Politique étrangère du Canada : «la paix, c’est la guerre»

Alors que le Canada est entré dans le XXIe siècle en brandissant la bannière de «la responsabilité de protéger», ses efforts pour la paix ressemblent à s’y méprendre à la définition offerte par l’auteur George Orwell dans son livre 1984 : «la paix, c’est la guerre».

harper-ukraine
Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Alors que le Canada est entré dans le XXIe siècle en brandissant la bannière de «la responsabilité de protéger», ses efforts pour la paix ressemblent à s’y méprendre à la définition offerte par George Orwell dans son livre 1984 : «la paix, c’est la guerre».
Politique

Les interventions du Canada ont débouché sur une aggravation des conflits et des souffrances sans apporter aucun remède durable, ni piste de solution valable.

Non seulement le Canada n’a pas démontré l’efficacité de la coercition comme moyen privilégié (voire unique) d’action, mais il a empoisonné le processus de négociation en donnant tête basse dans l’exclusion, la rupture des relations diplomatiques et les sanctions à outrance.

2001 : le terrorisme change la donne

Le 1er janvier 2001, le Canada quitte le Conseil de sécurité après un bilan plus que respectable en ce qui a trait à la paix et à la sécurité internationales.

Quelques mois plus tard, en juin, le dernier contingent canadien de maintien de la paix des Nations unies quitte l’Éthiopie et l’Érythrée, où il avait permis d’assurer le tracé de la frontière et la fin d’une longue guerre meurtrière entre ces deux pays.

L’attaque du World Trade Center, en septembre 2001, change la donne et met le terrorisme en tête des forces du mal. Un ennemi élusif, sans domicile fixe, difficile à définir et facile à désigner, donc aléatoire et malléable.

Néanmoins, ce sont deux pays que les États-Unis furibonds attaquent. D’abord l’Afghanistan (en 2001), en invoquant la légitime défense contre ce pays décrété abri du terrorisme et source de l’attaque.

Ensuite, l’Irak (en 2003). Mais cette fois, le gouvernement Chrétien a l’intelligence et le courage de ne pas s’associer à cette agression. C’est aussi l’année du déploiement d’un important contingent canadien avec la force multinationale de protection (ISAF).

Notre guerre en Afghanistan aura duré 10 ans. Les forces canadiennes reviennent de cette opération mieux équipées et aguerries, mais épuisées. Outre les morts, les mutilés et les traumatisés, elle aura coûté 10 milliards de dollars.

2011 : la Libye de Kadhafi

En 2011, à peine sorti d’Afghanistan «la tête haute», le gouvernement canadien se précipite à l’assaut de la Libye avec une autre coalition pour protéger des civils. Une action qui a réussi à détruire Kadhafi, ses moyens militaires et l’État libyen.

Ce nouveau mode opératoire est issu d’un enseignement tiré de l’engagement du Canada envers le peuple afghan : aucun déploiement terrestre, des frappes aériennes associées à la marine pour faire blocus, et des sanctions profondément dommageables pour le pays et sa population.

Depuis, la guerre civile ravage la Libye. Outre la déstabilisation profonde du pays (qui ne contrôle plus ses frontières), les réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient affluent en Italie, tandis qu’un flot d’armes et de djihadistes filtre vers le Sahel.

2013 : la Syrie, l’Iran et l’Ukraine

En 2013, le Canada a d’autres soucis. Il milite en faveur d’une intervention contre la Syrie et le bombardement d’un monstre qui «bombarde son propre peuple».

À une nouvelle guerre, les États-Unis ont préféré la diplomatie et le désarmement chimique de la Syrie.

Au lieu d’applaudir ce succès inespéré, le Canada émet de «sérieux doutes» que personne ne prend au sérieux. Armer et secourir les «rebelles modérés» (tiens, il y en avait d’autres ?) tenait lieu de politique au Canada et se traduisait par un intérêt impératif à protéger certains civils parmi d’autres civils.

