Deux capitaines près d’un naufrage

Le dernier sondage Léger a de très mauvaises nouvelles pour les partis de l’opposition. Mais pour les chefs du PQ et du PLQ, c’est encore pire : ils tirent tous deux leur parti vers le bas.  

chaluk, Getty Images / montage : L’actualité

Le nouveau sondage de la maison Léger publié mercredi dans les médias de Québecor laisse présager de sérieux problèmes pour les chefs du Parti québécois (PQ) et du Parti libéral du Québec (PLQ), Paul St-Pierre Plamondon et Dominique Anglade.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) trône toujours au sommet avec 41 % d’intentions de vote à la grandeur du Québec, une avance de 21 points sur le PLQ, dont les appuis stagnent à 20 % depuis un bout. Le parti dirigé par Mme Anglade convainc seulement 10 % des électeurs francophones. Même dans le grand Montréal, la CAQ devance le PLQ par huit points (37 % contre 29 %). Dans la région métropolitaine de Québec, ce sont les conservateurs qui pourchassent la CAQ, mais encore là, de très loin, avec 17 points de retard (42 % contre 25 %) .

Voici les intentions de vote mesurées par Léger parmi les électeurs décidés :



Pour le Parti libéral, il s’agit d’un autre coup de sonde désastreux : bon dernier chez les électeurs francophones et loin du plateau de tête à Québec. En région, le parti est en dernière place avec 10 % d’intentions de vote. Si le PLQ demeure au deuxième rang, c’est largement en raison de ses appuis concentrés à Montréal.

De plus, de moins en moins de répondants voient la cheffe libérale, Dominique Anglade, à la tête du gouvernement. Seulement 10 % des répondants l’imaginent bien dans le poste de première ministre, en baisse de trois points par rapport au dernier coup de sonde de Léger.

Pour le Parti québécois, c’est la débandade. À 8 % dans la région métropolitaine de Montréal et à 9 % dans celle de Québec, il est extrêmement difficile de projeter quelconques gains pour le PQ, en ville-centre comme en banlieue. Nous surveillerons tout de même de près deux circonscriptions, soit Bourget, où le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, se présentera à l’automne, et Marie-Victorin, où une élection partielle devrait être déclenchée dans les prochains jours.

Or, un sondage Léger dévoilé par le PQ au Journal de Montréal lundi indiquait qu’une course à deux se dessinait dans Marie-Victorin entre Pierre Nantel, du PQ, et Shirley Dorismond, de la CAQ. Même si cette élection partielle ne changerait en rien la balance du pouvoir à l’Assemblée nationale, son résultat pourrait certainement contribuer à la réflexion de nombreux députés actuels dont les candidatures pour l’automne n’ont toujours pas été confirmées. Selon d’autres sources sur le terrain dans Marie-Victorin, la CAQ devrait encore être considérée comme favorite, mais la lutte sera serrée.

Si les intentions de vote n’ont bougé que modestement depuis le début des manifestations et blocages routiers au pays, le Parti conservateur d’Éric Duhaime continue quant à lui de gruger des appuis à ses rivaux et se hisse maintenant à 14 % dans la province. L’automne dernier, Léger évaluait les appuis du PCQ à 5 % à peine. En janvier, la maison Recherche Mainstreet détectait une hausse abrupte des appuis à Duhaime avec 13 %. Force est de constater que la dernière vague de restrictions sanitaires en fut une de trop pour bon nombre d’électeurs québécois. En effet, comme nous le verrons plus bas, cette montée du PCQ est principalement marquée parmi les électeurs insatisfaits du gouvernement Legault. Il faudra particulièrement surveiller les couronnes de Québec, où le chef Éric Duhaime pourrait faire des gains aux dépens de la CAQ. Des sondages locaux seront nécessaires afin de déterminer ces potentiels points chauds pour le PCQ.

Avec seulement 12 % d’appui selon ce sondage Léger, Québec solidaire n’affiche aucune progression dans la province. Si 24 % des répondants de 18 à 34 ans voteraient pour QS, la formation de gauche se situe sous la barre des 10 % chez les électeurs de 35 ans et plus. En janvier, des sondages de Mainstreet et de l’Institut Angus Reid estimaient QS à 19 % et 16 % respectivement, mais les deux derniers sondages de Léger placent plutôt la formation à 14 % et 12 %.

Comme une petite grogne

Le sondage indique aussi une baisse de satisfaction à l’endroit du gouvernement Legault depuis janvier. Les répondants se montraient satisfaits du travail des troupes de la CAQ à 55 %, alors que 42 % étaient d’avis contraire. Des résultats de rêve, mais très loin des taux de satisfaction historique de 75 % et plus observés dans la première année de la pandémie.

Chez les électeurs soutenant les partis d’opposition, l’insatisfaction est particulièrement élevée du côté du PCQ, tandis que les péquistes sont plutôt divisés. Fait quelque peu inusité : la satisfaction envers le gouvernement chez les électeurs caquistes s’élève à… 99 %. Je n’ai pas de souvenir récent d’un autre parti au pouvoir ayant obtenu de tels chiffres — ni au fédéral ni au provincial ailleurs au Canada.



