Pour en finir avec la langue de bois

Depuis 1993, la langue de bois est devenue encore plus courante en politique, et peu de partis au Canada en ont abusé davantage que le PQ quand il a été question de la réalisation de son option, dit Chantal Hébert.

Photo : Bloomberg / Getty Images
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La pièce L’absence de guerre, de l’auteur britannique David Hare, s’inspire des dessous de la campagne électorale travailliste de 1992. On y voit un chef de parti privé de ses moyens par une garde rapprochée tellement soucieuse de contrôler son message qu’elle finit par en évacuer tout le sens.

En regardant cette pièce à travers ma lorgnette fédérale, j’ai pensé à l’ex-chef libéral Michael Igna­tieff, débarqué en politique avec toutes sortes d’idées qui avaient secoué les puces à son parti.

Qui se souvient de l’assurance et de l’audace dont il avait fait preuve lorsqu’il avait tenté de pousser le PLC sur le terrain de la reconnaissance de la nation québécoise, en 2006 ?

Lors de la campagne désastreuse qu’il a menée en 2011, il ne restait guère que la coquille de l’intellectuel engagé qui s’était présenté pour la première fois au leadership cinq ans plus tôt.

Il est possible que Justin Trudeau soit en voie de passer à la même moulinette. Chose certaine, au terme de sa première année comme chef, il projette nettement moins de fraîcheur, sans pour autant sembler investi de beaucoup plus d’autorité.

Lorsque j’ai vu L’absence de guerre au théâtre La Licorne, à Montréal, un mois seulement s’était écoulé depuis les élections du 7 avril dernier au Québec.

Dans la salle, bien des spectateurs ont certainement eu une pensée pour la campagne ratée de Pauline Marois. En voyant le per­sonnage du chef travailliste faire des pirouettes obligées pour évi­ter d’approfondir les sujets glissants, on aurait difficilement pu ne pas se souvenir des faux-fuyants de la chef péquiste concernant la souveraineté et le référendum.

Depuis la défaite du PQ, on entend deux thèses contradictoires à ce sujet. Selon la première, Pauline Marois aurait dû évacuer complètement la souveraineté et aurait dû jurer, la main sur le cœur, qu’un gouvernement majoritaire péquiste ne mettrait pas le cap sur cet objectif, qui est la raison d’être du Parti québécois.

À l’inverse, l’autre école souscrit à l’idée que Pauline Marois, plutôt que de s’évertuer à banaliser les ambitions souverainistes de sa formation, aurait dû filer à visière levée vers un troisième référendum.

Il y a une autre voie dont le PQ s’est écarté depuis bien plus longtemps que l’avant-veille de la dernière campagne électorale : c’est celle d’une plus grande rigueur et d’une plus grande transparence au sujet de son projet d’indépendance.

Dans le débat concernant la loi fédérale sur la clarté référendaire, à la fin des années 1990, les ténors souverainistes, à Ottawa comme à Québec, ont toujours refusé de débattre sur le fond. Ils ont écarté, comme autant de sujets tabous, les doutes sur la viabilité d’un Oui obtenu à l’arraché, l’idée qu’il faille poser une question claire pour obtenir un mandat fort, l’hypothèse que le Québec soit divisible après un Oui.

Quand Pauline Marois elle-même avait utilisé le mot « turbulences » pour parler de la période qui suivrait un Oui référendaire, il y a quelques années, elle avait dû le ravaler pour faire taire ceux qui l’accusaient de miner la cause.

Depuis 1995, les plus fervents souverainistes défendent leur projet comme une religion dont les dogmes ne peuvent être remis en question. Ce faisant, ils prê­chent tous les jours davantage les seuls convertis.

Devant l’absence de réponses du PQ et du Bloc québécois aux questions que la loi de Stéphane Dion soulevait, suffisamment d’électeurs ont décroché pour donner à Jean Chrétien, au scrutin fédéral de 2000, une demi-douzaine de points de plus qu’au Bloc dans le vote populaire.

