Politique 2023 : et le sondage dit…

Que laisse entrevoir la boule de cristal des sondages au sujet de la prochaine année politique au Canada ? Peut-être bien des revirements par rapport à la tendance des mois précédents.

Janajovic / Getty Images / montage : L’actualité

Au fédéral, une pente abrupte se dresse devant Pierre Poilievre, même avec un gouvernement libéral usé

La maison Angus Reid a publié des détails de son grand sondage national de plus de 5 000 répondants plus tôt cette semaine. Un constat : bien que le Parti conservateur du Canada (PCC) soit en tête dans la plupart des sondages fédéraux depuis quelques mois déjà, les chiffres personnels de son nouveau chef, Pierre Poilievre, montrent que ce dernier aura fort à faire pour se rendre jusqu’au grand soir.

Lorsque l’on demande aux Canadiens leurs impressions de Poilievre, seulement 33 % des répondants affirment avoir une impression favorable du chef de l’opposition officielle. C’est presque 10 points de moins que pour Justin Trudeau, pourtant qualifié par certains commentateurs de chef usé.

Une faible opinion favorable peut être le seul fait d’un manque de notoriété lorsqu’il s’agit d’un nouveau chef. Mais ce n’est pas le cas ici. Pas moins de 54 % des répondants d’un océan à l’autre ont déjà une impression défavorable de Poilievre — y compris 53 % en Ontario, 55 % en Colombie-Britannique et 64 % au Québec, soit les trois provinces où le PCC doit faire des gains de sièges s’il veut ravir le pouvoir aux libéraux.

D’ailleurs, dans son communiqué de presse, Angus Reid compare les taux d’appréciation des chefs antérieurs du PCC trois mois après leur arrivée respective à la tête du parti. Le taux net (impressions positives moins impressions négatives) d’Andrew Scheer était de zéro ; autrement dit, autant l’appréciaient que l’inverse ; celui d’Erin O’Toole était de -6... alors que Poilievre se retrouve avec un taux de -21 !

Le nouveau chef a donc peut-être écrasé ses rivaux lors de la course à la direction, mais il n’a pas encore convaincu une majorité de Canadiens qu’il est la meilleure option de rechange aux libéraux de Justin Trudeau.

Parmi les critiques à l’endroit de Pierre Poilievre qui pourraient expliquer ces résultats désastreux, il y a le fait qu’il a passé la dernière année à ne s’adresser qu’aux convertis de son parti. Jamais, durant sa campagne à la direction, n’a-t-il tenté d’agrandir la tente conservatrice. D’ailleurs, il collait à répétition l’épithète « libéral » à Jean Charest, comme une insulte. Tout cela se confirme lorsqu’on analyse en détail les données du sondeur :

En effet, alors que 76 % des électeurs conservateurs et 86 % des électeurs de Maxime Bernier ont une impression favorable de Poilievre, moins de 10 % des électeurs libéraux, néo-démocrates et bloquistes partagent cette opinion.

D’ailleurs, il est certes particulier de constater que Poilievre est encore mieux perçu par les électeurs de Maxime Bernier (86 % d’impressions positives) que par ceux de son propre parti (76 %).

Des provinces bleues pourraient tourner à l’orange

Trois élections provinciales sont prévues au calendrier de 2023 au Canada, soit en Alberta, au Manitoba et à l’Île-du-Prince-Édouard. Et n’en déplaise aux insulaires des Maritimes, ce sont les deux provinces de l’Ouest qui retiendront sans doute notre attention.

Au Manitoba, la première ministre conservatrice Heather Stefanson, qui a remplacé le démissionnaire Brian Pallister plus tôt cette année, tentera de conduire ses troupes vers un troisième mandat de suite. Toutefois, les sondages de 2022 semblent plutôt laisser croire que le Nouveau Parti démocratique (NPD), sur les banquettes de l’opposition officielle à Winnipeg depuis 2016, est en bonne position pour prendre les rênes de l’Assemblée législative du Manitoba. Selon les derniers chiffres de la maison Probe Research, le NPD manitobain, mené par le chef Wab Kinew, un Autochtone de la nation ojibwée, détient une avance de 11 points sur le Parti progressiste-conservateur (PPCM), y compris une avance écrasante de 28 points dans la région métropolitaine de Winnipeg.

De son côté, l’Alberta pourrait être le théâtre d’une campagne électorale à saveur référendaire, dont les résultats ont le potentiel d’avoir des répercussions partout au pays, ainsi que d’ébranler la famille conservatrice d’Edmonton à Ottawa. Le Parti conservateur uni (PCU), qui avait signé une victoire convaincante en 2019, est maintenant mené par Danielle Smith, ex-cheffe du défunt Parti Wildrose (une formation à droite des conservateurs, qui a fusionné avec ces derniers pour donner naissance au PCU), qui s’était retirée de la politique pour devenir animatrice de radio parlée.

Or, depuis son arrivée à la tête du PCU, Smith s’est ouvertement alliée à des séparatistes albertains, ainsi qu’à des groupes anti-mesures sanitaires qui ont eu la tête de Jason Kenney au printemps 2022. Les sondages du dernier mois nous montrent que le PCU et le NPD de Rachel Notley ne se trouvent qu’à quelques points d’écart à l’échelle de la province. Avec le NPD loin en avance à Edmonton et le PCU toujours dominant dans les régions rurales de l’Alberta, l’élection (prévue en mai) pourrait se jouer dans quelques circonscriptions pivots de Calgary.

Il est donc entièrement plausible que, à pareille date l’an prochain, trois des quatre provinces de l’Ouest canadien soient dirigées par des gouvernements néo-démocrates...

Québec solidaire obtiendra-t-il sa 12e circonscription?

Parlant de la couleur orange... Les stratèges libéraux de l’époque de Jean Charest et de Philippe Couillard ne l’auraient jamais admis publiquement, mais nous pouvons facilement imaginer que personne au PLQ d’alors n’était fâché de voir la montée de Québec solidaire dans les intentions de vote. Car celui-ci semblait d’abord arracher des voix au Parti québécois. D’ailleurs, les trois premiers sièges solidaires (Gouin, Mercier et Sainte-Marie–Saint-Jacques) étaient autrefois de fidèles circonscriptions péquistes.

Mais voilà que QS remporte maintenant des circonscriptions comme Laurier-Dorion, Maurice-Richard, Verdun et Sherbrooke — toutes traditionnellement libérales.

Au printemps 2023 aura lieu une élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne, circonscription vacante depuis le départ de l’ancienne cheffe libérale Dominique Anglade. Le 3 octobre dernier, Mme Anglade y était sortie victorieuse, avec une avance d’un peu plus de huit points sur le candidat solidaire.

La tache d’huile orange continuera-t-elle sa progression en terrain historiquement libéral à Montréal ? Ce sera certainement à suivre en 2023.

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