[Chantal Hébert] PKP au PQ: un effet secondaire de Québec solidaire

«En voyant le Parti québécois accueillir en triomphe Pierre Karl Péladeau parmi ses candidats, je me suis dit qu’on assistait à une manifestation comparable à l’effet Québec solidaire», dit Chantal Hébert. Voici pourquoi.

PolitiqueDans une chronique publiée en octobre dernier, je notais que la montée du Parti vert au Canada avait, paradoxalement, eu comme effet secondaire de reléguer le thème de l’environnement dans la marge du discours politique fédéral.

Au jeu de la surenchère avec les verts sur le front de l’environnement, le PLC et le NPD semblent avoir conclu, d’un rare commun accord, qu’ils avaient davantage à perdre qu’à gagner.

Le réservoir de votes du Parti vert est nettement moins rempli que celui, par exemple, du Parti conservateur. Même avec les promesses environnementales les plus alléchantes, aucune formation rivale ne peut espérer le vider complètement à son profit. Le chemin du pouvoir à Ottawa ne passe pas vraiment par la séduction de la frange la plus écolo de l’électorat.

En voyant le Parti québécois accueillir en triomphe Pierre Karl Péladeau parmi ses candidats aux élections du 7 avril, je me suis dit qu’on assistait à une manifestation comparable à l’effet Québec solidaire.

Dans la campagne actuelle, c’est à droite, au sein d’un électorat plus conservateur, que le PQ compte trouver les ingrédients de sa majorité gouvernementale.

À cet égard, la campagne de Pauline Marois — version 2014 — est tout sauf un copier-coller de celle de 2012.  Le recrutement de M. Péladeau  — un homme qui aurait été à l’aise au sein de l’équipe économique de Stephen Harper — est emblématique d’un virage stratégique amorcé depuis déjà plusieurs mois.

Le calcul ici est le même que celui de l’opposition fédérale. Un PQ qui tenterait de faire concurrence à Québec solidaire sur le thème de la justice sociale perdrait davantage de plumes aux deux partis qui sont à sa droite qu’il n’en récupérerait à sa gauche. Et comme le Parti vert à Ottawa, Québec solidaire n’est pas dans la course pour le pouvoir à Québec.

Il est possible que l’arrivée fracassante de M. Péladeau constitue la goutte d’eau qui fait déborder le vase et que sa candidature ait un effet repoussoir significatif auprès des électeurs progressistes.

C’est ce qu’espère Québec solidaire et ce que prédisent des observateurs qui invoquent, à l’appui de leurs analyses, la feuille de route de Pierre Karl Péladeau et la culture foncièrement progressiste de l’électorat québécois.

Ce sont des calculs raisonnables, mais avec tout de même quelques bémols.

Ce qui distingue particulièrement la culture politique du Québec de celle du reste du Canada, c’est d’abord une plus grande ouverture sur des questions d’ordre social comme le droit à l’avortement, le mariage entre conjoints de même sexe ou encore le suicide assisté.

Au Québec, contrairement à la scène fédérale, aucun des principaux partis ne fait de concessions à la droite religieuse. C’est une constante qui ne se dément pas dans la présente campagne et elle est pour beaucoup dans la réputation progressiste du Québec.

Pour autant, on a vu, au cours des deux dernières décennies, que le Québec, aussi bien fédéraliste que souverainiste, est foncièrement confortable avec des chefs issus de la mouvance conservatrice.

Avant d’être premiers ministres, Lucien Bouchard et Jean Charest avaient siégé au cabinet de Brian Mulroney.

En 2011, plusieurs des électeurs québécois qui ont appuyé Jack Layton avaient voté pour Mario Dumont quatre ans plus tôt.

Il n’y pas si longtemps, François Legault était le politicien le plus populaire du Québec.

À la fin, le jupon de patron d’un empire de presse dont M. Péladeau refuse de se départir pourrait déparer davantage son image de nouvelle vedette politique que ses convictions conservatrices.

* * *

À propos de Chantal Hébert

Chantal Hébert est chroniqueuse politique au Toronto Star depuis 1999. Elle signe également une chronique dans le magazine L’actualité et commente la politique à la radio (C’est pas trop tôt sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première) et à la télévision (Les coulisses du pouvoir à RDI / ICI Radio-Canada Télé et At Issue à CBC). On peut la suivre sur Twitter : @ChantalHbert.

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Très bonne synthèse. — Néanmoins, je ne comprends toujours pas comment plusieurs de nos concitoyens ne veulent manifestement rien voir venir. Preuve peut-être qu’on ne trouve jamais rien de plus que ce que l’on cherche lorsqu’après tout l’herbe est toujours plus verte sous nos pieds.

Les électeurs progressistes comme vous les appelez sont déjà rendus à Québec solidaire.
Ceux qui sont restés au PQ ont compris que c’était une coalition et qu’il était IMPOSSIBLE de prendre le pouvoir uniquement avec le vote de gauche!

@ L’actualité. Est-ce qu’il serait possible de sortir une vieille entrevue de Couillard ou il disait qu’il avait voté OUI en 1980?