Si au moins un électeur sur cinq ayant voté oui en 1995 ne répond plus à l’appel et si une majorité préfère le statu quo fédéraliste à l’indépendance, c’est peut-être parce qu’à force d’entendre des mots creux en réponse aux questions qui entou­rent sa réalisation, ces électeurs ont cessé de croire que ceux qui portent le projet méritaient d’être pris au sérieux.

Ce n’est pas la conduite frivolement impressionniste d’un dossier lourd comme celui de la charte des valeurs qui va leur redonner confiance.

La pièce de David Hare a 20 ans. Depuis 1993, la langue de bois est devenue encore plus courante en politique, et peu de partis au Canada en ont abusé davantage que le PQ quand il a été question de la réalisation de son option.

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A force de refuser de parler de la chose, ils l’ont tuée. 19 ans à nous parler de tout, sauf de cela. Pitoyable. Vraiment pitoyable.
Qui va la ressusciter avant qu’on soit noyés?

« Celui qui distingue la vraie saveur de ce qu’il mange ne sera jamais un glouton ; celui qui ne le fait pas ne peut pas être autre chose. » — Henry-David Thoreau

Est-il possible qu’un nombre toujours grandissant de nos concitoyens aient au fil du temps plus de goûts et qu’ils soient capables d’apprécier aujourd’hui mieux que jamais et demain plus encore, la saveur de toutes choses ?

Si la chose est vraie dans l’art culinaire, dans l’appréciation de toutes sortes de breuvages, il y a tout lieu d’estimer que les gens sont mieux que jamais équipés pour comprendre les nuances du langage. En sorte que l’écoute de toutes choses en politique se clarifie.

Les gens, mieux informés peut-être, comprennent que tout dans la dialectique politicienne doit subir le test de la réalité, que la politique est non seulement l’art du possible et plus encore celui du concret. Que toute chose non faite n’est pas une promesse de réalisation future. Cela ne fait qu’illustrer la faiblesse de certains politiciens qu’ils aient, qu’ils ont ou qu’ils auront de livrer la marchandise en toutes circonstances.

J’ai « citoyennement » toujours estimé que Michael Ignatieff était un choix incohérent qui n’allait pas avec le PLC, l’électorat n’a fait que remettre les pendules à l’heure. J’ai trouvé dommage le retrait de Bob Rae de la course à la direction de ce parti, ce qui laissait la porte ouverte aux ambitions difficiles à recéler de Michael Ignatieff.

Le tribut de ces incohérences aura été chèrement payé par ce parti politique, jusqu’à laisser finalement le champ entièrement libre en tout et pour tout aux Conservateurs. À l’opposé le choix de Justin Trudeau s’imposait comme un choix naturel.

Ce qui donne de l’autorité à un chef, ce n’est pas l’autorité dont il est investi, c’est plutôt son « style » qui confère sa prépondérance. Si d’ailleurs c’était l’autorité au sens stricte du terme qui devait prévaloir dans le choix de la direction, incluant celle de l’État ; il n’y aurait pas de doute dans ce cas qu’à la tête de l’État québécois, ce serait aujourd’hui encore madame Marois. Car qui mieux qu’elle pour incarner cette autorité avec ou bien sans la langue de bois ?

La journée où les députés du parti québécois ainsi que leur chef Pauline Marois ont commencé à porter le carré rouge au parlement et tapé sur des casseroles dans la rue pour récolter des votes, leur crédibilité a pris une grosse débarque. Les syndicats secondés par le parti québécois, ont payés des transport gratuit en autobus pour appuyer la grève des étudiants, beaucoup de leur membres ont décrochés. On a pu voir une chose, tout le monde doit payer ses impôts pour faire notre part dans la société excepté nos étudiants, on en a vus plusieurs qui étaient aux études depuis des années, qui étaient dans la trentaine avancés et qui se révoltaient contre les prêts et bourses. Désolent et choquant. Roger 16

Le parti pris de madame Hébert est maintenant bien connu. C’est dommage! Il fut un temps où elle jouissait d’une bonne crédibilité.

