Politique fédérale : à suivre sur la Colline en 2010

Les dossiers et les personnalités qui retiendront l’attention au cours des prochains mois en politique fédérale

Politique fédérale : à suivre sur la Colline en 2010
Photo : Adrian Wyld/PC

1) Le budget fédéral 2010 et les finances publiques de l’après-crise économique

Le gouvernement de Stephen Harper affichera, à la fin de l’année financière 2009-2010, le pire déficit de l’histoire du pays : 56 milliards de dollars, selon ses dernières prévisions. Le gros du déficit de cette année et de l’année 2010-2011 s’effacera dès qu’auront pris fin les coûteuses mesures de relance économique annoncées dans le budget de 2009, qui ciblaient entre autres les infrastructures. Il restera cependant un manque à gagner.

En fait, les comptes fédéraux continueront de figurer à l’encre rouge pour encore cinq ans, sinon plus. Le pire est que le Canada renouera avec un déficit structurel, selon certains économistes et le directeur parlementaire du budget, Kevin Page. Cela veut dire que l’équilibre entre les revenus et les dépenses est en train de disparaître et qu’une hausse des taxes, ou une réduction des dépenses, ou une combinaison des deux, s’imposera pour qu’on puisse le rétablir.

Les conservateurs ont toujours dit qu’ils n’augmenteraient pas le fardeau fiscal ni ne réduiraient les transferts aux provinces et aux particuliers. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a averti que si des compressions étaient nécessaires, elles toucheraient le reste des dépenses. Lesquelles ? Le prochain budget, attendu en mars 2010, lèvera-t-il enfin le voile sur les intentions des conservateurs ? Et quelle sera la réponse des libéraux, qui ne souhaitent plus défaire le gouvernement à brève échéance ?

Pour en savoir plus :

Les études de l’économiste Dale Orr (en anglais)

Les études de la banque TD (voir en particulier celle publiée le 10 octobre)

Le discours du ministre des Finances, Jim Flaherty, sur le plan de relance et le retour à l’équilibre budgétaire

Les documents budgétaires du ministère fédéral des Finances

2) La prise du contrôle du Sénat par les conservateurs

Le 2 janvier 2010 marquera la fin de la domination libérale au Sénat. Le départ à la retraite de Jeremy Grafstein portera à cinq le nombre de sièges vacants à la Chambre haute, sièges que le premier ministre Stephen Harper comblera rapidement avec de loyaux conservateurs. Du coup, son parti se retrouvera avec 51 sénateurs pour tenir tête aux 49 libéraux restants. Cinq autres sénateurs d’affiliations diverses compléteront le tableau.

Le contrôle des conservateurs ne sera donc pas total, mais presque, et ils pourront faire adopter, pratiquement sans amendement, tous les projets de loi auxquels ils tiennent.

Ce sera le ministre de la Justice, Rob Nicholson, qui sera content, lui qui se plaint constamment des changements apportés à ses projets par les sénateurs libéraux ! Cette nouvelle donne permettra aussi de voir, pour la première fois, comment l’équipe Harper entend se comporter en situation majoritaire.

Pour en savoir plus :

La répartition actuelle des sièges au Sénat

3) Michael Ignatieff et la tentative de recadrer son parti

Le chef libéral Michael Ignatieff a commencé l’automne « en lion »,  annonçant, dès le début de septembre, qu’il ferait tomber le gouvernement à la première occasion. Le ballon s’est vite dégonflé, le Nouveau Parti démocratique refusant de jouer le jeu, et avec raison. Dans les semaines qui ont suivi, les sondages sont allés de mal en pis pour les libéraux, au point où le chef a cru nécessaire de remplacer sa garde rapprochée. Il démontrait du même coup que la reconstruction de son parti n’était pas terminée et qu’il avait besoin de temps pour définir et faire connaître ses politiques.

Michael Ignatieff compte beaucoup sur une conférence qui se tiendra à Montréal, en mars 2010, sur le thème « Les 150 ans du Canada : relever le défi ». Il dit vouloir une rencontre non partisane de penseurs et d’experts, à l’image des réunions tenues par Lester B. Pearson, à Kingston, en 1960, et par Jean Chrétien, à Aylmer, en 1991. Ces deux conférences avaient servi de tremplin à la redéfinition du PLC et à son retour au pouvoir. Celle de mars saura-t-elle être à la hauteur ? Les paris sont ouverts.

Pour en savoir plus :

Le site du PLC

Un article du Star sur la conférence de Kingston

4) La mission canadienne en Afghanistan et ses ramifications

L’année 2010 devrait être la dernière année ininterrompue de la mission canadienne en Afghanistan. Cette dernière ligne droite coïncide avec l’arrivée massive de renforts américains, ce qui pourrait modifier la nature de l’engagement canadien et en atténuer les risques. La mission prendra fin en décembre 2011, mais le retrait commencera en juillet. Que fera le Canada par la suite ? Continuera-t-il à offrir une aide humanitaire, à assumer certaines tâches en matière de sécurité ? Tout laisse présager une reprise du débat à ce sujet, cette année.

Un casse-tête plus immédiat attend cependant le gouvernement Harper : la controverse autour du transfert des détenus afghans. Au cours des dernières semaines de 2009, les révélations se sont multipliées sur les avertissements reçus dès 2006 quant aux risques d’abus encourus par les détenus transférés par les militaires canadiens aux autorités afghanes. Jusqu’à présent, le gouvernement a répondu en mettant des bâtons dans les roues de ceux qui tentaient de faire la lumière sur cette affaire, c’est-à-dire le comité parlementaire sur la mission canadienne en Afghanistan et la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire. La grande question est de savoir si le gouvernement arrivera à les paralyser pour de bon.

Pour en savoir plus :

La lettre de Richard Colvin au comité parlementaire (PDF)

Documents relatifs ala motion soumise Ie 23 novembre 2009 par les deputes Paul Dewar et Ujjal Dosanjh (PDF)

5 ) Les sommets du G8 et du G20

Le gouvernement Harper s’opposait au départ à ce que le G8 s’efface derrière le G20, ce sommet des leaders des 20 pays émergents et les plus industrialisés du monde. L’ironie du sort veut que ce soit Stephen Harper qui préside, avec la Corée du Sud, au passage du témoin. Les participants au dernier sommet du G20, à Pittsburgh, en ont décidé ainsi. Le sommet du G8 de 2010, qui aura lieu au Canada fin juin, coïncidera avec la naissance d’un G20 plus officiel. La rencontre sera cruciale, car M. Harper veut, comme il l’a dit lors de son passage à Séoul, début décembre, qu’elle serve à planifier la sortie de crise économique et la fin, ordonnée, coordonnée et rapide, des mesures de relance.

Une chose est sûre, il espérerait éviter un sujet que d’autres pays voudraient aborder : la lutte contre les changements climatiques. Il faudra voir s’il arrivera à esquiver cet enjeu mondial de l’heure, un enjeu qui le hantera aussi à l’échelle canadienne. Les provinces sont en effet divisées sur les cibles à atteindre, au point de créer des tensions nouvelles au sein de la fédération. Stephen Harper n’a rien fait pour les calmer jusqu’à présent, une position qui pourra difficilement durer.

Pour en savoir plus :

Le texte du discours prononcé à Séoul

L’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), où se trouve une étude sur les provinces et Copenhague

Une étude de la Canada West Foundation sur les dangers pour la fédération d’en demander trop à l’Alberta

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