeau !

L’échec de Trudeau à démontrer du leadership dans ce dossier a conduit la firme Kinder Morgan à suspendre le travail sur ce projet la semaine dernière.

Trudeau a continué de briller par son absence, même avec des milliards de dollars et des milliers d’emplois en cause.

Il a finalement trouvé du temps pour revenir d’un voyage à l’étranger hier, pour rencontrer les premiers ministres Horgan et Notley.

Quelle solution a-t-il proposé lors de cette rencontre ?

De le subventionner.

De subventionner un pipeline. SÉRIEUSEMENT !
.

Le fait que Trudeau propose d’utiliser l’argent des contribuables pour cautionner le pipeline de Trans Canada est une preuve supplémentaire de l’échec de sa politique énergétique.

Souvenez-vous : les enjeux sont si élevés avec le projet Trans Mountain parce que Justin Trudeau a déjà mis fin à d’autres projets de pipelines qui ont été proposés.

Il a imposé son veto au projet Northern Gateway bien qu’il ait été approuvé par un comité d’examen scientifique indépendant.

Il a mis fin au projet Énergie Est, en imposant de nouveaux règlements qui ne s’appliquent pas aux importations énergétiques de l’étranger, et ne s’appliquent pas non plus à aucun autre secteur au Canada.

Il a renforcé les protestataires et opposants aux projets d’oléoduc, en soutenant qu’ils doivent accorder leur permission avant que les projets puissent aller de l’avant.

Sa taxe sur le carbone et ses nouvelles exigences règlementaires se sont traduites par le départ de milliers d’emplois et des milliards de dollars à l’extérieur du Canada.

Et maintenant il soutient que, en raison de ses propres politiques qui ont échoué, la seule manière pour que « Trans Mountain » se contruise, c’est en le subventionnant.

Avant que Trudeau devienne Premier ministre, les projets énergétiques voyaient le jour sans le soutien des contribuables.

Maintenant, il voudrait nous faire croire que c’est la seule manière pour que le projet puisse aller de l’avant.

C’est une terrible accusation envers son propre bilan.

Cela n’est pas seulement mauvais pour Trans Mountain. C’est à propos d’un effort global, et littéralement, pour reprendre les propres mots de Trudeau : « une suppression progressive » du secteur énergétique canadien.

Les conservateurs vont toujours défendre nos travailleurs dans le secteur énergétique et vont réparer les dommages causés par Trudeau.

La prochaine élection aura seulement lieu dans 18 mois, malheureusement.

C’est justement la propagande conservatrice qui fait dérailler le débat sur ce dossier. Il y a 2 autres oléoducs en préparation vers les ÉU qui pourraient facilement absorber les projets des pétrolières des sables bitumineux et TM est déjà dépassé par les progrès en matière de transport maritime. Les nouveaux pétroliers qui peuvent transporter 2 millions de barils de pétrole ne pourront jamais aller dans le port de Vancouver à cause de la géographie de l’endroit. Une des options serait de transporter le bitume dilué (dilbit) du nouveau pipeline ajouté de TM par les bateaux obsolètes jusque dans le golfe du Mexique dans un port qui a la capacité de charger les nouveaux pétroliers… Le jumelage de l’oléoduc TM n’est qu’un projet parmi d’autres qui ne veut pas dire grand chose sur l’économie canadienne mais les conservateurs ont permis que le tout déraille et on se retrouve avec 2 leaders soit-disant progressistes (Trudeau et Notley) qui sont encore plus conservateurs que le pape! Le monde à l’envers!

Cette saga pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Le choix délibéré de multiplier par presque trois la capacité de transport de Trans Mountain répond finalement à quelle commande ?

Est-ce l’intérêt national du Canada qui prime sur celui des Provinces ou plutôt un ensemble d’intérêts corporatifs exercés par des lobbies pétroliers toujours très impliqués dans les affaires du Canada et non Kinder Morgan seulement ?

Si nous comprenons que la phase de construction de ce projet sera certainement susceptible d’apporter de bons emplois bien rémunérés, le cycle d’exploitation risque quant-à-lui d’être moins prometteur.

Même les débouchés internationaux de cet apport de pétrole en Colombie-Britannique sont incertains puisque jusqu’à présent la majeure partie des produits transportés par cet oléoduc servent à alimenter les raffineries de l’État de Washington et globalement les besoins en hydrocarbures de la Côte-Ouest des États-Unis.