Pourquoi a-t-elle perdu sa crédibilité encore? Parce qu’elle est objective et ne pense pas comme vous? En fait, votre réaction soutien tout à fait la perspective qu’elle décrit.

Ah…bon…le fait de dire la VÉRITÉ diminue la crédibilité?

Z’êtes un péquiste…un vrai!

Mais non, mais non, c’est plutôt que le titre « Pour en finir avec la langue de bois » doit être traduit par « Pour en finir avec la langue de bois du camp ennemie ». Au cours des années, madame Hébert, hélas, est passée graduellement – incrementally, dirais-je – d’analyste à campainer.

Ce qui compte, sauf le jour même d’une élection et sauf si on a soi-même la carte d’un parti en poche, c’est d’analyser les vulgates en présence, sans états d’âme patriotards, et non d’adhérer bêtement à l’une ou à l’autre.

Mais madame Hébert est loin d’être la seule, ou la pire dans son cas. Le borgne André Pratte, de La Presse, est bien plus ahurissant de parti-pris. Un cas d’école, celui-là. Mais passons.

Dans le vocabulaire des partisans de l’unité canadienne – dont je suis, mais… – « les dangers du nationalisme » signifie en réalité les dangers du nationalisme ADVERSE (québécois), ce qui est une fraude intellectuelle d’une rare ampleur. C’est un nationalisme qui s’est développé en se servant d’un autre nationalisme comme repoussoir. Et voilà que – tiens, un exemple pas pire – le gouvernement Harper s’énerve jusqu’à la caricature autour de la petite guerre de 1812, avec toujours cette idée (qui fut l’une des causes de la Première Guerre mondiale et un des thèmes favoris du fascisme italien) de la guerre comme instrument de fabrication d’une identité soi-disant « nationale ». C’est le buzztheme du « bagno di sangue », ou « bain de sang fondateur ». Comme quoi nos séparatistes ne sont pas les seuls insatisfaits de l’unité de 1867…

De part et d’autre, il y a pas mal trop d’agités du drapeau à mon goût. Ça me rend nerveux, que voulez-vous ; surtout depuis que, dans l’après-1995, au milieu de l’hystérie et de la montée aux extrêmes de part et d’autre, on a vu le vrai visage des embrigadés du Oui et du Non.

Être un antinationaliste véritable – par opposition au faux antinationalisme Canadian – consiste à dénoncer la confusion entre citoyenneté et identité, ou encore – mais c’est la même chose vue sous un autre angle – l’obsession de vouloir faire se correspondre les frontières politiques et les frontières culturelles via le concept « identité nationale », obsession commune AUX DEUX ÉCHELLES. Ainsi celui qui s’exclame «Je ne suis pas canadien-français car je suis Québécois!» alors qu’il est LES DEUX, celle qui s’exclame «I am not an anglophone, I am a Canadian!» alors qu’elle est LES DEUX, sont deux personnages ÉGALEMENT symptomatiques de cette idéologie infecte. Le malaise persistant de nombreux Québécois francophones vis-à-vis de l’État canadien, le malaise persistant de nombreux Québécois anglophones vis-à-vis de l’État québécois ont en commun au moins une cause « souterraine » innommée: l’étreinte sociopathique, unanimiste de Nation.

Carlo Sforza, antifasciste libéral de la première heure: «La guerre de 1939 aura montré même aux plus aveugles que rien n’est plus insensé et dangereux que de substituer exclusivement l’idée abstraite de Nation à la réalité de la vie sociale.» (in ‘Les Italiens tels qu’ils sont’, Montréal, L’Arbre, 1944).

En fait, le nationalisme québécois n’est que la moitié du problème nationaliste que nous avons ici. Citoyen de la patrie (et pas nation) québécoise, je suis également – ce qui fait bien mon affaire – citoyen de la fédération (et pas nation) canadienne. Mais je ne suis le « national » de personne, et personne ne me nationalisera.

