Lettre à un nouvel électeur

Notre chef de bureau politique, Alec Castonguay, prend la plume pour écrire aux jeunes qui voteront pour la première fois en 2018.

Cher nouvel électeur,

Si je prends le clavier aujourd’hui pour t’écrire quelques mots, c’est que je pense que tu me liras. Tu as mauvaise réputation, c’est vrai, celle d’appartenir à une génération politique perdue, trop individualiste pour s’investir dans l’avenir de la société. À quoi bon écrire à ces jeunes, diront les esprits chagrins. Un défaitisme que l’indécrottable optimiste que je suis ne partage pas.

Tu ne seras pas membre d’un parti politique, c’est entendu. À peine 5 % des adhérents à une formation politique au Québec ont moins de 30 ans. Être membre d’un parti à 18 ans est devenu aussi rare qu’un politicien qui reconnaît ses erreurs.

En revanche, tu signes plus de pétitions que tes aînés, tu participes à davantage de manifestations et tu boycottes les entreprises qui n’épousent pas tes valeurs. Tu choisis d’abord une cause, puis un groupe pour la défendre. Tu es très présent dans les jeunes chambres de commerce, les associations écologistes, communautaires, LGBTQ et tutti quanti. Tu as transformé les réseaux sociaux en armes redoutables pour te faire entendre. Tu es militant, confiant, motivé et idéaliste. Pas tout à fait le profil du représentant d’une génération en repli. Les partis politiques, avec leurs structures lourdes et leurs compromis, ce n’est juste pas ton truc. Ils devront s’adapter.

Vrai aussi que ta cohorte se rend aux urnes en moins grand nombre. Quelque 82 000 Québécois de ton âge obtiendront leur droit de vote pour la première fois en 2018. « Si la tendance se maintient… » (Note : c’était la formule par excellence du légendaire Bernard Derome le soir des élections. Qui est Bernard Derome ? Bonne question. C’est pour ça que Google existe.) Bref, « si la tendance se maintient », vous serez environ 60 % à exercer votre droit de vote.

Six sur 10, il n’y a pas de quoi se péter les bretelles, mais ce n’est pas si mal quand on pense qu’à 18 ans on a tendance à se concentrer sur ses besoins immédiats : l’entrée à l’université, l’achat d’une auto, la rencontre de l’âme sœur ou l’endroit où se procurer de la marijuana légale en juillet prochain. Je pardonne ta perplexité quand tu entends débattre aux élections de la burqa dans les services publics ou, pour la 17e fois, de l’attente dans les urgences.

D’ailleurs, tu auras droit à une nouveauté comme électeur : pour la première fois depuis 40 ans, le référendum et la place du Québec dans le Canada n’occuperont pas le devant de la scène en 2018. La « fatigue du rêve » de l’indépendance — comme le disait le défunt écrivain Gil Courtemanche — donne de l’oxygène au débat idéologique gauche-droite, plus typique des pays occidentaux.

L’essor de la Coalition Avenir Québec et de Québec solidaire, l’effondrement du Bloc québécois, les résultats en montagnes russes du NPD et la résurrection des libéraux fédéraux ont le même dénominateur commun : le vote des Québécois est maintenant moins conditionné par la question nationale.

Imagine, pendant longtemps, tes parents n’avaient que deux choix crédibles dans l’isoloir ! C’était fou de même. Contrairement à eux, tu ne ressentiras jamais cette loyauté envers un parti.

Avec l’enracinement du multipartisme, les chances que s’installent des gouvernements minoritaires à Québec grimpent. Je doute que ça t’attriste. Tu souhaites plus de collaboration entre les partis et moins de partisanerie. Difficile de te promettre que ça viendra. Notre système politique est basé sur l’affrontement. Après tout, le deuxième parti en importance à l’Assemblée nationale se nomme l’« opposition officielle »…

En terminant, permets-moi de mentionner un défi qui t’attend et qui se résume facilement : faire attention à l’Autre. Non pas seulement celui qui s’est déraciné pour s’installer ici, puisque ton rapport aux frontières est déjà beaucoup plus souple que celui de tes aînés.

Je fais allusion au clivage grandissant entre Montréal et le reste du territoire. À cet Autre qui devient tranquillement un étranger, même s’il partage les mêmes racines que toi. Les urbains hyperconnectés et ceux qui exploitent les ressources en région n’ont jamais paru si éloignés. Les écarts de valeurs et de modes de vie s’accentuent. Le Québec social-démocrate de Gatineau à Gaspé est un mythe. Rien de mal à ça. Mais entre urbains et fiers résidants des régions, il faut trouver un moyen de se parler et de se comprendre. Ça m’inquiète. Pourras-tu aplanir les différends ?

Puis il y a l’Autre juste à côté et pourtant invisible. Dans un monde où tu choisis tes chaînes de télé à la carte, tes chansons à l’unité et tes amis sur Facebook, tu es de moins en moins en contact avec celui qui ne pense pas comme toi. L’univers sur mesure des algorithmes fait disparaître les lieux où s’entrechoquent les réflexions. Or, une société qui se regroupe en silos idéologiques perd son espace de compromis. Écouter l’Autre, même s’il te dérange, doit maintenant être un effort conscient.

