Polygamie : même la liberté de religion ne peut la justifier

Il aura fallu plus de 60 ans pour que le gouvernement de la Colombie-Britannique demande aux tribunaux de se prononcer sur la constitutionnalité des dispositions du Code criminel interdisant la polygamie. Soixante ans pendant lesquels la communauté mormone polygame de Bountiful a pu vivre tranquille.

La Cour suprême de la province s’est finalement prononcée et selon elle, cette interdiction, même si elle peut contrevenir à la liberté de religion de certains, se justifie dans une société libre et démocratique car la pratique de la polygamie, dit la cour, fait trop de mal aux femmes, aux enfants, à la société en général et à l’institution du mariage monogame. Des maux dont la décision de 280 pages fait la triste liste.

Isolée et repliée sur elle-même, la communauté de Bountiful a été créée en 1946 et a vécu dans l’indifférence générale. Le village voisin de Creston s’en accommodait même bien puisque cela assurait à ses commerces une clientèle nombreuse. Mais avec les années, des femmes ont fui la communauté, les témoignages se sont multipliés. On a alors découvert les mariages imposés à un très jeune âge à des hommes beaucoup plus vieux, les maux associés à l’obligation de cohabiter avec d’autres épouses, les conséquences d’unions consanguines, les abus psychologiques, sexuels ou physiques, l’éducation limitée de la plupart des enfants.

Plusieurs procureurs généraux de la province ont pensé poursuivre, mais ils se sont d’abord buté sur l’absence de témoins disposés à parler. Puis, il y a eu la crainte de voir les dispositions du Code criminel tomber sous le coup de la liberté de religion. Les rapports sur la question se sont multipliés, jusqu’à ce que Wally Oppal, procureur général sous Gordon Campbell, en ait assez.

En 2008, des accusations ont été portées contre deux des leaders de la secte, dont Winston Blackmore, qui se vantait d’avoir 26 femmes et plus de 110 enfants. Mais les accusations sont tombées pour des raisons techniques, incitant finalement le gouvernement à procéder à un renvoi devant la Cour suprême de la province afin de trancher une fois pour toute la question constitutionnelle.

La décision de cette cour peut encore être contestée devant la Cour d’appel de Colombie-Britannique puis devant la Cour suprême du Canada, ce qui ne surprendrait personne, mais la première manche a été gagnée.

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Selon ce que vous décrivez, le problème n’est pas la polygamie, c’est:

« …les mariages imposés à un très jeune âge à des hommes beaucoup plus vieux, les maux associés à l’obligation de cohabiter avec d’autres épouses, les conséquences d’unions consanguines, les abus psychologiques, sexuels ou physiques, l’éducation limitée de la plupart des enfants. »

Sinon, entre adultes consentent, je ne vois pas le problème. Si c’est ce qui les rend heureux.

Le préambule de la Loi constitutionnelle de 1982 stipule que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu (lequel? Ça c’est pas simple!) et la primauté du droit (Ça c’est plus simple, toutes les lois sont disponibles et de nature publique).

L’article 1 de cette même loi édicte que les droits et libertés garantis par la Charte ne peuvent être restreints que par une règle de droit qui soit raisonnable et qui puisse se justifier dans une société libre et démocratique.

Alors, mon point, ne nous réjouissons pas trop vite de ce jugement qui ira irrémédiablement jusqu’à la Cour Suprême du Canada qui a toujours interprété la liberté de religion de façon très large et permissive jusqu’à en provoquer parfois l’ire d’une majorité de citoyens.

Je serais prêt à gager qu’une bande d’avocats véreux en mal de publicité (il s’en trouve toujours pour défendre l’indéfendable) et que nos pères Noël de service iront jusqu’à renverser cette décision au nom d’une sacro-sainte interprétation libérale, immuable et sclérosée de la notion de liberté de religion dans le cadre d’un État ou la suprématie de Dieu est inscrite dans le préambule de sa propre constitution.

Encore une fois, le Dieu de qui?

J’espère me tromper Royalement, mais je demeure sceptique à l’effet que le plus haut tribunal du pays puisse, pour la première fois, limiter de manière aussi restrictive la liberté de conscience et de religion que le fait ce jugement de première instance. Soit, maintenir le caractère criminel de la polygamie pouvant mener à une peine d’emprisonnement de 5 ans (article 293 du Code criminel) et à la création d’un casier judiciaire pour les fautifs.

Le législateur risque de se voir retourner à sa planche à dessein…

Vous annoncez qu’une communauté « Mormone » vit de la polygamie en Colombie Britanique. J’aimerai vous avisée que la polygamie est interdite parmis les Mormons depuis le début du 19e siècle. Son président à Salt Lake Cité, a bani depuis de nombreuses années le droit à la polygamie et excommunie toutes personnes qui la pratique. Si la communauté de Bountiful se dit « Mormon » elle ne l’est probablement plus depuis que l’église connait cette pratique parmis eux.

Oui, je suis d’accord avec Etienne… le probleme est les jeunes qui sont forcé par les adultes

Je n’ai pas un probleme avec la polygamie

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