Poilievre, sauveur du Parti conservateur ?

Pierre Poilievre est-il le prophète dont les conservateurs ont besoin pour atteindre enfin la Terre promise ? Un sondage donne les premiers indices de la réponse. 

Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Le candidat favori à la ligne de départ de cette course est le député de Carleton (dans la région d’Ottawa), Pierre Poilievre. Selon le dernier sondage Léger, publié mardi, le politicien originaire de Calgary est largement le préféré des électeurs conservateurs : 26 % des répondants affirment que Poilievre serait le meilleur choix pour le PCC, loin devant le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford (10 %), et l’ancienne ministre conservatrice Rona Ambrose (6 %). Notons par ailleurs que cette ex-ministre vedette sous Stephen Harper a déjà annoncé qu’elle ne se présenterait pas. Quant à Doug Ford, il a lui aussi déclaré qu’il avait les yeux rivés sur sa propre réélection à Queen’s Park (les élections générales auront lieu le 2 juin prochain en Ontario) et non sur la course conservatrice fédérale.

Toutefois, un bémol important à propos de ces chiffres s’impose : les sondés sont des électeurs du PCC, et non pas des membres du parti. Or, eux seuls choisiront le nouveau chef de l’opposition officielle. Les électeurs du PCC forment un sous-échantillon de la population canadienne, et les membres du PCC, habituellement plus à droite sur l’axe politique que l’électeur conservateur moyen, composent un sous-échantillon de ce sous-échantillon.

Le même sondage Léger pour le compte de La Presse Canadienne nous donne des indices sur le poids qu’aurait un PCC dirigé par Pierre Poilievre, un candidat près des cercles libertariens du parti. 

D’abord, les intentions de vote au niveau fédéral semblent figées au pays depuis le scrutin de septembre (voir la liste complète des sondages fédéraux ici). Les seules tendances observées à ce jour — et encore, elles restent modestes — sont une faible baisse du PCC et une hausse du NPD. Voici les derniers chiffres fédéraux de la maison Léger sans que les chefs de parti soient nommés :



Le Parti libéral du Canada demeure en tête avec 34 % d’appuis au pays, comme en janvier. Le PCC se situe à 29 %, tout près de ma moyenne actuelle selon le modèle fédéral Qc125. Le NPD se hisse à 21 %, soit un niveau conforme aux tendances des dernières années.

Le sondage mesurait ensuite les intentions de vote en nommant les leaders fédéraux et en posant l’hypothèse de Pierre Poilievre comme chef du PCC. Voici les résultats :



Le PLC glisse à 31 % (-2), le NPD grimpe de trois points à 24 %. Et les conservateurs ? Ils demeurent stables à 29 %. Nous remarquons aussi que les appuis au PPC de Maxime Bernier ne bougent pas (4 %).

Ainsi, la nomination de Pierre Poilievre — scénario encore hypothétique — n’aurait pas d’effet marqué immédiat sur les appuis à son parti. Non seulement les intentions de vote sont les mêmes avec ou sans lui, mais même les sous-échantillons régionaux et démographiques n’offrent pas davantage de clarté.

Par exemple, voici la comparaison des chiffres au Québec sans et avec Poilievre comme chef du PCC :

PartiSans PoilievreAvec PoilievreÉcart
BQ35 %33 %-2
PLC32 %32 %0
PCC17 %15 %-2
NPD10 %12 %+2
PPC3 %5 %+2
PVC4 %2 %-2
Intentions de vote au niveau fédéral au Québec, sondage Léger / La Presse Canadienne (4-6 février 2022, sous-échantillon de 350 répondants)

Avec l’hypothèse de Poilievre à la tête du PCC, le Bloc et le PCC perdent deux points chacun au Québec, alors que le NPD et le PPC en gagnent deux. Le PLC, quant à lui, reste stable à 32 %. Des variations statistiques insignifiantes.