Quant on est journaliste, on perd sa crédibilité lorsqu’on prend partie pour faire passer ses propres convictions sans en considérer l’impact possible.
Il fallait entendre les commentaires de certains journalistes le soir des résultats d’élection, dont Madame Hébert, à l’effet que le PQ devrait abandonner l’Article 1 de son programme, que l’Indépendance n’était plus pertinente, un solide 25 % d¹appui à cette option ne mériterait donc plus qu¹on la considère comme légitime. À ce compte-là, est-ce qu¹un parti qui prend le pouvoir avec moins de 50 % du suffrage universel devrait être considéré comme légitime?
Ou encore peut-être êtes-vous de ceux qui croient qu¹un pays se mérite par la violence. Non, je ne crois pas que vous soyez de ceux-là, mais je crois que l¹article1 du Parti Québécois a beaucoup fait pour canaliser les énergies dans un cheminement pacifique et démocratique.
Il y a toujours place à la réflexion avant de se prononcer et c’est aussi vrai pour les journalistes.

Madame Hébert relate des faits. Cela ne peut que déplaire aux péquistes rêveurs, car ce sont des rêveurs puisque leur objectif n’est jamais atteint. Je n’ai rien contre les rêves, mais lorsqu’ils ne sont plus collectifs, à quoi bon s’acharner… Nous vivons dans une fédération et, à ce que je sache, personne ne souffre. Pour faire la révolution, il faut d’abord souffrir. Le Québécois moyen baigne dans la ouate. La péréquation y étant pour quelque chose, pourquoi voudrait-il foutre le bordel et balancer par la fenêtre tous les avantages qu’il tire de la situation actuelle ?

Un peuple qui quand on leur propose l’indépendance se défile, ne mérite pas de devenir une nation. Le mot indépendance ne provient pas de la langue de bois.,c’est un mot compréhensible et simple. Ce qui a tué ce projet, c’est le virage vers la droite du PQ, la plupart des Québécois on compris que ce parti comme les autres ne présideraient pas a la naissance d’un pays qui serait plus égalitaire pour la masse des citoyens. D’ailleurs en ce moment et suite aux travaux de la commission Charbonneau le peuple peu voir et réaliser de lui-même que les partis politique ne pense qu’a s’occuper de leur parti et des intérêts de leur petits amis .

Le peuple ne s’est pas « défilé ». Il a dit NON clairement et à deux (2) reprises sans oublier la dégelée de la dernière élection que je considère comme référendaire.

Le séparatisme au Québec et MORT. Et le pseudo-virage à droite du PQ n’a rien à y voir. Strictement rien!

Un pays plus égalitaire vous dites? Presque 45% des Québécois en âge de travailler ne paient AUCUN impôt. Le taux d’imposition au Québec est de plus de 50% et est atteint plus rapidement que n’importe où ailleurs en Amérique du Nord. Les familles, riches ou pauvres ont droit à une incroyable panoplie de « services » (que nous n’avons aucunement les moyens de nous payer, merci à la générosité du reste du canada et à sa péréquation), et nous avons un nombre de fonctionnaires étatiques trop payés, très généreusement pensionnés et qui ont une sécurité d’emploi inégalée en Amérique du Nord et vous nous parlez d’une société plus égalitaire???

sacram…! Que voulez-vous de plus? Vous êtes déjà branchés directement sur la jugulaire des plus performants d’entre nous, les SEULS qui créent de la VRAIE richesse.

Souhaitons que la dérive que provoque les séparatistes en Ukraine présentement ouvrira les yeux aux québécois. Rare sont les pays où la séparation se fait en douceur. Pourquoi toujours répandre la haine envers l’autre pour mousser la séparation ?

En fait, seule la Tchecoslovaquie s’est séparée sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Le seul pays, point. Et c’est parce les deux peuples voulaient se séparer avec une majorité claire de chaque côté. Ce pays était aussi le résultat d’une fusion forcée par le régime soviétique. Il est naïf de croire que le Québec pourrait se séparer sans aucune forme de violence quand on sait d’expérience avec le FLQ que ça ne prend qu’une poignée d’individus d’une côté ou de l’autre pour que les choses dérapent.

«En fait, seule la Tchecoslovaquie s’est séparée sans qu’un coup de feu ne soit tiré. Le seul pays, point.»