François Legault est toujours perçu comme le meilleur candidat au poste de premier ministre parmi les chefs avec 42 %. À égalité statistique en deuxième place, on trouve Éric Duhaime (12 %), Gabriel Nadeau-Dubois (11 %) et Dominique Anglade (10 %). Loin derrière, au cinquième rang, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, récolte un maigre appui de 3 %. Même que seulement le tiers des électeurs péquistes le perçoivent comme le meilleur candidat au poste de premier ministre.



Parmi les électeurs francophones, Anglade et St-Pierre Plamondon ne sont perçus comme meilleurs candidats que par 4 % des répondants (chacun). À la fois pour le PQ et pour le PLQ, les chiffres nous indiquent que les chefs tirent leur parti vers le bas. Il est virtuellement impossible d’envisager une remontée dans les intentions de vote à court terme lorsque la figure principale du parti est si impopulaire auprès de l’électorat ou qu’elle le laisse si indifférent.

Nous ajoutons ce sondage au modèle électoral Qc125 (voir la liste des sondages ici). Voici la mise à jour de la projection de sièges :



La CAQ est présentement projetée favorite dans 97 circonscriptions, essentiellement grâce à la division du vote des partis d’opposition. Toutefois, la montée du PCQ — particulièrement dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches — fait descendre le plafond potentiel de la CAQ, ce qui contribue à la forte asymétrie de sa projection de sièges (voir graphique ci-dessous).



Le Parti libéral n’est réduit qu’à 18 sièges en moyenne, soit ses bastions de l’île de Montréal, Chomedey (Laval) et Pontiac (Outaouais). Avec des appuis anémiques chez les électeurs francophones, le PLQ n’a présentement aucun espoir dans les autres régions du Québec. Pour ce qui est de Québec solidaire, la formation devrait être en mesure de conserver ses acquis montréalais ainsi que la circonscription de Taschereau, à Québec. La circonscription de Sherbrooke, où est projetée une bataille entre la CAQ et QS, sera certainement à surveiller.

Pour ce qui est du Parti québécois, Pascal Bérubé devrait aisément remporter Matane-Matapédia, et Véronique Hivon, advenant qu’elle se représente, demeurerait la favorite dans Joliette. Une chaude lutte est projetée dans René-Lévesque, où le député péquiste Martin Ouellet reste dans la course.

Il ne fait aucun doute que, si les tendances actuelles se confirment et se concrétisent dans les prochains mois, nous entrerons dans une nouvelle ère politique au Québec.

En effet, les années 2020 pourraient ne ressembler en rien au dernier demi-siècle. La dégringolade dans l’opinion publique du PQ et du PLQ, deux formations qui ont dominé la politique québécoise depuis 60 ans, semble se confirmer à chaque coup de sonde. J’ai déjà utilisé l’analogie d’un naufrage à l’horizon à propos de ces deux partis, mais peut-être que l’impact fatidique a déjà eu lieu — et que nous n’assistons présentement qu’à l’inévitable et lente immersion des deux navires.

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Pour consulter les chiffres de cette projection québécoise, visitez la page de Qc125. Pour la liste complète des 125 circonscriptions, consultez cette page ou visitez les liens régionaux suivants :

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CLIVAGE, POUR DIVAGUER…
De fait, les électeurs québécois se divisent entre trois tendances: deux permanentes et une épisodique.
L’épisodique est le Parti conservateur du Québec, avec Éric Duhaime, qui carbure au simplisme et aux raccourcis intellectuels . Appelons-le Parti populiste du Québec. Il est appelé à disparaître. C’est un feu de paille.
Les deux tendances permanentes sont :
1) Le trumpisme caquiste qui se métastase à grand renfort de manipulations autocrates auprès de 42 % de l’électorat. Son général en chef est François Legault, leader passif-agressif intolérant à la contestation de sa pensée dominante.
2) La confusion fédéralo-nationaliste socialo-centriste qui réunit le Parti libéral de Dominique Anglade, Québec Solidaire et Gabriel Nadeau-Dubois et le Parti Québécois de Pierre- Saint-Paul-Plamondon. Cette confusion tricéphale réunit et divise 43 % de l’électorat.
Elle est donc cependant majoritaire…
C’est dommage que ce soit illusoire d’envisager une contre-coalition nationaliste de ces trois partis pour contrer le trumpisme de la CAQ et éteindre le feu de paille du PCQ.

Voilà, j’ai fini de divaguer…

Ici la grogne est très forte et nous sommes nombreux à vouloir déloger notre député caquiste aux prochaines élections. Depuis le début de ce mandat, les soins de santé ont détérioré en Outaouais et personne ne veut d’un gouvernement qui vient de renouveler pour la centième fois l’état d’urgence sanitaire.