La question du transport de pétrole vers l’Asie reste hypothétique, puisque Kinder Morgan conserve le contrôle sur l’acheminement. Une partie du pétrole albertain pourra être exporté non pas depuis Vancouver, mais raffiné depuis les terminaux Américains qui disposent des capacités de raffinage requises.

C’est le produit « prêt-à-l’emploi » qui est le plus porteur de plus-values et non le produit brut ou partiellement raffiné comme l’est le pétrole lourd de l’Alberta.

Si bien que l’argument des Britanno-Colombiens qui entendent préserver les côtes, n’est guère plus pertinent, puisqu’on ne sait pas précisément (à ma connaissance) de combien la circulation maritime va être accrue une fois la mise en service effective de l’oléoduc ; par conséquent quels risques accrus d’accident environnemental versus ceux qui existent déjà en ce moment.

Ce qu’il est facile de comprendre, c’est que c’est le gouvernement fédéral qui avec l’Alberta resteront les premiers bénéficiaires des taxes perçues sur l’accroissement de la production pétrolière, progression d’autant plus grande si l’Alberta facture sont pétrole un peu plus cher. De plus, avec l’introduction de sa taxe sur le carbone, le fédéral fait d’une pierre deux coups puisque l’augmentation de la production engendre la perception de plus de taxes sur les émissions de CO2.

Ainsi, le gouvernement fédéral entend-il ne pas augmenter le fardeau fiscal des Canadiens, lorsque les coûts afférents à cette taxation et/ou l’augmentation du prix de l’essence à la pompe sont autant de dépenses qui réduisent le pouvoir d’achat de la population toujours très dépendante des hydrocarbures entre autre pour leurs déplacements.

Tout cela montre quoi ? — C’est qu’il est toujours difficile de faire coïncider le discours avec les contraintes économiques qui sont actuellement celles de la société canadienne telle qu’elle existe présentement. Je ne crois pas qu’avec si peu de vision, nous ne parvenions à sortir du bois avant bien longtemps.

Pour finir, j’aimerais formuler une question à presque 8 milliards de dollars (environ) : considérant que Trans Mountain est en service depuis 1953, cet oléoduc n’est-il pas en fin de vie utile présentement ? Ceci expliquant cela, n’est-ce finalement pas ce qui justifie de son remplacement ? Et… compte tenu des coûts de construction bien plus élevés que ceux d’il y a 60 ans, n’est-ce pas ceci qui requière et justifie d’une capacité accrue de transport pour pouvoir simplement parvenir dans les meilleurs délais à l’amortissement du dit investissement ?

Beaucoup d’éléments que vous exposez sont inexacts, en tout cas selon la présentation de KM à l’ONÉ. Le nouvel oléoduc ne transportera que du bitume dilué (dilbit)voué à l’exportation directement du port de Vancouver soit-disant vers l’Asie. L’autre oléoduc de KM, déjà en service transporte surtout du pétrole léger qui est effectivement raffiné à Vancouver et dans l’état de Washington et sert aussi en partie pour la région de Vancouver et de l’île de Vancouver.

On sait que cela augmentera le trafic de pétroliers dans la mer Salish de 7 fois, ce qui augmente d’autant les risques de déversements. Mais le pire c’est que ce qui sera transporté sera du dilbit, ce qui ne se fait pas encore, et ce produit est non seulement extrêmement toxique mais aussi sa consistance est telle qu’on ne sait pas encore comment le nettoyer en cas de déversement ni même s’il est possible de le nettoyer…

S’il est vrai que le transport par oléoduc est beaucoup plus sécuritaire que celui par camion ou train, il n’en reste pas moins que l’ONÉ a utilisé un processus tronqué pour accélérer l’approbation du jumelage de TM à l’insistance du PM Harper, et a négligé tout l’aspect du transport maritime, s’étant contenté de se concentrer sur le transport terrestre. Ce que la CB veut, c’est de savoir exactement à quoi elle s’expose en terme de transport maritime et de s’assurer qu’il serait possible de minimiser les dommages à la mer Salish en cas d’accident. Des milliers d’emplois en dépendent car c’est non seulement une mer riche en ressources marines mais a aussi un potentiel touristique énorme pour la province et le Canada. Les cyniques ont dit que nettoyer les déversements donneraient beaucoup d’emplois à la CB… Est-ce que c’est trop demander de s’assurer que les inconvénients d’un projet ne dépasse pas ses avantages? Pourquoi est-on si pressé? Probablement parce que KM sait très bien que son projet est maintenant devenu obsolète et elle veut récupérer sa mise à même les fonds publics, donc, de nos taxes.