C’est surtout parce qu’avant le communisme, la Tchécoslovaquie bénéficiait d’une culture démocratique d’une rare hauteur morale.

«Lorsqu’on appelle un Tchèque, c’est un homme qui dont répondre. Nous ne devons idolâtrer pas même notre patrie.» – Mazaryk.

Si les choses ne se passeraient pas aussi bien ici, c’est qu’à l’échelle du gentil Canada comme du gentil Québec, les idolâtres de la patrie pullulent. En toute impunité.

L’Ukraine est séparée depuis 20 ans.
Le gouvernement canadien, tous les partis politiques canadiens, s’opposent à la partition de l’Ukraine

Il est ce genre de pensée close des indépendantistes qui a nui à leurs ambitions. Quant à certains, un NON n’est pas un choix politique légitime, mais un trahison. Un vote contraire n’indique pas qu’on a bien évalué les options et qu’on en a choisi sa préférence particulière, selon ses propres intérêts, mais qu’on est « colonisé. » Pour eux, l’appui n’est pas gagné, mais mérité comme voeu d’allégeance nationale. Bon… mais l’hystérie et l’amertume ne leur gagneront pas davantage de sympathisants.

J’ai vu la pièce de théâtre à laquelle vous faites référence. Réaliste en diable surtout, et comme vous nous le faites remarquer, qu’elle a été jouée très peu de temps après la déculottée du Parti québécois. Un petit chef-d’oeuvre de mise en scène.

Ça fait plus de 50 ans que les séparatistes essaient de faire voter « oui » à un peuple qui veut voter « NON »!

Ils ont tout essayé, de la plus claire à la plus tordue des formules. Ils sont passés du séparatisme à l’indépendantisme à la souveraineté-association avec et sans trait-d’union, puis à la souveraineté en passant par l’étapisme et j’en oublie tellement la langue de bois fait partie de leur ADN. On n’a qu’à penser aux deux questions fleuve référendaires tordues et retorses au possible pour voir à quel point ils manient cette langue de bois.

MAIS les Québécois ne sont nullement dupes des petites combines hypocrites et des manigances vicelardes péquistes et ils ont clairement signifié que c’en est fini le 7 avril dernier.

Le PQ est à un tournant décisif de son existence: soit il affiche CLAIREMENT ses couleurs quitte à s’éterniser dans l’opposition et à laisser à la CAQ et à QS le terrain ou soit il se saborde car les Québécois n’en veulent manifestement pas de leur séparatisme.

Madame Hébert,

Après avoir fait mine – en évoquant l’épisode Ignatieff – de parler aussi de la langue de bois des « fédéralistes » (i.e. nationalistes) du PLC, vous ne vous intéressez, en somme, qu.à celle des séparatistes. Pour la énième fois. Vous rendez compte, certes, de l’euphémisation du langage péquiste, avec par exemple « souveraineté » au lieu de « indépendance » et « souverainiste » au lieu de « séparatiste ». Mais je trouve que vous ne faites pas grand effort pour la chasse à l’euphémisme en général, plutôt que la chasse aux seuls euphémismes adverses. Par exemple – vu que vous évoquez tout ce dossier du concept swsw concept de « nation » en parlant de la « reconnaissance » prônée par M. Ignatieff – de très canadian euphémismes comme « descent », « ancestry », « lineage », « stock », « bloodlines »: série des euphémismes de « race » auxquels il convient d’ajouter une seconde série, celle des notions que j’ai baptisées – en empruntant au vocabulaire spécialisé d’un certain Jean-Pierre Faye – les « notions oscillatoires », c’est-à-dire profondément défectueuses vu qu’elles oscillent perpétuellement entre deux sens contraires (culture et nature). Ainsi « heritage », « souche » et bien sûr « ethnie ».

