Plus de robots, pas plus d’immigrants

Jean Boulet, à la tête des ministères du Travail et de l’Immigration, veut accroître la productivité sans toucher aux seuils d’immigration.

Graham Hughes / La Presse Canadienne

Le ministre québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale ainsi que de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Jean Boulet, rejette une hausse des seuils d’immigration pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre, comme le demande le patronat, et lance plutôt la balle aux entreprises. Tous les secteurs de l’économie doivent augmenter leur productivité en misant notamment sur l’automatisation et la robotisation, affirme-t-il en entrevue avec L’actualité.

Qu’il s’agisse du secteur manufacturier, de l’hébergement, de la restauration ou encore du commerce de détail, aucun domaine n’est à l’abri des « mutations profondes » engendrées par la pénurie de main-d’œuvre, estime le ministre Boulet.

« Tout ce qui est répétitif s’automatise et les entreprises n’ont aucune raison de ne pas être pleinement engagées là-dedans, alors qu’on peut les aider à acquérir des technologies ou à former leur personnel grâce à des subventions », explique-t-il.

Il évoque par exemple les 2,2 milliards de dollars sur six ans inscrits au budget 2022-2023 pour accroître la productivité de l’économie québécoise et tenter de combler l’écart de richesse avec l’Ontario. De cette somme, seulement 156 millions sur quatre ans sont cependant prévus pour accélérer l’acquisition de nouvelles technologies par les entreprises.

Selon les chiffres dévoilés le 20 mai dernier par Statistique Canada, le Québec semble sur la bonne voie pour rattraper sa voisine ontarienne. De 2018 à 2021, la croissance de la productivité des entreprises québécoises (5,6 %) a été largement supérieure à celle observée en Ontario (1,5 %) et dans l’ensemble du Canada (2,5 %). Concrètement, la valeur générée par chaque heure travaillée au Québec dans le secteur des entreprises est passée de 49,60 $ à 52,40 $ en l’espace de trois ans, tandis qu’elle a grimpé de 54 $ à 54,80 $ du côté ontarien.

Un sondage réalisé en avril dernier par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec révèle cependant qu’à peine 35 % des répondants ont déjà intégré ou comptent intégrer des technologies liées à l’intelligence artificielle dans leur organisation. Le manque de ressources financières, humaines ou technologiques est le principal frein des entreprises interrogées.

Pas plus d’immigrants

En misant avant tout sur la formation ou la requalification des travailleurs et l’accroissement de la productivité, le ministre Boulet rejette par le fait même la demande du Conseil du patronat du Québec, qui souhaite que le Québec accueille « au moins 80 000 » immigrants par an pendant les quatre prochaines années afin de répondre à la pénurie de main-d’œuvre. 

Le 26 mai dernier, en mêlée de presse, Jean Boulet a d’abord jugé « intéressante » l’idée avancée par le démographe Marc Termote, dans un rapport commandé par le gouvernement, de faire passer le seuil d’immigration à 58 000 nouveaux arrivants par année, avant de se rétracter quelques heures plus tard. En entrevue, il insiste sur le fait que le seuil de 50 000 immigrants est conforme à la planification effectuée au cours des dernières années et respecte « la capacité d’accueil et d’intégration » du Québec.

Mais comment sait-on que la capacité d’intégration du Québec est limitée à précisément 50 000 immigrants, plutôt que 60 000, 70 000 ou même 80 000 ? Le ministre Boulet répond avec un chiffre : 13,2 %, soit le taux de chômage observé en 2021 chez les immigrants arrivés au Québec depuis cinq ans ou moins. Ce taux de chômage était alors plus de deux fois plus élevé que celui de l’ensemble de la population québécoise en âge de travailler (6,1 %).

Les plus récentes données mensuelles de Statistique Canada montrent toutefois que l’écart entre le taux de chômage des immigrants québécois récents et celui de la population québécoise en général a fondu en l’espace de 10 ans. Chez les immigrants de 15 ans et plus arrivés au Québec depuis cinq ans ou moins, le taux de chômage est passé de 22,7 % en avril 2012 à 9,1 % en avril 2022, tandis que celui de la population totale a baissé de 8,8 % à 4,6 % au cours de la même période.

Des délais « inacceptables »

Jean Boulet réitère par ailleurs ses critiques à l’endroit d’Ottawa, au moment où le premier ministre François Legault souhaite obtenir un « mandat fort » le 3 octobre prochain pour rapatrier les pouvoirs en immigration.

Les délais de traitement des dossiers d’immigration sont « inacceptables », lance-t-il en s’indignant notamment des 31 mois d’attente dans le cas d’une résidence permanente. Le gouvernement fédéral « n’est pas capable de répondre à la demande », juge-t-il.

« Malgré les efforts colossaux que nous avons déployés, nous savons que certains demandeurs ont connu des temps d’attente considérables pour le traitement de leur demande, et nous continuons à travailler aussi fort que possible pour réduire les délais de traitement », répond Aidan Strickland, l’attachée de presse du ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser.