Intéressant ce parallèle que vous faites entre les impacts du Parti vert du Canada sur les stratégies des grands partis et ce que vous anticipez qui pourrait se reproduire au Québec entre QS et le PQ comme réaction à l’arrivée de P.K.Péladeau dans les rangs du PQ. Mais à mon avis vous faites une erreur en faisant l’hypothèse que P.K Péladeau avec un penchant à droite est du même acabit que n’importe quel politicien de droite qui oeuvre à Ottawa ou à Québec.

Il y a quelque chose de fondamental qui distingue « les deux genres de bibittes », monsieur Péladeau lui vient en politique pour contribuer à la réalisation de l’indépendance du Québec autant que pour aider à en faire un État prospère, on ne peut que travailler pour l’intérêt de la collectivité lorsqu’on se lance dans ce genre de cause. Je ne veux pas dire que les politiciens de la droite ne recherchent ne sont pas animés par l’intérêt public, mais avouez que si tu es convaincu comme M.Péladeau que l’indépendance est la meilleure option pour le Québec, que tu as tout à perdre personnellement en te lançant en politique pour faire avancer cette cause là, tu n’es pas comme les autres même s’ils ont comme toi un « petit tatou de droite », tu as vraiment quelque chose de différent et c’est ce qui fait si peur aux adversaires du PQ et au fédéralistes du ROC si on en juge par leurs réactions !

Ma prévision c’est que P.K.P va avoir l’impact suivant sur le PQ, il va ajouter 1/3 de tasse de crédibilité à son équipe et à sa vision économique et 2/3 de tasse de crédibilité à l’option de l’indépendance, ce que le premier tiers de tasse lui fera perdre en votes les deux autres tiers lui en attireront beaucoup plus et au net le PQ et sa cause en sortiront gagnants. Si vous considérez qu’en 1995, sans ce genre d’appui clair d’hommes et de femmes d’affaires nous avons pratiquement remporter le référendum, vous pouvez imaginer (le ROC l’imagine très bien déjà) la différence que « l’effet Péladeau » pourra avoir sur les prochaines élections d’abord et sur le prochain référendum ensuite !

Bien d’accord. Une vision personnel que je ne tenterai pas de dogmatiser « subtilement » est celle-ci: Le MISSSIONNAIRE et le PROFITEUR.

Je crois que se sont deux catégories de politicien. Le premier sacrifie son confort, sa sécurité et s’expose à la critique pour une cause ou un idéal plus grand que lui, qu’il considère un avancement pour la collectivité. Je crois que ce type de personne est l’exception.

Le deuxième, plus commun, recherche de l’avancement, des contacts privilégiés et de la notoriété pouvant servir à ses intérêts personnels et à ceux de ses proches. Aux USA beacoup, on les voit passer tour à tour de l’industrie à la politique. (on appelle cela le TOURNIQUET).

Bien sûr, ce sont deux pôles, dans la réalité nous voyons toutes les nuances entre ces extrême..

C’est une opinion que je cherche à validider et non, pas à imposer en me tentant de me montrer plus fin que les autres en finissant mes textes par des expressions courantes du langage de tous les jours. Si vous voyez ce que je veux dire… (:-)

@ Claude Lafontaine,

— Lorsque vous écrivez : « Mais à mon avis vous faites une erreur en faisant l’hypothèse que P.K Péladeau avec un penchant à droite est du même acabit que n’importe quel politicien de droite qui oeuvre à Ottawa ou à Québec »

Ma foi, c’est vrai, quand on a été membre du Conseil d’administration de l’Institut Fraser cela ne signifie pas hors de tous doutes raisonnable qu’on ait un penchant à droite. Pas plus qu’on ne peut dire hors de tout doute raisonnable que l’ex-premier ministre de l’Ontario Mike Harris qui en est membre honoraire soit encore Conservateur. Pas plus qu’on ne peut prouver hors de tous doutes raisonnables que le Parti Conservateur du Canada soit un parti plutôt à droite. Pas plus qu’on ne peut prouver hors de tous doutes raisonnables que si ma tante en avait ce ne serait mon oncle.

La seule façon pour y voir clair serait certainement de regarder ce qui se trouve sous la jupe. Et somme toute, je conjecture que madame Hébert est certainement très mal informée et que ses propos ne peuvent relever que de simples hypothèses extrêmement difficiles à vérifier.

— Vous ajoutez : « s’ils ont comme toi un « petit tatou de droite », tu as vraiment quelque chose de différent et c’est ce qui fait si peur aux adversaires du PQ et au fédéralistes du ROC si on en juge par leurs réactions ! »

Oh oui ma foi ! Je crève de peur, je m’en vais sur le champ « faire du pouce » pour fuir vers Fort McMurray, respirer à pleins poumons ce bon air bien chargé de vapeurs de pétrole et de gros dollars biens sonnants et trébuchants !

Les « croyants » viennent enfin de se trouver un nouveau messie et le Québec aura son indépendance administrative avec la monnaie canadienne, le passeport canadien, les forces armées canadiennes, le contrôles des frontières et de l’espace aérien toujours exercé par Douanes et l’armée Royale du Canada, l’assistance des ambassades et des consulats canadiens lorsqu’on se déplace à l’étranger pour ne faire mention ici que de quelques-uns de ces infimes détails.

