Popularité de Justin Trudeau : le Canada s’ennuie

Comment expliquer le fait que Trudeau maintienne sa cote auprès des Canadiens ? Parce que nombre d’entre eux ont envie d’un leader fort, charismatique et médiatique pouvant les faire rêver.

Photo: Aaron Vincent/La Presse Canadienne
Photo: Aaron Vincent/La Presse Canadienne

Politique«La France s’ennuie», écrivait Pierre Viasson-Ponté, éditorialiste au Monde, quelques semaines seulement avant la révolte de mai 68. Les causes de cette lassitude n’étaient pas à chercher dans l’état matériel du pays. Après des décennies de conflit, les Français vivaient en paix, la prospérité était au rendez-vous.

Selon cet éditorial, les raisons de ce désintérêt étaient à rechercher dans la politique, dont le but n’est pas d’«administrer le moins mal possible le bien commun, de réaliser quelques progrès ou au moins de ne pas les empêcher… il est de conduire un peuple, de lui ouvrir des horizons, de susciter des élans.»

Il faut comprendre les terroristes

Cela nous amène au succès de Justin Trudeau, qui, plus d’un an après son élection à la tête du PLC, est toujours en tête dans les sondages. Il y a quelques semaines, son parti a réussi à ravir au NPD l’ancienne circonscription d’Olivia Chow, veuve de Jack Layton, lors d’une élection partielle.

Cette réussite semble difficile à expliquer en regard des gaffes que le leader libéral multiplie depuis qu’il dirige sa formation. Par exemple, à la suite des attentats du marathon de Boston, au lieu d’exprimer sa sympathie pour les victimes, il s’était lancé à chaud dans une longue interrogation sur les causes profondes de ce geste. Tout cela était arrivé «parce qu’il y a quelqu’un, quelque part, qui se sent complètement exclu… en guerre avec des innocents… notre attitude doit être, d’où ces tensions proviennent-elles ?»

S’il y a une chose, pourtant, que l’histoire récente a démontrée, c’est que le lien entre le terrorisme et l’intégration à la société ou la pauvreté n’est pas du tout évident. Pour prendre un cas tristement célèbre, Ben Laden et plusieurs de ses acolytes venaient de familles riches, bien intégrées socialement, et qui n’ont jamais connu la misère.

Les Trudeau et la Chine

Pierre Trudeau a fait un voyage en Chine à l’époque de Mao, en 1962, alors que ce dernier venait de plonger son pays dans une famine qui a causé 20 millions de morts. Mais Trudeau n’avait pas cherché à voir les signes de ce désastre, qui étaient visibles malgré les efforts du régime pour les camoufler. Il était resté très tendre avec les communistes chinois, dans un livre écrit avec Jacques Hébert à la suite de son voyage. La Chine maoïste avait apparemment des choses à montrer à l’Occident.

Justin entretient lui aussi un faible pour cette dictature communiste. L’automne dernier, alors qu’on lui demandait quelle juridiction politique il admirait le plus en dehors du Canada, il a proposé spontanément la Chine. «Leur dictature leur permet de virer sur un 10 sous et de se dire : “Nous devons être plus verts et investir dans l’énergie solaire”.»

En somme, l’aspirant premier ministre est un partisan du despotisme éclairé, lequel serait notamment meilleur pour l’environnement. Le bilan de la Chine à cet égard est pourtant catastrophique, sans parler de la situation des droits et libertés, de la corruption, du Tibet et de bien d’autres sujets encore.

On pourrait multiplier ici les exemples de phrases malheureuses ou irréfléchies lancées par Trudeau fils. On a qu’à penser à son flirt avec l’indépendance québécoise, à laquelle il adhérerait si le Canada se tournait davantage vers les valeurs de Stephen Harper. Et que dire de son humour douteux sur le conflit en Ukraine ? Après l’élimination de la Russie au hockey lors des derniers Jeux olympiques, Justin disait à la blague craindre le pire, car les Russes seraient en colère à la suite de leur défaite sur la glace.

Un pays nostalgique

Comment expliquer alors le fait qu’il maintienne sa cote auprès des Canadiens ?

Parce que nombre d’entre eux ont envie d’un leader fort, charismatique et médiatique pouvant les faire rêver. Les Canadiens cherchent quelqu’un qui va réinventer la politique, incarner une certaine grandeur du Canada, faire l’envie du monde et leur redonner espoir.

Cette perle rare, les plus vieux l’ont connue, les autres en ont entendu parler — il s’agit de Trudeau père. En 1968, l’arrivée à l’avant-scène de ce personnage exceptionnel semblait tellement prometteuse qu’elle avait donné naissance à la Trudeaumanie.