Alors que les tensions sont vives en Iran, les États-Unis font encore une fois preuve de prudence et résistent aux pressions israéliennes en choisissaient la voie diplomatique. Qu’importe, nous n’avions pas attendu le feu vert : dès 2012, on assiste à la rupture des relations diplomatiques et à l’expulsion des diplomates — des sanctions absolues destinées à étrangler et à ruiner ce pays qualifié de «plus grande menace à la sécurité internationale».

Autres turbulences : fin 2013, le ministre des Affaires étrangères du Canada se précipite en Ukraine pour manifester à Maidan avec ces Ukrainiens qui n’aiment pas une décision de leur gouvernement et qui tentent de le renverser.

La démarche, très électoraliste et dénuée de tout sens du droit international, contribue au renversement d’un gouvernement élu démocratiquement.

Ce coup de force sur ses frontières ne plaît pas à la Russie, et les réactions ne se font pas attendre. Malgré les vociférations du Canada, la Crimée s’autodétermine et retourne à la Fédération de Russie, alors que le Donbass s’enflamme et entame une guerre civile dont on n’entrevoit pas la fin.

2014 : la croisade contre l’État islamique

Voilà qu’en 2014, le clairon sonne de nouveau pour une croisade contre l’État islamique (EI).

Le Canada répond «présent !» afin de valider une autre coalition internationale sous l’égide des États-Unis, qui accourent pour tenter de replâtrer leur construction politique bancale en Irak.

Les Américains cherchent aussi à combattre les forces dont ils ont toléré la constitution en Syrie, laissant libre cours à l’Arabie saoudite, au Qatar et à la Turquie pour financer, équiper et recruter des jihadistes en provenance de partout sur la planète.

Le plus étonnant ? Ces incendiaires se trouvent dans la coalition pour les combattre ! L’absurde d’aller réparer, par les armes, les dégâts immenses de la deuxième guerre du Golfe — à laquelle le Canada avait à juste titre refusé de participer — n’est pas perçue par ce gouvernement va-t-en-guerre.

Politique étrangère : l’heure de la refonte est venue

En flirtant avec les extrêmes, on s’expose au délire des extrêmes et à l’action directe plutôt qu’au dialogue. On croit mener la guerre ailleurs et on l’invite chez soi.

Un bilan catastrophique, car, comme le constate Geert Mak dans son remarquable livre Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle : «Ce n’est pas avec des gens qu’on trouve sympathiques qu’on conclut la paix, mais avec ses ennemis».

Sans la diplomatie, l’usage des sanctions et des armes n’est qu’une agression. Le temps d’une refonte de la politique étrangère du Canada est venu.

Il faudra plus que des discours opportuns pour remettre le pays de Stephen Harper sur les rails d’une contribution conséquente à la paix et à la sécurité internationales, de même que pour retrouver une voix ferme et modérée qui parle autant aux amis qu’aux ennemis du moment.

Encore faut-il vouloir le règlement politique des conflits plutôt que la paix des cimetières…

(Pour en savoir plus, lisez aussi «Le Canada, la paix et la sécurité internationale — Une décennie gâchée», étude Raoul-Dandurand no24, février 2014.)

Michel Duval est un ex-ambassadeur du Canada au Liban et à l’ONU. Il est le président de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand (@RDandurand @UQAM).

* * *

À propos de la Chaire Raoul-Dandurand

Créée en 1996 et située à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques compte une trentaine de chercheurs en résidence et plus de 100 chercheurs associés issus de pays et de disciplines divers et comprend quatre observatoires (États-Unis, Géopolitique, Missions de paix et opérations humanitaires et Moyen-Orient et Afrique du Nord). On peut la suivre sur Twitter : @RDandurand.

Laisser un commentaire

Chère Chaire,

Une des clés, selon moi, de cette déperdition du Canada sur la scène internationale est à recherche du côté de la longue histoire de la graduelle dégradation de notre fédéralisme en nationalisme et de notre fédération en « one nation ».

