Pour qui votent les électeurs de la CAQ à Ottawa ?

La coalition d’électeurs qui appuient François Legault couvre une large partie de l’échiquier politique, et cela se reflète dans leurs intentions de vote au fédéral. 

Montage L'actualité

La domination de la Coalition Avenir Québec de François Legault dans les intentions de vote, à 48 % — 27 points devant son plus proche poursuivant —, suscite l’envie des partis politiques fédéraux, qui cherchent à s’attirer la faveur de cet électorat en vue d’une campagne électorale qui pourrait être déclenchée dans les prochains mois. Mais pour qui votent les électeurs de la CAQ au fédéral ?

Depuis l’arrivée du Bloc québécois à Ottawa, souverainistes et fédéralistes s’alignaient plus ou moins sur des partis de couleurs et allégeances politiques concordantes. Après un demi-siècle de bipartisme autour de la question nationale au Québec, la victoire de la CAQ en 2018 est venue briser ce cycle avec une coalition d’électeurs couvrant une large partie de l’échiquier politique québécois.

Contrairement au Parti libéral du Québec ou au Parti québécois, qui ont de grands frères naturels à Ottawa, la CAQ et même Québec solidaire n’ont pas d’âmes sœurs sur la scène fédérale, ce qui rend intéressantes les allégeances de leurs sympathisants. Pour François Legault, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, il est utile de comprendre pour qui votent leurs partisans à Ottawa, ne serait-ce que pour mieux calibrer leurs messages au besoin. Par exemple, lorsque François Legault critique sans ménagement Justin Trudeau, comment ces sorties sont-elles susceptibles d’être perçues par ses électeurs ?

Nous présentons aujourd’hui la deuxième partie du sondage québécois de Recherche Mainstreet. La semaine dernière, nous avons analysé les intentions de vote au niveau provincial — la CAQ récoltait 48 % d’appui, laissant ses rivaux loin derrière : 21 % pour le PLQ, 12 % pour Québec solidaire et 11 % pour le Parti québécois.

Lors de ce sondage, Mainstreet a aussi mesuré les intentions de vote des Québécois au niveau fédéral. Auprès des électeurs décidés et enclins, le Parti libéral du Canada se hisse au premier rang avec 32 % d’appui. Le Bloc québécois obtient 23 %, tout juste devant le Parti conservateur à 22 %. Le NPD ferme la marche avec seulement 11 %.

Ces chiffres de Mainstreet pourraient faire sourciller certains observateurs. Pourtant, si on les compare avec les moyennes actuelles du modèle Qc125, on remarque que les intentions de vote pour le PLC, le NPD et le Parti vert du Canada s’alignent directement sur les projections actuelles. Pour le Bloc québécois, même si ce soutien de 23 % semble quelque peu en deçà des chiffres des derniers mois, le plus récent sondage Léger pour La Presse Canadienne (publié mardi) lui accorde 26 % d’appui au Québec, alors cette donnée de Mainstreet n’est pas aussi aberrante qu’à première vue. Pour le Parti conservateur, ce taux (22 %) se situe juste au-dessus de la projection actuelle (18 % ± 3 % en date du 14 février 2021).

Jetons donc un coup d’œil aux intentions de vote pour les partis fédéraux selon les intentions de vote au niveau provincial.

Pour les électeurs du PLQ, c’est le PLC — sans surprise — qui mène avec 62 % de cette tranche de l’électorat. Le Parti conservateur se trouve loin derrière avec seulement 18 %. Le NPD est troisième avec 13 %.

Chez les électeurs péquistes, c’est le Bloc québécois qui domine avec 75 %, une avance qui n’est évidemment pas une surprise pour le cousin fédéral du PQ. Les autres partis fédéraux ne récoltent que des miettes.
Regardons maintenant les résultats du sondage si on isole les répondants qui appuient la CAQ.

