Portrait-robot de l’élu québécois

L’actualité a compilé des données transmises par les partis politiques pour vérifier à quel point les 125 députés élus en 2022 sont représentatifs de la population québécoise. Réponse : pas totalement, mais bien plus qu’avant. 

montage : L’actualité

Pour gagner un siège à l’Assemblée nationale lors de l’élection générale de février 1923, mieux valait être médecin, avocat ou notaire. Cette année-là, plus de 43 % des élus québécois venaient en effet de ce sérail de notables. À l’inverse, il n’y avait que cinq gestionnaires dans le groupe des 85 députés. Et bien sûr, les femmes n’y étaient pas présentes (elles n’avaient de toute façon pas le droit de vote).

Ces députés élus il y a un siècle sursauteraient s’ils assistaient à une période des questions du 43e Parlement, qui vient de commencer ses séances à Québec. Les femmes sont plus nombreuses que jamais à occuper des sièges. Tout comme les minorités culturelles, qui y sont également plus visibles. Et les curriculum vitæ des élus affichent une diversité de parcours qui tranche avec l’homogénéité professionnelle de l’époque.

Mais à quel point les 125 élus qui entament leur mandat sont-ils malgré tout représentatifs du Québec de 2022 ? L’actualité a compilé des données transmises par les partis politiques pour brosser le portrait des députés et voir jusqu’à quel degré l’Assemblée nationale ressemble à la population québécoise.

Parité : on y est presque

Le premier élément d’une juste représentativité en politique concerne la présence des femmes. À cet égard, le Parlement actuel constitue un record avec 58 femmes élues. Elles représentent 46,4 % de l’ensemble des députés, une autre progression après le grand bond enregistré en 2018 — la proportion d’élues était alors passée de 27 % à 42 %. Ces résultats reflètent des efforts importants faits par les quatre partis présents à l’Assemblée nationale en ce qui a trait à la constitution de leur équipe de candidats. Au total, il y avait 49 % de femmes parmi les 500 candidatures caquistes, libérales, solidaires et péquistes.  

50 ans, l’âge idéal ?

Une chose ne surprendrait pas nos députés de 1923 : l’âge de leurs successeurs. Il y a un siècle, la moyenne d’âge des élus était de 49,6 ans, selon les données de l’Assemblée nationale. Elle est maintenant de 50,6 ans, un chiffre semblable à ceux de toutes les élections récentes — le vieillissement de la population ne se voit pas au Salon bleu ! Mis à part le seuil psychologique des 50 ans, il n’y a pas de différence majeure entre l’âge moyen des femmes élues (49,8 ans) et celui de leurs collègues (51,2 ans). Les 11 députés de Québec solidaire font baisser la moyenne, avec un caucus âgé de 43,4 ans (8 députés de la formation ont moins de 45 ans).

Nés ailleurs, députés ici

Sur les 125 députés élus le 3 octobre, 14 ne sont pas nés au Québec ou au Canada, ce qui représente une proportion d’environ 11 % (selon le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Inclusion, 13,7 % de la population est immigrée). La hausse est notable par rapport à 2018 (six députés) ou à 2014 (cinq députés), et encore plus quand on recule dans le temps (ils n’étaient par exemple que deux après l’élection de 1976).

Dans le cadre d’une étude toute fraîche, l’Observatoire québécois de la diversité ethnoculturelle (un OSBL qui regroupe différents professeurs d’université) a pour sa part recensé 15 députés issus des minorités visibles — cette proportion de 12 % est en deçà des 15,8 % de la population québécoise qui s’identifient comme faisant partie d’une minorité visible (cette catégorie n’inclut pas les Autochtones, comme la ministre innue Kateri Champagne Jourdain, mais tient compte de tous ceux qui n’ont pas la peau blanche). Les caucus libéral et solidaire fournissent à eux seuls les deux tiers des députés issus des minorités visibles, alors que leurs élus ne représentent que le quart de l’ensemble des députés.

Bardés de diplômes

Si l’Assemblée nationale s’est diversifiée au fil des ans, elle reste encore beaucoup la chasse gardée de ceux qui ont fait de longues études. On note ainsi cette année que l’immense majorité des députés (86 %) ont obtenu un diplôme universitaire, soit une proportion presque trois fois plus grande que ce qu’on voit au sein de la population (29,4 % des Québécois possèdent un tel diplôme). Quatre élus sur 10 ont même une maîtrise ou un doctorat.

Cet écart marqué entre le niveau de scolarité des élus et celui de la majeure partie de la population est une constante dans le temps. Dans une étude publiée en 2010 et portant sur les élections provinciales de 2003, 2007 et 2008, la chercheuse Magali Paquin, alors doctorante en sociologie, constatait en effet que le « niveau de scolarité et l’occupation professionnelle témoignent du décalage entre gouvernés et gouvernants, ces derniers étant nettement plus éduqués que leurs commettants ».  

Les gestionnaires ont la cote

En ce qui concerne leur profession principale avant d’être élus, les députés offrent un portrait beaucoup plus diversifié. Les avocats, notaires et médecin (il n’y en a qu’un) comptent aujourd’hui pour 12 % des députés, qui viennent d’abord et avant tout du secteur de la gestion — 25 % des élus. On trouve aussi sur les banquettes une bonne proportion d’entrepreneurs (13 %) et d’ex-journalistes ou de spécialistes des relations publiques (un autre bloc de 13 %). Le secteur de l’éducation, du primaire à la recherche universitaire, fournit environ 9 % des élus.

Dans les professions peu représentées, on notera quatre travailleurs communautaires ou syndicalistes et trois représentants de métiers associés au secteur de la santé. Parmi les cas rares : un hockeyeur (Enrico Ciccone), un thanatologue (François Jacques) et un poète (Frantz Benjamin).

Certains députés revendiquaient plus d’une profession principale — par exemple, le premier ministre François Legault peut à la fois se dire comptable, entrepreneur et gestionnaire. Nous avons classé chaque élu dans le secteur d’activité qui le définit le mieux publiquement.

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Il serait intéressant de savoir combien d’élus envoient ou ont envoyé leurs enfants des institutions d’enseignement privées, et qui le font ou l’ont fait.

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Bonjour, j’aimerais savoir ce que donnerait ceci :
1 députée qui s’identifie comme étant Autochtone — cette proportion de ? % est +-= ? des ? % de la population québécoise qui s’identifient comme étant Autochtones ? Merci.

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