Depuis qu’ils ont découvert – notamment avec Meech, bien que cela fût vrai déjà avec PE Trudeau – cette pseudo-vérité rhétorique fort simple qu’un nationalisme (québécois) est impuissant à réfuter un nationalisme (canadien), (« l’arsenic indigné dénonçant la morphine », comme disait Victor Hugo), la pente s’est accélérée ; et nos séparatistes ne sont plus du tout, curieusement, les seuls insatisfaits de l’unité de 1867. Car celle-ci fondait une fédération, mais pas une « identité nationale ». Une Fédération n’est pas une Nation, et c’est fondamentalement cela que nos faux antinationalistes en peau de lapin (CF la rhétorique de la presse anglophone, où « le nationalisme » veut systématiquement dire en réalité « le nationalisme québécois » ou encore « le nationalisme adverse » mais certes jamais « le nationalisme ») sont incapables d’admettre, voire d’envisager.

Tout comme nos nationalistes québécois s’inspirent de la France avec un automatisme agaçant, les nationalistes canadiens s’inspirent de l’Angleterre (plus récemment des États-Unis) avec un automatisme agaçant. Par exemple, si la France se donne une « grande bibliothèque », il nous faut une Grande Bibliothèque ; et rebaptiser les quartiers « arrondissements », comme à Paris ; et ainsi de suite. De même, si l’Angleterre, pour son malheur, sécrète une doctrine identitaire appelée (auto-trompeusement) « multiculturalisme », eh bien alors il faut importer la chose au Canada, peu importe qu’elle n’ait de « culturel » que le nom. (car « descent », « ancestry », « bloodlines », « ethnic stock », « lineage » sont tous des euphémismes de race, à savoir Nature, le contraire de Culture ou civilisation, comme si les gens étaient DÉJÀ canadiens-français ou canadiens anglais ou les deux À LA NAISSANCE au lieu de le DEVENIR! Comme si l’englishness ou la frenchness étaient transmises par le sang !).

Certes, des tas de bonnes idées anglaises, françaises et américaines méritaient et méritent toujours d’être transposées ici, pourquoi pas. Mais le danger fondamental, quoique innommé, a toujours été le même : c’est que l’unité démocratique de l’Angleterre (1648/1688), des États-Unis (1776) et de la France (1789) ont toutes été le résultat d’une Révolution. C’est cela qui crée la fameuse Nation, la fameuse « identité nationale », comme le comprenait fort bien Giuseppe Mazzini (« La révolution,c’est-à-dire la nation… »)

Or justement, l’unité italienne (1860) comme l’unité canadienne (1867) n’ont justement PAS été le résultats de révolution mais au contraire d’un processus diplomatique et politique, même si l’Unité italienne a eu son « bras armé » (Garibaldi, guerres du Risorgimento). « Nous devons arriver à la démocratie sans en passer par un Cromwell », disait Cavour. Il aurait pu dire « sans en passer par un Robespierre » que le sens eût été exactement le même. Et donc il n’y a pas, à proprement parler, d’identité « nationale », car la Révolution fonde la patrie et le peuple en même temps, « à chaud » pourrait-on dire, tandis qu’un processus risorgimental, plus civilisé et beaucoup moins meurtrier, fait la Patria ou la Fédération mais ne fait pas la Nazione ou Nation, car le peuple n’est pas en armes dans les rues. Et donc,au lendemain de l’Unité, les frontières culturelles et les frontières politiques ne se correspondent pas, ne s’épousent pas. Le Nord et le Mezzogiorno, en Italie ; et ici, le fait bien sûr qu’il y a deux lingua franca et non une ni 36.