Sur ce dernier point, petite digression. Permettez que je cite cette entrevue avec le journaliste canadien-anglais Ray Conlogue dans L’Actualité en 1997, et fort justement intitulé ‘It is culture, stupid!’:

«L’ethnie n’a rien à voir avec la race. Ce sont les médias canadiens anglais qui utilisent les mots «racial» et «ethnique» comme s’ils étaient interchangeables. La racine grecque du mot ethnie est ethnos, qui veut dire nation. Au temps des Grecs, le mot identifiait des gens qui partageaient une même culture, pas un même sang.» (L’Actualité, mars 1997)

Les médias anglophones dont parle M. Conlogue «utilisent les mots «racial» et «ethnique» comme s’ils étaient interchangeables.» Donc, quand ils taxent mes adversaires les nationalistes québécois d' »ethnocentrisme », qu’entendent-ils par «ethno»? Un fait de sang.

Rien d’étonnant, dès lors, qu’on entende depuis des décennies cette complainte très québécoise: «Notre culture n’est pas reconnue!» (lire: par le Canada anglais) Évidemment qu’elle n’est pas reconnue, puisque même après 1945 elle continue d’être prise pour son contraire: un fait non pas culturel mais naturel, un fait de sang, un fait héréditaire, bref: un fait racial.

Aussi vais-je tenterde rétablir l’équilibre de votre article plutôt « one-sided » en pourfendant Ignatieff, dont vous faites un éloge selon moi inconsidéré.

Pour ma part, c’est avec un immense soulagement que j’ai appris le retrait de la Michael Ignatieff de la vie politique, sur la foi il est vrai d’un seul livre, mais quel livre: ‘BLOOD AND BELONGING’.

Bien que la fameuse « reconnaissance » de la non moins fameuse « nation » québécoise soit pour moi une sorte de pis-aller, je n’y suis pas fermé; enfin, pas complètement.. Cependant, rien n’est plus dangereux, rien n’est plus délétère, et même potentiellement mortifère, que la reconnaissance d’une nation par quelqu’un qui prend les nationalités, faits historiques et culturels, pour des faits de SANG. À plus forte raison encore si le tenant de telles sornettes se prend pour la statue de l’antiracisme guidant le monde alors même qu’il carbure au délire de la race: car alors le poison circule via ce qu’on prend pour le remède. Et pire encore, comme le relève fort judicieusement Simone Weil dans un livre de 1943:

«La présence d’une contradiction, quand elle est sentie, même sourdement, ronge le sentiment ; quand elle n’est pas sentie du tout, le sentiment en est rendu plus intense, puisqu’il bénéficie à la fois de mobiles incompatibles. »

Le racisme au sens le plus strict, c’est le déterminisme biologique, C’est-à-dire la croyance que c’est par l’hérédité (« sang ») et non par la culture que l’on est d’un peuple ou d’un autre, comme si les gens étaient déjà ukrainiens, déjà canadiens-français, déjà canadiens-anglais déjà à la naissance au lieu de le devenir.. ‘BLOOD AND BELONGING’ est entièrement fondé sur cette sornette qui dès lors qu’elle est crue, engendre l’ignorance, la peur et la haine, car elle présuppose toujours les peuples comme étant séparés les uns des autres par des parois PHYSIQUES (« blood »), donc infranchissables, ce qui les rend irrémédiablement étrangers les uns aux autres, alors qu’en réalité, n’étant pas du tout des faits de sang mais au contraire des faits culturels, donc acquis du vivant de chaque individu, étant quelque chose que chaque individu devient de son vivant et n’était pas le moins du monde à la naissance, les peuples ne sont séparés que par leur ignorance mutuelle qui, elle, est franchissable – au prix, bien sûr, d’un effort prolongé de la tête et du cœur.

Pas étonnant que dans son livre, M. Ignatieff rate complètement la hideuse spécificité du délire idéologique grand-serbe. vu qu’il patauge lui-même, en tout aveuglement, dans les rivières pourpres. Le racisme, bien avant d’en arriver au délire supplémentaire des prétendues races inférieures et supérieures, est d’abord le délire qui consiste à prendre les peuples (lanternes) pour des races (vessies), à expliquer le « belonging » par le « blood ».