@ NPierre,

Usuellement mes commentaires sont basés sur un ensemble d’informations que j’aie au préalable collectées. J’admets que certains de mes propos soient discutables (comme ceux de la plupart des internautes) mais pas spécifiquement inexacts dans la limite de mes connaissances évidemment.

Merci tout de même d’apporter des précisions intéressantes sur ce projet dont on n’a pas encore fini de parler, à moins que Kinder Morgan ne finisse tout bêtement par y renoncer. Ce qui sera évidemment un « sale coup » pour la filiale Kinder Morgan Canada Limited.

Comme je l’ai précisé dans mes commentaires précédents, Kinder Morgan peut exporter le pétrole de l’Alberta depuis la Colombie-Britannique vers l’État de Washington via Vancouver (ou plus précisément depuis son terminal de Burnaby).

Vous posez effectivement une question intéressante sur la qualité du produit qui devrait passer par Trans Mountain ; selon les informations que j’ai collectées sur le site de Kinder Morgan, le pipeline actuellement en service est le seul qui puisse au Canada transporter à la fois du pétrole raffiné (essence) et du pétrole brut (dilué ou pas).

Je n’ai effectivement pas vérifié si la nouvelle mouture de Trans Mountain ne permettrait pas de pouvoir exporter plusieurs qualités de pétrole séparément ; pourtant cela m’étonnerait que Kinder Morgan abandonne totalement cette technologie, puisque le calibrage et le formatage des « batches » est du point de vue de la rentabilité plus intéressant. C’est aussi ceci qui permet de fournir de l’essence aux habitants de la vallée de l’Okanagan notamment.

L’argument en vertu duquel ce pétrole dilué sera exporté vers l’Asie, je l’ai bien sûr entendu sur les réseaux d’information, si ce n’est que je n’en suis pas convaincu pour la simple raison que le pétrole de l’Alberta (même dilué, d’ailleurs il est pratiquement toujours dilué), nécessite une mise-à-niveau des raffineries pour pouvoir le rendre utilisable (en raison du taux de soufre élevé notamment).

Vous posez une question tout-à-fait pertinente (dans vos commentaires adressés à Richard Courtemanche) sur la capacité du Port Métropolitain de Vancouver, d’accueillir des navires susceptibles de transporter directement le pétrole brut vers l’Asie. Ceci étaye mes arguments quant-au fait que le pétrole destiné à l’exportation, qu’il serait plus avantageusement transporté depuis les terminaux étasuniens.

Vos propos confirment bien ce que j’ai écrit, puisque je savais que les raffineries de la région de Vancouver ne permettent pas de traiter en totalité le volume de pétrole transporté actuellement, ni répondre totalement aux besoins en essence des Vancouvérois.

J’ai une opinion somme toute différente de la vôtre quant à la sécurité des oléoducs. Entre 2003 et 2016, Kinder Morgan n’a pas connu sur son réseau moins de 48 incidents significatifs ayant entraînés la mort de personnes et des hospitalisations. Le transport par train est le plus sécuritaire à condition d’employer des lignes dédiées au transport des marchandises et d’employer le matériel roulant adéquat. Tout est question d’investissements et de mettre l’argent toujours à la bonne place et au bon endroit. Le genre de problématiques que devraient prendre plus en compte nos politiciens.

***** Corrections et addenda :

— Les 48 incidents que j’avais mentionnés ne concernent que le réseau du Texas inclusivement. Sur l’ensemble des États-Unis sur la même période Kinder Morgan s’est rendu responsable de pas moins de 400 incidents de toutes sortes dans 24 États.

— Après vérification je confirme que Kinder Morgan a déjà procédé à la modernisation de son terminal situé à Sherwood Park (Alberta) à fin de pouvoir stocker jusqu’à 8 millions de barils. Le Centre de Contrôle dispose désormais des systèmes SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition) les plus sophistiqués du marché. Ce qui permet à Kinder Morgan d’offrir toujours et à l’avenir une livraison des produits du pétrole qui soit assez diversifiée, pour répondre à toutes demandes.