C’est bien précisément pour cela, en raison de la ressemblanc de fond de ces deux processus d’unité modernes, non révolutionnaires, qu’un éminent cofondateur de notre fédération, John A. MacDonald, a pu reprendre à son compte et transposer ici mot pour mot, en 1867, la gaffe célèbre que Massimo D’Azeglio venait de commettre au Parlement italien en 1861, et qui avait aussitôt fait le tour du monde:

« Nous avons fait l’Italie, il nous reste maintenant à faire les Italiens! »

« Nous avons fait le Canada, maintenant nous devons faire les Canadiens! »

Ce qui risque de se produire alors, avec cette idée de « faire les Italiens », « faire les Canadiens », et donc cette insatisfaction diffuse et implicite avec l’Unité de 1860 ou 1867, c’est que des idéologues nationalistes cherchent dans la Guerre un substitut à la Révolution pour fabriquer la Nation. D’où le blabla militariste-patriotard du type « Canada: A Nation Forged in War » (la guerre en question étant la Première Guerre mondiale, déclenchée justement par ces tarés de Habsbourg pour, chose incroyable, régler un « problème de nationalité » à l’interne!). D’où (autre exemple) la gonflette hors de toutes proportions de la guerre de 1812 par les conservateurs : car 1867 n’a pas « fait les Canadiens ».

Mais ce blabla canadien – martelé par les faux fédéralistes et vrais nationalistes « Canadian » – sur la Guerre pour Forger la Nation est BiEN POSTÉRIEUR, heureusement pour nous, à la guerre de 1914-18. Il découle et date de la dégradation de notre fédéralisme en nationalisme et de notre fédération en nation (qui se produit entre l’ère Pearson et l’ère Trudeau). Pas comme en Italie hélas, où ce fut un motif d’intervention dans la guerre de 1915. Les interventionnistes de type halluciné – genre D’Annunzio, Ungaretti, Marinetti, Gentile et un peu plus tard Mussolini – voyaient dans cette guerre – à laquelle s’opposaient le premier ministre libéral Giovanni Giolitti et le plus influent penseur libéral, Benedetto Croce – une occasion en or de « faire les Italiens ». Mais avec cette caractéristique incroyable et révélatrice que ces interventionnistes-là (qui ne sont pas tous les interventionnistes italiens) commencèrent par favoriser l’intervention aux côtés des Puissances centrales (Autriche, Allemagne) avant de changer leur fusil d’épaule et de pousser à l’intervention aux côtés des démocraties ! L’important pour eux étant la guerre elle-même, la guerrre en soi, peu importe laquelle, peu importe ses causes et peu importe contre qui, en tant qu’instrument de fabrication d’une « identité nationale ». Les termesde « bellicisme » et de « militarisme » – tant galvaudés par la gauche – prennent ici, pour une fois, leur sinistre sens plein.

C’est la rhétorique du « bain de sang fondateur » (bagno di sangue), qui se balada dans les idées italiennes de 1890 environ jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, et se balade toujours dans les idées canadiennes, presque incognito, entre les éructations borgnes des antinationalistes phoneys et les accusations borgnes des antifascistes de pacotille (plus souvent PLC que PCC, cela dit).

Si nos amis de la Chaire Raoul-Dandurand veulent comprendre le pourquoi du bellicisme conservateur et de son mépris de la diplomatie, ils doivent remonter en amont,, marche par marche. Lorsqu’ils cherchent – par exemple dans la guerre de 1812 ou dans celle de 1914 – un substitut à la fameuse nationalité unique from coast to coast que l’unité de 1867 n’a pas produite, nos Conservateurs cherchent toujours (sans trop savoir ce qu’ils font, car cette posture a de la barbe et n’est pas uniquement de leur cru) à « faire les Canadiens » en se servant de la Guerre comme substitut à la Révolution. Qu’ils s’en rendent compte ou pas, qu’ils le sachent ou pas, ils ont repris à leur compte le thème du bagno di sangue, du « bain de sang fondateur ».