Une partie du pays est nostalgique de Pierre Trudeau. Justin, pour sa part, est une vedette médiatique depuis sa naissance. Il possède un sens indéniable de la mise en scène. Son élection comme député a donné naissance à une dynastie politique.

Il n’en manquait pas davantage pour qu’on voie en lui le digne successeur de son père. Même en n’ayant rien accompli d’envergure dans sa vie professionnelle ou politique, il n’a eu qu’à «surfer» sur cet espoir pour ravir la chefferie de son parti.

L’ennui qui précédait son arrivée était tellement grand et le symbole dynastique qu’il représente, tellement fort, que Trudeau a réussi jusqu’à présent à maintenir sa popularité.

Il ne faudrait toutefois pas conclure trop vite qu’il sera notre prochain premier ministre fédéral.

Déjà, au Québec, sa cote a baissé. Il faut dire que l’héritage de son père est bien plus contesté ici qu’ailleurs.

Les Québécois ont aussi vu de quel bois se chauffait le chef libéral. L’an dernier, par exemple, il a fait cause commune avec les conservateurs pour refuser du revers de la main une demande unanime de l’Assemblée nationale pour permettre l’accès aux archives du rapatriement constitutionnel, à la suite de la publication de mon livre La Bataille de Londres. En fait de renouveau politique, on a déjà vu mieux.

Même au Canada anglais, la partie est loin d’être gagnée pour le chef des rouges. En dehors des périodes électorales, les sondages mesurent beaucoup plus la popularité des candidats, lesquels ne sont pas testés aussi durement que durant une élection.

La dynamique change au moment de choisir qui sera le prochain premier ministre. Les électeurs se demandent alors en qui ils peuvent avoir le plus confiance pour diriger le pays. C’est le jugement des aspirants, et leur capacité plutôt que leur notoriété, qui deviennent les facteurs cruciaux. Sur ce terrain, Justin a lamentablement échoué jusqu’à présent.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au Collège Dawson et l’auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

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13 commentaires
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Je ne veux pas défendre Justin Trudeau, je n’ai pas une opinion positive du personnage. Non, je veux juste relevé un point de votre article : « une demande unanime de l’Assemblée nationale ». Ah! ces fameux votes unanimes de l’Assemblée Nationale! C’est sacré! Personnellement, j’ai un gros malaise avec ces supposés votes unanimes. S’ils se produisaient aux cinq ans. Je pourrais comprendre. Mais j’ai l’impression que des votes unanimes (très souvent pour blâmer le fédéral), l’Assemblée Nationale en réalise 15 par semaine. J’exagère, mais à peine. UNANIME! Dans quelle société pluraliste comme la nôtre, une assemblée constituante de la population peut en venir à penser de façon unanime? Sur 125 députés et sur le nombre de vote unanime, il y en a jamais un qui est contre? Bizarre. Vraiment bizarre.

L’autre point avec ces votes unanimes est pourquoi on demande aux autres paliers de gouvernement de s’y soumettre alors que nos propres politiciens québécois ne respectent même pas le caractère supposément sacré de ces votes unanimes. Pour mémoire, je rappelle qu’il y a eu un vote unanime de l’Assemblée Nationale pour des élections à date fixe, mais que le gouvernement du PQ ne s’est pas empêché d’aller à l’encontre de sa propre loi en déclenchant des élections le printemps passé. Alors les votes unanimes, SVP, on se garde une petite gêne.

Vous m’enlevez les mots du clavier.

Je me souviens d’une loi contre la pauvreté votée « unanimement » à l’Assemblée nationale… C’est comme voter une loi contre la mauvaise température. Totalement inutile et qui ne sert qu’à se donner bonne conscience et à acheter des votes.

« Dans quelle société pluraliste comme la nôtre, une assemblée constituante de la population peut en venir à penser de façon unanime? » Une assemblée, ça ne pense pas, ça vote ! Si tout le monde est d’accord avec un projet de loi, où est le problème ?

« Sur 125 députés et sur le nombre de vote (sic) unanime, il y en a jamais un qui est contre? Bizarre. Vraiment bizarre. » Ce qui est surtout bizarre, c’est la confusion de votre pensée. C’est le propre de l’unanimité de ne pas avoir d’opposition.