Le Parti libéral du Canada se hisse en tête : 31 % des caquistes se rangent derrière les libéraux de Justin Trudeau. Le Bloc québécois (24 %) et le Parti conservateur (23 %) se trouvent à égalité statistique au deuxième rang. Le NPD traîne la patte avec seulement 7 % d’appui auprès des électeurs caquistes.

S’il y avait encore des doutes sur la nature « coalisée » du parti de François Legault, ces chiffres les balaieront. La CAQ rallie des nationalistes et souverainistes, des conservateurs et des libéraux sous une même bannière provinciale, un exploit qu’aucune formation politique au Québec n’avait accompli au cours des 50 dernières années.

D’ailleurs, en comparant les cartes des projections provinciales et fédérales au Québec (voir figure ci-dessous), on remarque d’emblée ces différences régionales : au fédéral, libéraux et bloquistes se partagent les couronnes de Montréal et de régions comme l’Estrie et la Mauricie, alors que le PCC obtient ses plus forts appuis dans la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches. Or, la CAQ trône seule en tête dans chacune de ces régions au niveau provincial.

Finalement, jetons un coup d’œil aux intentions de vote au niveau fédéral des électeurs de Québec solidaire :

Nous devons faire preuve de prudence avec ces chiffres, car l’échantillon d’électeurs solidaires du sondage est modeste (132 répondants), la marge d’erreur est donc élevée. Néanmoins, nous remarquons une tendance logique : il y a une course entre le Nouveau Parti démocratique (32 %) et le Bloc québécois (20 %) parmi ces électeurs — une bataille claire entre les politiques de gauche promues par le NPD et le nationalisme/souverainisme québécois du Bloc.

Au cours du dernier siècle, les Québécois ont souvent envoyé des politiciens de couleurs politiques différentes et opposées à Québec et à Ottawa. Les exemples sont nombreux :

  • Dans les années 1950, le PLC de Louis St-Laurent récoltait de fortes majorités au Québec, et l’Union nationale de Maurice Duplessis semblait indélogeable à Québec ;
  • Lors des élections générales fédérales de 1980, Pierre Elliott Trudeau a raflé 74 des 75 sièges fédéraux du Québec, en plus de récolter un impressionnant taux de 68 % des suffrages dans la province. L’année suivante, le PQ de René Lévesque a été réélu à l’Assemblée nationale avec le meilleur résultat de son histoire : 80 députés (sur 122) et 49 % des suffrages ;
  • Plus récemment, les Québécois ont donné au PLQ de Jean Charest trois mandats consécutifs, alors que le bloquiste Gilles Duceppe remportait coup sur coup la majorité des sièges fédéraux du Québec pendant la même période.

La recette victorieuse pour la CAQ semble donc être directement associée au fait qu’elle est bel et bien une « coalition ». D’un point de vue purement politique (et chiffré !), le plus grand défi de François Legault sera de jongler avec les différentes factions de ses électeurs afin que cette coalition demeure le « compromis politique » préféré des Québécois. Le temps nous dira s’il y parviendra.

Pour consulter le rapport de la deuxième partie du sondage Mainstreet, cliquez sur ce lien. Mainstreet était sur le terrain les 8 et 9 février derniers et a récolté les réponses de 1 012 électeurs québécois potentiels. La marge d’erreur du sondage est de ± 3 %, 19 fois sur 20. La marge d’erreur est plus élevée pour les sous-échantillons.

Les commentaires sont fermés.

les sondages ont toujours été fait pour favoriser le parti en place car ils sont payés par eux avec l’argent des payeurs ???? c’est simplement de la mer,,,,,,,, de et payer des personnes pour remplir une chaise facile ?? réellement dégueulasse et un gaspillage de l’argent car il y a demandes d’empois qui rapportent plus à la société que remplir une chaise

voila
c’est mon opinion
Marcel

C’est connu. Le populisme réduit souvent à néant les forces politiques traditionnelles. Pas certain cependant que Maxime Bernier, même plus fin politicien, aurait pu réussir le coup au fédéral. Ce doit être aussi ça la société distincte.