Trudeau a créé le problème en parlant des deux côtés de la bouche, se disant à la fois favorable aux pipelines et environnementaliste.

Vous donnez un peu trop de crédit au parti Vert dans cette affaire. Le NPD de la CB avait promis de s’opposer avec tous les outils disponibles au jumelage de l’oléoduc TM avant les élections et sur ce point le parti Vert avait la même plateforme. Horgan ne peut pas reculer sans se mettre à dos ses propres électeurs. Les deux partis ont obtenu 57% des voix lors de la dernière élection (2017) et représentent la majorité des Britanno-colombiens. Si le nombre de sièges n’est pas proportionnel à leur pourcentage des votes c’est que la CB utilise encore le vieux système électoral uninominal à un tour et que les libéraux de CB au pouvoir pendant les 10 dernières années ont favorisé les circonscriptions de l’intérieur de la province qui sont plus conservatrices que les circonscriptions urbaines (les BC Liberals sont en fait une coalition conservatrice de la petite et moyenne entreprise).

L’autre point d’achoppement c’est le fait que l’ONÉ avait restreint ses audiences publiques avec les changements au processus d’évaluation environnementale du gouvernement Harper que les libéraux de Trudeau ont condamné vertement avant et pendant la dernière campagne électorale. Qui plus est, après avoir pris le pouvoir, les libéraux ont changé le processus pour le rendre plus neutre et impartial MAIS ils ont refusé de soumettre le projet de jumelage TM à ce nouveau processus. Donc. Trudeau se base sur une évaluation environnementale incomplète et insuffisante selon ses propres termes pour forcer un projet sur une province.

Mais ce n’est pas tout. Le processus de l’ONÉ a ignoré plusieurs intervenants autochtones alors que KM avait obtenu le consentement de quelques conseils de bande sur le long du tracé de l’oléoduc, dont plusieurs en Alberta. Or, les conseils de bande ne représentent qu’une fraction des populations autochtones des réserves car ils agissent en vertu de la loi sur les Indiens et sont en fait les mandataires du gouvernement fédéral alors qu’il existe en parallèle les leaders héréditaires. La grande majorité de ces nations autochtones sont actuellement en négociations de traités et visent des territoires beaucoup plus grands que les réserves qui ne sont qu’une peau de chagrin, comparé à leurs territoires traditionnels. Plusieurs de ces nations sont en porte-à-faux avec les conseils de bande et s’opposent au jumelage de l’oléoduc et ont intenté des recours devant les tribunaux pour faire avorter le projet. Si on se fie à la jurisprudence de la Cour suprême du Canada, en particulier l’affaire de la nation Tsilhqot’in, il est probable qu’ils vont obtenir gain de cause parce qu’ils ont des chances assez raisonnables d’obtenir le titre autochtone sur leurs territoires.

Trudeau s’est mis les pieds dans les plats en croyant qu’il avait l’aval du gouvernement libéral de la CB (les BC Liberals avaient en quelque sorte renié au moins 1 de leurs 5 conditions pour approuver le projet, celui du soutien des peuples autochtones) et avait fait un « deal » avec Notley pour une taxe sur le carbone en échange du projet. Il n’avait pas prévu que la majorité des électeurs de CB voteraient contre les libéraux et qu’une coalition NPD-Verts prendrait le relai… Il se trouve à renier ses promesses sur l’environnement et vient de torpiller tous ses efforts de « réconciliation » avec les peuples autochtones (beaucoup de belles paroles qui n’ont débouché que sur un désastre de relations entre le fédéral et les peuples autochtones, faute de gestes concrets).

Ce projet n’en est qu’un parmi bien d’autres et si les investisseurs ont peur ce n’est pas à cause de la CB mais bien de l’hystérie des réactions albertaine et fédérale qui amplifient l’affaire comme un projet d’importance nationale! Quant à la question autochtone, les investisseurs sont laissés dans un vide politique alors qu’on promet de respecter les dispositions de la déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones mais qu’on fait le contraire! Pour les investisseurs, un gouvernement girouette qui ne se gêne pas pour mettre de l’huile sur le feu (ils veulent même envoyer l’armée!) est bien plus dangereux que de négocier de bonne foi avec les peuples autochtones pour les rallier à leurs projets.

À bon entendeur, salut!