« Pour mémoire, je rappelle qu’il y a eu un vote unanime de l’Assemblée Nationale pour des élections à date fixe, mais que le gouvernement du PQ ne s’est pas empêché d’aller à l’encontre de sa propre loi en déclenchant des élections le printemps passé. » Quand on ne sait pas de quoi on parle, on dit n’importe quoi, surtout des faussetés. La loi 3 (Loi modifiant la Loi électorale afin de prévoir des élections à date fixe) qui modifie l’article 129 de la loi électorale mentionne ceci à son deuxième alinéa : « Le présent article n’a pas pour effet de porter atteinte au pouvoir du lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée nationale avant l’expiration d’une législature. » Elle modifie aussi l’article 6 de la loi sur l’Assemblée Nationale notamment au quatrième alinéa : « Seul le lieutenant-gouverneur peut dissoudre l’Assemblée nationale avant l’expiration d’une législature. ». C’est de cette façon qu’il y a eu des élections le printemps passé, le lieutenant-gouverneur a fait son job conformément à la loi.
.

Ah! Ah! Merci M. Sauvageau de me rappeler les articles de loi. Que prévoient ces articles? Ils permettent à l’Assemblée nationale de retirer sa confiance au gouvernement lors d’un vote de confiance (principalement vrai le cadre d’un gouvernement minoritaire). Et de là, le Lieutenant-gouverneur peut déclencher des élections. Est-ce que le printemps passé, le Lieutenant-gouverneur s’est lever un matin et s’est dit, « tient se serait sympathique d’avoir des élections, j’ai le goût, y manque d’action au Québec! »? Non! Pauline s’est rendue lui rendre visite pour lui demander de dissoudre l’assemblée nationale. Je ne sais peut-être pas ce que j’écris, mais vous, vous avez une belle propension à refaire l’histoire. Bravo pour votre imagination.

En passant, « Une assemblée, ça ne pense pas, ça vote ! », alors pourquoi 125 députés? Élisons-en une dizaine ça va nous coûter moins cher? Bref, à lire votre réplique, je me demande si c’est l’assemble nationale qui ne pense pas ou vous?

Vous écrivez :« Et de là, le Lieutenant-gouverneur peut déclencher des élections » N’est-ce pas ce que j’ai affirmé et en quoi j’ai refait l’histoire ? Bien sûr, le lieutenant-gouverneur n’agit pas seul, il est conseillé par le premier ministre. Votre affirmation était, cependant, que madame Marois avait agi contrairement à la loi 3, ce dont je vous ai démontré le contraire et quant à vous, vous avez été incapable de me prouver le fondement de votre déclaration.

La pensée est une activité intellectuelle qui ne peut s’exercer que par un seul homme et nullement par un groupe. De la réunion de plusieurs personnes peut se dégager des idées sorties des uns et des autres, mais un groupe ça ne pense pas, surtout à l’« unanimité ».

Donc si je suis votre raisonnement, Mme Marois fait voter SA loi pour des élections à date fixe. Une loi votée à l’unanimité, ce qui dans le contexte québécois est un geste sacré, sacré. Donc, Mme Marois fait voter sa loi, mais va voir le lieutenant gouverneur pour le conseiller de déclencher des élections. Mais bon, j’imagine que puisqu’ils étaient maintenant rendus un groupe de deux personnes (Mme Marois et le lieutenant gouverneur), ils ont arrêté de penser.

Personnellement, je m’arrête ici, mais je vous invite à me répliquer et à continuer de vous enfoncer dans le pathétisme et à démontrer votre méconnaissance d’une monarchie constitutionnelle.

@ Martin Beaulieu

Avez-vous la tête dans le brouillard, le recours au lieutenant-gouverneur fait partie de la loi sur des élections à date fixe ? Pas besoin d’un doctorat en science-po ou en droit pour comprendre cela !

Vous m’accusez d’ignorer la monarchie constitutionnelle ! Si vous lisez attentivement la constitution de ce pays vous observerez que la Reine est conseillée par ses ministres, dont le plus important est celui du premier ministre et c’est lui qui a finalement le dernier mot.

P.S. En vous lisant, on se rend compte rapidement que même seul, on peut arrêter de penser.

Justin Trudeau n’est pas la copie conforme de Pierre Elliot, comme le fils de Maurice Richard qui ne l’était lui aussi. Il fait parti d’une des solitudes au pays, mais a plutôt évolué dans la solitude majoritaire, il n’a probablement aucune espèce d’élan profond »genuine » Québécois. Ses réparties sont d’une simplicité a ;a ST-Clair plus qu’a la Trudeau, il est une espèce de »rock star » sans fond.