Une simple hypothèse : Un Québec souverain péquiste ressemblera à s’y méprendre avec ce qu’il est déjà ! — Fair deal indeed !

Bonnnnnn. Maintenant, on parle des vrais affaires: la grosse peur qui aveugle, on perd les pédales, on ne réfléchit plus, on réagit par instinct, on griffe, on imagine le pire, l’Apocalypse. Hitler, Mussolini, Gengis Khan, tout y passe.

M. Drouginsky le monde a changé, pas vous il me semble. Avec la pression économique, d’un monde qui se standardise à droite, il n’y a plus de gros danger catastrophique de débordement toxique, imprévisible et demoniaquement communisme, fasciste Hoouuuu!!!!

Alors recommencer à réfléchir, moi j’ai encore confiance en Vous (:-)

P.K.P est connu en tant qu’homme d’affaire nationaliste québécois presque discret mais surtout en tant que quasi libertarien sur le plan économique. Si ce n’est que sa dimension nationaliste feutrée mais perceptible ne pouvait qu’atténuer son hyper libéralisme du fait que la considération de la nation est incompatible avec un capitalisme globaliste qui rêve d’un éventuel État mondial. Il serait donc un souverainiste caché qui se dévoile, on se doute néanmoins que son sens pratique l’emporte du côté de la question nationale. Qu’il serait premièrement ministre apprendrait l’abc élémentaire de la politique et verra à une politique souverainiste dans les conditions du possible et saura recentrer un certain nombre de positions sans évidemment verser dans la gauche.

La question de QS en tant que non modèle politique trouve possiblement son sens dans une époque qui est allé tellement à droite depuis le phénomène Reagan-Thatcher. Qu’effectivement en soi, la polarisation apporté par le néolibéralisme depuis presque 35 ans détermine que les électeurs du noyau de Québec Solidaire ne pourront plus jamais voter pour le PQ trop associé au pouvoir et à une sorte de réalité politique qu’aucun gouvernement en Occident ne puisse dominer comme en fait démonstration le gouvernement socialiste français. Reste que le démantèlement de la protection sociale comme épée de Damoclès donc son noyau de la santé publique procure aux partis de gauche francs une réelle capacité d’exister dans l’opposition tout comme d’être soutenu par les les classes moyennes les plus pauvres pas seulement les salariés les plus humbles. Le Québec faisant partie du club des nations prospères industrialisées pourvues de classes moyennes donc quoi qu’en dise F.Legault n’est pas prêt ni à élire un gouvernement de gauche marqué ni un gouvernement de droite économique marquée.

Chapeau pour votre commentaire.

Ce que je peux ajouter: M. Peladeau a encore beaucoup à prouver dans le monde politique, saura-t-il résister aux pressions de tous les « AMBITIEUX » (restons polis) amis ou non du domaine de la finance. Ce ne sont pas toujours les mêmes « qualités » qui sont sollicitées dans ces deux mondes…

Ce serait passionnant à suivre !

Bonjour,encore une raison pour aller au dela des personnages,il appartient au peuple de voter sur une constitution pour bien definir les regles. Voila une autre raison pour avoir une Republique ou le president est elu au suffrage universel des Etats membres,ou chaque Etat vote pour leur senateur,gouverneur,et les representants.Le canada son des terres mais il y a un mais il appartient a chacun de nous tous de bien entourer nos leader le choix nous appartient a nous tous une Republique ou tous les pouvoirs appartiennent au peuple ou systeme Monarchique ou tous les pouvoirs de parti appartiennent a une seule et unique personne pour les nominations partisans de parti.Bonne reflexion.

Il faut constater que la coalition arc-en-ciel du PQ penche de plus en plus à droite, et que les batteurs de casseroles, de même que les épinglés du carré rouge se retrouvent dans la frange des ultra-violets, invisibles à l’oeil nu et désormais incapables de nous distraire des « vraies affaires ».

Je me demande: serait-il vraiment néfaste, pour la collectivité, d’avoir un parti arc-en-ciel, comme vous dites… La population n’est jamais tout à droite ou tout à gauche. Sans ligne muselante de parti, est-il plus facile de débattre de façon transparente.

Que les différences de l’ensemble des citoyens se retrouvent dans un même parti peut-il être souhaitable?

Je vous pose la question à tous ( on réfléchit à voix haute! )

Une chose est sûre, P.K.P ou pas les Québecois ne sont pas dupes! Ils ne rêvent pas d`un Québec indépendant et ils l`ont clairement dit lors des référendums de 1980 et 1995. Aujourd`hui on va en élection et le sujet du référendum n`était dans la pensée des contribuables ( peut-être dans l`esprit de souverainistes). De toute façon avant de quitter la mamelle fédérale , il faudra démontré hors de tous doutes raisonnables, notre capacité à se gérer convenablement!! Avant d`acheter une maison la logique c`est de voir notre capacité de remboursement!!

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