Elle ajoute que le Québec délivre annuellement plus de Certificats de sélection du Québec (CSQ) — le document à obtenir avant de déposer une demande de résidence permanente au fédéral — que les seuils d’immigration qu’il a établis. Ce « décalage » mène à des délais de traitement plus longs pour les demandes qui proviennent du Québec, écrit-elle.

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Des robots pour remplacer les cuisiniers dans les restaurants, les infirmiers, les professeurs, les femmes de chambre, les concierges, les travailleurs agricoles, les employés des abatoirs, les soldats….????
Plusieurs emplois sont difficille sinon impossible à remplacer par des robots.
La robotisation de l’économie créerait aussi d’autres problèmes en concentrant la richesse chez les propriétaires de ces robots

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Est-ce que les robots vont parler en français? (je niaise)
Le Québec a vraiment besoin de prendre une pause dans ce débat de chiffres et lancer une discussion publique sur l’immigration. Invitez des experts, démographes, économistes, sociologues… puis des entrepreneurs en région, des profs de francisation et des organisations d’accueil aux immigrants. Puis invitez aussi des immigrants aussi à se prononcer sur leur intégration. Bref, tous les gens concernés.
Après ça, si la conclusion est d’accueillir 20 000 ou 50 000 ou 10, ou aucun… au moins on pourra dire que tout le monde s’est exprimé et la décision n’est pas sortie du chapeau d’un ministre.

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Vous avez tout à fait raison, mais ça c’était pour une autre époque, entres autre celle où il y avait des associations, des syndicats et une population qui avait le temps de s’impliquer. Plus il y a de bébelles, moins on a de temps….

Sérieux? Plus de robots et moins d’humains?
Est-ce vraiment la vision du Québec de demain?
Pensez-y bien!
Louis Lamothe
L’Ancienne- Lorette

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Bien oui, et moi, je ferais travailler plus les clients. En plus d’être caissier, emballeur, ramasseur de panier, on devrait mettre les denrées sur les tablettes, passer le balai, ramasser les boîtes vides et les ranger dans l’entrepôt, en plus, entrer pour vider les camions qui arrivent et placer les boîtes dans les entrepôts. Au restaurant, on devrait se rendre à sa table où la lumière allumée, en prenant le couvert et le verre d’eau en passant, allumer sa chandelle, cliquer sur un menu électronique, aller chercher son assiette au son d’une clochette, laver la vaisselle en repassant à côté de la porte avant de payer à une machine, le pourboire déjà calculé… À la clinique, les machines pour tester la pression, prendre la prise de sang et le poids, sont toutes là à notre disposition pour que l’activité se fasse. Au garage c’est déjà nous qui travaillons depuis plus de 30 ans. Je regrette encore le pourboire que je donnais au jeune qui me servait. Et en avez-vous d’autres ?

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Les démographes des années 1980 ont prévu le départ massif des aînés québécois qualifiés een 2020. Où êtes-vous les décideurs de l’epoqus? En 2022,le manque de main-d’œuvre est criant . Dans le discours électoral on confond allègrement programme de travailleurs temporaires ou saisonniers et un programme d’immigration . Or, pour être efficace, dans ce dernier cas, il faut aller chercher les meilleurs pouvant performer dans une économie numérique et post mondiale. Et cela ne se réduit pas à la francophonie.L’Inde, l’Asie, et les pays du Golfe entre autre offrent des candidats super formés et demandant à vivre dans une société démocratique et inclusive. Pouvons-nous penser à un processus de sélection dans lequel ces candidats, familles seraient invités à venir au Québec et y vivre pour contribuer mutuellement à notre croissance?

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Le discours de la CAQ trouble même les Québécois qui sont originaires de la France. Je parlais avec la propriétaire d’une boulangerie près de chez nous (en Mauricie) et elle a senti le besoin de m’expliquer comment les Français d’origine aimaient le Québec et qu’ils avaient aucun problème à s’intégrer. Ça me semblait d’une évidence (j’en ai même dans ma famille élargie!). Je doute qu’un robot puisse produire la qualité et la variété des produits qu’elle nous offre depuis des années dans son petit commerce. Quelle triste situation, diviser pour régner, et tout semble indiquer que ça va marcher…

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Le ministre a tout à fait raison. Ce n’est pas en faisant faire le travail par des humains immigrés que l’on va régler le problême. Alvin Tofler l’a dit bien avant lui dans son livre le Choc du Futur. Faire travailler plus de monde au salaire minimum ne peut qu’engendrer pauvreté globale. Laissons les robots faire les jobs sales et cela contribuera certainement à diminuer entre autre les effets de la crise du logement. Un robot n’a pas besoin d’un logement, c’est un fait.Un robot ne pollue pas autant qu’un humain, c’est évident. Alors, soyons logique et acceptions cette réalité. On ne veut pas devenir comme Bangkok ou Tokyo.

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Pourquoi ne pas remplacer les fonctionnaires à Ottawa par des robots?
Même le ministre, les suggestions seraient plus logiques!

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