Justin Trudeau une rock star? Trudeau ne nous fait pas de démonstration de ses talents de pianiste comme le fit Harper, ne chante pas avec le president des USA comme le fit Mulroney. Justin Trudeau est beaucoup plus terre-à-terre que ses adversaires politiques. Stephen Harper lui nous proposait des choses sérieuses : une loi sur les elections à date fixe, la réforme du Sénat, en 2008 il nous a meme promit que le Canada ne connaîtrait pas de récession. Un déficit au Canda? Impossible avec Harper, qui s’est fait élire la dernière fois en promettant des déductions fiscales pour nos frais de gymnase, dès qu’il aura épongé le déficit. Entretemps, le problème de l’emploi au Québec et en Ontario ne cesse de croître. Il n’y a pas à dire, Harper a du fond, et j’espère bien qu’il l’ait atteint…

Trudeau n’entend pas changer la face du Canada. Il veut diriger de manière responsable, et dans le respect de la constitution.

Mais vous avez sans doute raison: qui voudrait d’un premier ministre responsable et respectueux de la réalité constitutionnelle quand on a des VRAIS leaders qui nous promettent d’abolir l’hiver au Canada? Il semble que plus les promesses sont grosses, plus les gens ont tendance à les croire, plus on veut prendre ses rêves pour des réalités ou même des possibilities.

Et que dire de l’unanimité des historiens québécois, lesquels, seraient à plus de 90 % souverainistes, selon Bernard Landry?? La pluralité des opinions va de pair avec une démocratie forte.. Les historiens « non souverainistes » existent mais ils sont « évacués » par notre bien-pensance.

Votre livre « La bataille de Londres » a été critiqué pour les nombreux raccourcis intellectuels qu’on y retrouve. Un peu comme c’est le cas quand Pierre Fortin parle économie.. la partisannerie embrouille vos analyses.

Il est clair que l’élection de Justin Trudeau pour les souverainistes relèverait du cauchemar. la boucle se bouclerait, les ficelles du pouvoir se retrouveraient entre les mains du « triumvirat fédéraliste » Trudeau/Couillard/Coderre..

Alors il est clair que les néo-réactionnaires péquistes vont s’activer dans les mois à suivre à la diabolisation du candidat Trudeau.

Il devrait pourtant se garder une p’tite gêne.. car celui qu’ils ont désigné comme leur » Messie » n’a pas brillé par un flair politique exceptionnel depuis son saut en politique. Il donne davantage l’impression d’avoir atteint son niveau d’incompétence..

De maladresse en maladresse certain ont été jusqu’à voir en lui une caricature de Mr Bean.. ce qui par ailleurs aura coûté son poste à cettte méchante langue. On peut dénigrer Trudeau mais « pas touche » à PKP..

Le fils de Pierre Trudeau et « le fils spirituel » de Bernard Landry, deux espèces de « rock star » sans fond, peut-être?.

Le recours aux journaux à potins et à « Facebook » pour garder les Québécois informés des évènements de leur vie privée respective, est un outil dont ils usent tous les deux..

S’il en est un qui représente une espèce « jusque-là absente en politique » c’est bien plus votre candidat.. star système/affaires/politique collé/collé pas à peu près.. Et ça ne fait pas sérieux!… ce n’est pas l’image qu’on se fait du Président d’une République qui se voudrait digne de ce nom. à moins que l’on vive en Italie.

Les conséquences de l’élection de Justin Trudeau à titre de PM canadien ne seraient d’aucune mesure en regard de l’élection du magnat de la Presse dont, en passant, les réparties sur la politique sont d’une simplicité qui dépasse celle de Justin Trudeau.

Vos arguments contre Justin Trudeau porteraient davantage si celui que vous appuyez au Québec faisait partie de « l’intelligentsia », JF Lisée, par exemple.

Justin Trudeau a du nerf et une solide détermination.

Je vous rappelle qu’il s’est présenté dans un comté difficile et loin d’être gagné d’avance et il l’a gagné et deux fois plutôt qu’une. Comme Mulcair l’a fait.

Nous aurions aimé voir un Lisée ou un Duceppe par exemple faire preuve d’autant d’audace et de conviction. Ils auraient pu par exemple se présenter dans Saint-Laurent ou dans Mont-Royal et tenter de convaincre ces électeurs de la justesse de leurs propos et de leurs idées plutôt que de présenter dans des comtés complaisants et drôlement faciles.

Trudeau a des défauts? So what? Qui n’en a pas?

Une chose est cependant sûre, ce sera un adversaire convaincu, énergique, intrépide et résolu.

Si Justin Trudeau, une fois élu à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire à Ottawa, mettait en œuvre des politiques économiques campées à gauche, il y a fort à parier que vous seriez alors nettement moins élogieux…

« … comté difficile et loin d’être gagné d’avance » On se croirait encore en plein festival Juste pour Rire. Ce comté a toujours été libéral sauf pour la période 2006-2008, détenu par le Bloc Québécois (Viviane Barbeau).