J’insiste donc sur le lien interne-externe, le lien du nationalisme au bellicisme, en rappelant pour la énième fois sur ce forum le dur mais juste diagnostic posé en 1944 par le comte Sforza, diplomate, ministre italien des Affaires étrangères (en 1920-21 et 1947-51) et antifasciste historique de la toute première heure:

« La guerre de 1939 aura montré même aux plus aveugles que rien n’est plus insensé et dangereux que de substituer exclusivement l’idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale. »

(In ‘Les Italiens tels qu’ils sont’, Montréal, Éditions de l’Arbre, 1944.)

Si nos amis de la Chaire Raoul-Dandurand veulent comprendre le pourquoi du bellicisme des conservateurs et de leur mépris de la diplomatie, ils doivent remonter plus en amont. Une des clés, selon moi, est à rechercher en amont, du côté de la graduelle dégradation de notre fédéralisme en nationalisme et de notre fédération en nation.

Il y a belle lurette que nos séparatistes ne sont pas les seuls insatisfaits de l’unité de 1867. Car celle-ci n’étant pas du tout une révolution mais un processus diplomatique, elle fondait un pays, une fédération, mais nullement une identité « nationale ». Elle fondait une citoyenneté mais pas une nationalité (et la confusion entre citoyenneté et nationalité est une caractéristique des nationalismes). Une Fédération n’est pas une Nation, et c’est fondamentalement cela que nos faux antinationalistes en peau de lapin (qui vilipendent « le nationalisme » – québécois – alors que ce qu’ils veulent dire, c’est « le nationalisme adverse ») sont incapables d’admettre, voire d’envisager. D’où cette tendance à chercher dans la guerre un substitut à la révolution comme moment fondateur d’une identité « nationale ».

Certes, plein de bonnes idées anglaises, françaises et américaines méritent toujours d’être transposées ici. Mais le danger fondamental, a toujours été le même : c’est que l’unité démocratique de l’Angleterre (1648/1688), des États-Unis (1776) et de la France (1789) ont toutes été le résultat d’une Révolution. C’est cela qui crée la fameuse Nation, la fameuse « identité nationale », comme le comprenait fort bien Giuseppe Mazzini (« La révolution,c’est-à-dire la nation… »)

Or justement, l’unité italienne (1860) comme l’unité canadienne (1867) n’ont PAS résulté d’une révolution mais au contraire d’un processus diplomatique et politique, même si l’Unité italienne a eu son « bras armé » (Garibaldi, guerres du Risorgimento). L’unité ne s’est donc pas faite par la révolution mais par d’autres moyens, et donc il n’y a pas, à proprement parler, d’identité « nationale », car l’immense et sanglant brassage d’une révolution fonde la patrie et le peuple en même temps, « à chaud » pourrait-on dire, tandis qu’un processus risorgimental, plus civilisé et beaucoup moins meurtrier, fait le pays mais pas l’identité « nationale », car le peuple conserve tous ses particularismes. Et donc, au lendemain de l’Unité, les frontières culturelles et les frontières politiques ne se correspondent pas et l’identité n’est donc pas « nationale ».

C’est bien précisément pour cela, en raison de la ressemblance de fond entre les deux unités qu’un éminent cofondateur de notre fédération, John A. MacDonald, a pu reprendre à son compte et transposer ici mot pour mot, en 1867, la gaffe célèbre que Massimo D’Azeglio venait de commettre au Parlement italien en 1861, et qui avait aussitôt fait le tour du monde:

« Nous avons fait l’Italie, il nous reste maintenant à faire les Italiens! » « Nous avons fait le Canada, maintenant nous devons faire les Canadiens! »

Ce qui risque de se produire alors, avec cette idée de « faire les Italiens », « faire les Canadiens », et donc cette insatisfaction diffuse et implicite avec l’Unité de 1860 ou 1867, c’est que des idéologues nationalistes cherchent dans la Guerre un substitut à la Révolution pour fabriquer la Nation. D’où le blabla militariste-patriotard du type « Canada: A Nation Forged in War » « .