Voici le portait en Ontario :

PartiSans PoilievreAvec PoilievreÉcart
PLC34 %33 %-1
PCC27 %28 %+1
NPD27 %29 %+2
PPC6 %4 %-2
PVC6 %5 %-1
Intentions de vote au niveau fédéral en Ontario, sondage Léger / La Presse Canadienne (4-6 février 2022, sous-échantillon de 500 répondants)

Encore une fois, nous observons peu de mouvement entre les deux prises de mesure.

Évidemment, la course à la succession d’Erin O’Toole n’est pas encore officiellement lancée, et la conclusion pourrait ne pas avoir lieu avant la fin de l’été. Souvenons-nous toutefois que Maxime Bernier et Peter MacKay étaient tous deux favoris à la ligne de départ des courses à la chefferie du PCC en 2017 et 2020, respectivement. Les deux hommes ont recueilli le plus grand nombre de votes des membres lors du premier tour de scrutin avant de s’incliner. Bref, rien ne sert de courir, il faut partir à point, comme le dit la célèbre fable.

Néanmoins, dans les deux dernières courses conservatrices, le candidat victorieux a pu se hisser en tête grâce aux appuis de l’aile réformiste et conservatrice sociale du parti. Y a-t-il suffisamment d’oxygène pour une candidature de l’aile progressiste qui aurait des chances de l’emporter ? Cela semble peu probable pour l’instant. Non seulement Poilievre a déjà reçu l’appui d’une dizaine de députés de son caucus, mais son penchant populiste et incendiaire pourrait certainement plaire à la droite trumpiste grandissante au PCC. Des rumeurs veulent que Jean Charest et Tasha Kheiriddin soient tentés de se lancer. L’aile modérée aurait ainsi des candidats de qualité pour qui voter, lesquels, hypothétiquement, pourraient aider à élargir la base du parti. Toutefois, les membres du PCC seront-ils réellement intéressés par un (autre) candidat modéré ?

Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs reproché à Erin O’Toole d’avoir fait volte-face vers le centre aux élections générales après avoir mené une campagne à la chefferie résolument à droite. Voudront-ils jeter leur dévolu sur une stratégie qui n’a pas fonctionné en 2021 ? On peut se permettre d’en douter.

Nous suivrons de près les chiffres de la course conservatrice au cours des prochains mois.

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Monsieur Polievre est un personnage désagréable. Il n’en demeure pas moins que quand il n’est pas en mode pitbull il offre une approche valable pour soigner certains maux qui nous affligent. Espérons que lorsqu’il sera en campagne électorale il laissera son chien à la maison.

Le plus gros problème du Parti Conservateur vient du fait que son discour n’arrive pas à être communiqué aux électeurs, qui décident. Son discours doit passer par le filtre des média, qui lui sont antipathiques.

Le rôle du Part Conservateur est de gérer le pays de façon responsable et efficace. Il n’a surtout pas à s’offrir comme une pâle imitation du Parti Libéral, qui est tout sauf responsable et efficace.

Les approches sociales de ce parti sont inconciliables. L’approche morale stricte religieuse et les orientations concernant les armes notamment stigmatisent ceux et celles qui s’en sont dégagés.
Dans le contexte actuel, les deux principaux partis ne sont pas des exemples. L’un veut valoriser sa clientèle et l’autre essaie de faire semblant qu’il respecte les droits et libertés… Un parti aussi écartelé aura besoin d’un leader qui ne s’est pas encore présenté.
Quant aux médias, il ne faut pas leur faire porter le poids des discours qui diffèrent d’une région à l’autre, voire d’une langue à l’autre.

C’est bien trop facile de tirer sur le messager quand le programme même du PCC ne fait aucun sens. O’Toole l’a bien senti en acceptant la réalité des changements climatiques et en faisant des efforts pour y sensibiliser son parti mais sa frange religieuse ne veut rien savoir et les médias ne peuvent ignorer cette réalité. Le PCC n’a plus rien à voir avec les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney et s’est retranché dans une droite très idéologique, peu efficace et complètement irresponsable face aux défis des prochaines années.