J’oubliais presque : bonne année électorale ! Tu verras, on a beau être seul dans l’isoloir, on prend goût à ce sentiment de participer à quelque chose de plus grand que soi.

 

 

J’AURAI 18 ANS EN 2018 <<<

Benjamin RossSaint-Augustin-de-Desmaures / Gestion commerciale / Cégep de Sainte-Foy / Métier rêvé : entrepreneur

« Je suis beaucoup la politique. Je suis membre d’un parti provincial. J’ai hâte de voter pour la première fois l’automne prochain ! Le problème, au Québec, c’est qu’on a deux partis qui se renvoient constamment le pouvoir. La CAQ ne me touche pas vraiment, donc il ne me reste que Québec solidaire. »

« Je trouve nos politiciens corrompus. Un bon système politique, c’est un gouvernement qui écoute les gens qui l’ont élu. C’est impératif. »

« Je veux être entrepreneur pour être mon propre patron, mais aussi pour apporter quelque chose de bon dans le monde. Je veux laisser mon empreinte. »

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2 commentaires
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Je suis d`un certain âge, je puis me permettre de dire les jeunes les jeunes les jeunes, comme toutes les générations ils vivent leur époque, je leur souhaite d`avoir la bonne idée un jour de faire disparaître tous les partis politiques (diviser pour mieux régner) qui passe la majorité de leur temps en chamaille a savoir qui est le meilleur, vielle mentalité, perte de temps qui gruge les discussions intelligentes afin de régler les choses importantes pour le bien des électeurs..

Je m’intéresse à la politique et je suis ça de très près depuis 4 ans déjà. Je vais voter pour la première fois l’automne prochain. Il m’apparaît clair que je ne suis pas les modes actuelles. D’une part, il y a ceux qui vont voter pour la CAQ. Quand on interroge ces électeurs, on se rend vite compte qu’ils ne voteront pas pour la CAQ pour les bonnes raisons. Ils veulent juste donner la chance à quelqu’un d’autre sans trop savoir pour quoi ils votent. Si la CAQ gagne, ils seront vite déçus. On ne peut pas espérer un avenir meilleur quand on passe le pouvoir à des gens qui ont des aspirations pires que ceux qui sont là en ce moment. La démarche marketing de la CAQ consistant à dire aux gens ce qu’ils veulent entendre fonctionne à merveille, mais les lendemains seront vraiment douloureux pour ceux qui tomberont dans le piège caquiste. D’autre part, il y a la mode Québec solidaire. Ce serait mentir de dire qu’il n’y a pas de bon dans ce parti. Il y a un bon fond comme dirait ma grand-mère, mais vouloir le maximum sans comprendre qu’il doit y avoir des compromis pour y arriver petit à petit relève de l’utopie. On manque de réalisme politique chez QS. Et puis bon, les prises de positions douteuses des derniers mois ne contribuent pas du tout à saupoudrer de la crédibilité à ce parti. Et puis bon, il ne faut pas perdre de vue qu’un vote pour un parti qui n’a aucune chance de prendre le pouvoir est un vote perdu. Un vote qui ne fait qu’aider les autres à se faire réélire puisqu’il n’aide pas un parti susceptible de prendre le pouvoir de déloger ceux qui sont en place. Il ne reste donc qu’un seul et unique choix. Malgré que le Parti québécois ne soit pas très à la mode depuis un certain temps, il s’avère que c’est le seul vrai choix possible pour un réel changement et une nette amélioration de nos conditions de vie. La CAQ et le PLQ sont les deux faces d’une même vision, le PQ, lui, se démarque par des positions différentes, concrètes et réalistes. Contrairement à QS, le PQ peut encore aspirer au pouvoir. Depuis quelques semaines, on sent un vent qui tourne et qui est en train de remettre la population sur le droit chemin, et ce malgré ce que les sondages démontrent. J’ai l’impression que la campagne électorale se chargera de remettre les pendules à l’heure. Et puis, il faut l’avouer l’arrivée à l’avant-plan de Véronique Hivon finira par rapporter des dividendes. Au quotidien, les discussions que j’ai avec d’autres étudiants me laissent penser que tout reste à jouer et qu’il n’y a rien de gagner. Les intentions de vote ne semblent reposer sur aucune base solide. On entend plus souvent des phrases du genre « je ne sais pas trop, mais… » que des « c’est sûr que… » et ça démontre clairement qu’il existe encore une bonne couche d’indécis. Dès qu’on gratte un peu et qu’on demande sur quoi l’intention de vote repose il n’existe aucune réponse satisfaisante. Il n’y a qu’une volonté forte de changement. La CAQ incarne ce changement pour l’instant, mais quand la population va comprendre qu’un vote pour la CAQ représente beaucoup plus un vote pour la continuité que pour le changement souhaité les appuis pour ce parti vont fondre comme neige au soleil. J’ai déjà hâte à l’automne prochain pour me rendre dans l’isoloir pour la toute première fois. Je vais tout faire pour convaincre mes amis de s’y rendre aussi.