Polis, les politiciens?

Le Parlement reprend ses travaux jeudi avec l’élection du président de la Chambre. Tous les candidats promettent d’inciter leurs collègues à plus de civilité. Le chef néo-démocrate Jack Layton s’est engagé, de son côté, à décourager les cris et les insultes. Tout le monde aimerait faire baisser les décibels. Mais cette perception d’une Chambre des communes toujours sens desssus dessous est-elle fondée?

Trois chercheurs – Philippe Labbé et Alex Sévigny, de l’Université McMaster, et Andrew Laing, de Cormex Research – ont tenté d’en avoir le coeur nette en procédant à une analyse du contenu et du ton d’un large échantillon de questions de la dernière session parlementaire. Leur étude, dont les premiers résultats seront présentés mercredi au Congrès des sciences humaines, à Fredericton, montre que ce n’est finalement pas si dramatique que cela. À son grand étonnement, dit Alex Sévigny en entrevue, il a découvert des élus plus polis qu’il ne s’y attendait.

«L’impression générale est qu’ils ne le sont pas, mais c’est parce que ce qu’aux actualités, on ne reprend généralement que le moment différent, unique ou mordant de la période des questions. Le reste des 45 minutes, qui peut être très banal, est souvent ignoré», poursuit-il.

Le calme prévaut 60 % du temps. Il y a plus d’applaudissements que de huées. Et il y a une certaine corrélation entre les sujets et le niveau de politesse. Certains, comme les scandales, les élections ou l’unité du pays, mettent facilement le feu aux poudres, alors que d’autres, comme l’Afghanistan, l’éducation et la justice, suscitent des échanges plus courtois.

Pour mesurer le tout, les chercheurs et leur équipe ont analysé le texte des questions et des réponses des parlementaires qui, lors de la dernière session, ont pris la parole 50 fois ou plus durant la période des questions. Une autre équipe a étudié minutieusement les enregistrements vidéos de ces mêmes questions afin de décoder le langage corporel et les intonations.

L’approche a ses limites. Elle ne permet pas d’analyser le comportement des députés qui n’ont pas la parole, mais qui sont responsables d’une bonne partie du chahut quotidien. Et en ne retenant que les élus ayant fait un nombre élevé d’interventions, la recherche exclut la presque totalité des députés conservateurs qui ne sont ni ministres ni secrétaires parlementaires et met sous la loupe les chefs de parti, en particulier ceux de l’opposition.

Cela donne lieu à des constatations étonnantes. Ainsi, Jack Layton fait mauvaise figure côté courtoisie, se classant dix points derrière l’ancien leader parlementaire conservateur John Baird, reconnu pourtant pour ses airs de bouledogue. M. Sévigny avance l’hypothèse que les chefs d’opposition bataillent pour l’attention des médias et sont ainsi poussés à «avoir un discours qui se distingue de la norme». «Le gouvernement est la voix de l’autorité, ce qui l’avantage», dit-il.

L’expérience a inspiré à son équipe de décodeurs un plus grand respect pour les parlementaires et la conviction que le fonctionnement de la période des questions devait être revu. On saura dès lundi prochain si les élus leur donneront raison.

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Pour tous ceux qui suivent la période de question des deux Parlements (fédéral et provincial), cette évidence saute aux yeux.

Le décorum à la Chambre des Communes est de loin beaucoup plus civilisé qu’à l’Assemblée Nationale de la province de Québec.

Serait-ce dû à la petite fibre latine des élus provinciaux du Québec?

Serait-ce dû au petit côté coincé des anglos-canadiens?