C’est la rhétorique du « bain de sang fondateur » (bagno di sangue), qui se balada dans les idées italiennes de 1890 environ jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Qu’ils s’en rendent compte ou pas, nos conservateurs l’ont reprise à leur compte. Ils veulent « faire les canadiens », ils veulent fabriquer une identité « nationale » en se servant de la guerre comme substitut à la révolution.

Il y a un certain aveuglément dans ce blogue. Être à la fois contre les interventions militaires et être à la fois pour les missions de paix de l’ONU. Y-avait-il une bonne façon de faire en Afghanistan? La non-intervention, comme en Irak plus tard, était impensable en 2001. Pour la première fois, on utilisait l’article 5 de l’OTAN soit la clause de défense commune. Une fois là bas, on fait quoi? On se met derrière les forces armées de d’autres pays pour faire de l’aide humanitaire et du « support logistique »? Un peu hypocrite n’est-ce pas de faire tuer des alliés pour éviter les pertes et avoir « bonne conscience »? N’empêche que vous avez raison sur un point, il a un « traumatisme » suite à l’Afghanistan et un nouveau tabou sur l’utilisation des troupes au sol. Le Canada n’est pas le seul, les USA sont tombé en plein dedans avec l’utilisation « at large » de drones. On est justement à s’apercevoir qu’on ne peut gagner de guerre uniquement dans les airs.

En Libye, plusieurs intellectuels en France réclamaient une intervention armée. Que l’on pense à cette lettre ouverte dans Le Monde le 16 mars 2011 signée par Pascal Bruckner, Daniel Cohn-Bendit, Frédéric Encel, Raphaël Enthoven, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Claude Lanzmann et Bernard-Henry Lévy. Nous avons tendance à l’oublier, mais Khadafi était en train d’utiliser avions, hélicoptères, chars et missiles contre son propre peuple à ce moment. Il y a donc eu intervention aérienne avec l’appui de Paris, Londres et Washington. 3 ans plus tard, est-ce que cela a bien tourné? On tombe en plein révisionnisme ici… Remettons-nous à ce moment précis afin d’évaluer les autres possibilités qu’il y avait et non en 2014.

Maintenant arrive la Syrie, Al Assad utilise des armes chimiques contre son propre peuple. La France désire agir, Washington n’y tient pas. La Syrie est une vraie poudrière et Moscou sort un Joker. Il n’y a donc pas d’intervention. 2 ans plus tard, on voit l’émergence de l’État Islamique. On commence a reprocher à Obama son inaction. Il est à son plus bas niveau de popularité et les Démocrates risquent de perde les élections de mi-mandat. Pendant ce temps, le feu syrien a contaminé l’Irak, menace le Liban et la Turquie et rien ne semble s’améliorer sur le terrain.

Le Canada dans tout ça? Maladroit certes mais difficile de lui reprocher quoi que ce soit d’autres. Autant son action en Afghanistan, que son inaction en Irak en 2003, que son action en Libye, que son inaction en Syrie et que son action actuelle contre l’EI n’ont semblé mener à une réussite.

Alors, on fait quoi comme politique étrangère Monsieur l’ex-ambassadeur? On s’y soustrait totalement, en espérant pas trop se faire d’ennemi et regagner peut-être un siège au Conseil de sécurité? On n’a seulement qu’à critiquer Israël pour cela et à adopter une position pro-palestinienne. On critique Washington et Harper en se remémorant le « bon vieux temps » des missions de paix au Rwanda et en ex-Yougoslavie? Ah Chrétien, qu’il était bon en relation internationale. Faudrait en parler à nos ex-Casques bleus. Avec qui est-ce qu’on discute lorsqu’on parle de l’EI? On attend qu’il y ait une paix à faire respecter pour y envoyer des Casques bleus? Quelle hypocrisie.