Lorsque Biljana Plavsic, en 1997, prétend que les Bosniaques musulmans ont « attaqué la substance biologique du peuple serbe », c’est le chat qui sort du sac, la chouette qui apparaît de plein jour. Il n’existe pas de prétendue « substance biologique du peuple serbe », car « peuple » et « substance biologique », « serbe » et substance biologique » sont des contraires. Peuple est le contraire de race parce que culture est le contraire de nature. Ou encore, comme le disait si bien Benedetto Croce, penseur libéral d’une toute autre trempe que M. Ignatieff:

«Le concept de nationalité est un concept spirituel et historique, en devenir donc, et non pas un concept naturaliste et immobile comme celui de race.»

Étant des concepts « spirituels et historiques » (Croce), ou encore des » culturels et historiques » (Hannah Arendt), les peuples ne sauraient être expliqués par une théorie du « sang » qui est la négation de l’origine commune de tout le genre humain.

Et donc la reconnaissance d’un peuple, d’une nation par quelqu’un ayant dans le crâne l’immonde chimère du « sang », surtout s’il est en position d’influence, ne pouvait que précipiter la transformation de ce peuple en race, aussi sûrement que les peuples autochtones sont pris pour des races dans l’ignoble Indian Act de 1876 qui les définit par la proportion de prétendu « sang indien » (sic).. Et comme nous avons affaire, non seulement à M. Ignatieff, mais à toute une brochette d’adeptes de la pensée raciale qui se prennent pour antiracistes sous prétexte que leur polygénisme est mixophile (« mixed racial heritage ») plutôt que mixophobe comme l’était le polygénisme du 19e siècle (« east is east and west is west and never the twain shall meet »), alors la vérité risque d’être, comme dans certains films de sabre japonais des années soixante, à jamais celée dans le monde des ténèbres. La vérité étant selon moi que, quelques soient par ailleurs les turpitudes que j’aie à reprocher à mes ennemis séparatistes, à mes ennemis les nationalistes québécois, il n’en demeure pas moins que l’antiracisme canadien est racial : un délirant et très dangereux oxymoron, une démentielle patente à 360 degrés qui commence toujours par t’enfermer dans le délire de la race avant de te hurler d’en sortir. Même le moins nationaliste des peuples risque de devenir nationaliste au contact d’une telle vulgate, qui est une radicale négation de tous les peuples.

D’où mon (bien relatif) soulagement quand le grand Ignatieff s’est retiré du circuit. Relisez ‘BLOOD AND BELONGING’ avec la clé que je vous propose, madame Hébert, et vous verrez alors apparaître le hideux et ô combien involontaire visage dont je vous cause.

Pire que la langue de bois n’y-a-il pas le manque de jugement qui fait qu’un journaliste s’érige en justicier et qui ne donne aucune considération à l’alternative politique.
J’aurais aimer entendre les propos de Madame Hébert sur l’à propos de mettre au pouvoir un parti politique sans visions dont le principal objectif admis est de plonger le Québec dans l’austérité sans même considérer les obstacles, pour ne pas dire l’irréalisme du projet. N’a-t-elle pas compris que le Parti Libéral est un parti organisé en sous-main au bénéfice de ses bailleurs de fonds.
Elle et d’autres se sont acharnés sur Madame Marois sous prétexte qu’elle n’avait pas le style qui leur convenait, n’est-ce pas là de la courte vue pour l’élite de nos journalistes? Je ne crois pas qu’ils aient pris le temps de considérer le programme des partis en présence et s’ils l’ont fait, ils n’ont pas compris que le Parti Libéral s’apprête à nous plonger dans une crise économique semblable à celle vécue par la plupart des pays d’Europe par incompétence, c’est-à-dire, parce qu’ils ne comprenaient pas que l’austérité étouffe les pays qui s’en inspirent.
Serait-ce de la mauvaise foi de la part de nos journalistes? S’ils ont les mains liées qu’ils le fassent savoir?

Pathétique de lire certains commentaires de péquistes intégristes pour qui réalité objective ne veut plus rien dire. Les faits sont pourtant clairs mais pas les propos de certains lors de cette campagne électorale improvisée.