Pourquoi chroniquer ?

Une des tendances accablantes dans les médias grand public est la prime accordée aux propos volontairement polémiques ou fortement idéologiques. 

Photo : yulkapopkova/Vetta
Photo : yulkapopkova/Vetta

PolitiqueL’émission littéraire Plus on est de fous, plus on lit ! a demandé dernièrement à Judith Lussier, David Desjardins et François Cardinal comment ils voyaient la pertinence de la chronique dans le paysage médiatique et politique actuel. L’écrivaine française Christine Angot venait tout juste de publier un texte dans Libé, où elle laissait entendre, par une réduction à l’absurde, qu’il ne servait plus à rien d’écrire des chroniques dans un environnement médiatique saturé par l’opinion.

La multiplication étourdissante des voix, rendue possible par les blogues et les réseaux sociaux, aurait engendré une sorte de cacophonie relativiste débilitante et désespérante. Elle s’en prend entre autres à la banalisation de la montée en puissance de Marine Le Pen et de la prolifération des actes antisémites.

Il est vrai qu’il faut être doté d’une certaine agilité cognitive et d’un bon bagage de connaissances pour séparer le bon grain de l’ivraie dans un contexte de surabondance des points de vue et des prises de position. David J. Levitin, dans son livre The Organized Mind (dont j’ai parlé ici), affirme que la capacité d’exercer un jugement sage et éclairé au sujet des informations et opinions multiples qui rivalisent pour notre attention est, de nos jours, la faculté intellectuelle la plus importante que les enfants doivent acquérir à l’école.

Une des tendances accablantes dans les médias grand public est la prime accordée aux propos volontairement polémiques ou fortement idéologiques. La controverse, l’indignation, la foire d’empoigne et la galvanisation des troupes sont vues comme nécessaires pour attirer l’attention des lecteurs et des auditeurs. De plus, l’objectivité journalistique est parfois comprise comme exigeant la confrontation de points de vue diamétralement opposés, quitte à exclure les positions plus nuancées.

Joseph Heath est professeur de philosophie à l’Université de Toronto. Son livre Pour un Siècle des lumières 2.0 (je traduis) a mérité, avec raison, le prix Shaugnessy Cohen du meilleur livre politique publié en 2014. Dans ce livre, Heath passe en revue les trop nombreuses causes ayant pour effet d’abêtir la politique démocratique contemporaine.

L’univers médiatique, notamment en raison des nouvelles en continu, est structuré d’une façon telle que les messages simples et accrocheurs ânonnés sont plus efficaces que les idées rigoureuses et nuancées. Et le baratin — la bullshit — abonde.

Plus fondamentalement, en s’appuyant entre autres sur la thèse des «deux vitesses de la pensée» de Daniel Kahneman, Heath nous rappelle jusqu’à quel point nous sommes moins rationnels que nous aimons le penser. Nous avons tous des «a priori cognitifs» qui nous empêchent d’évaluer les enjeux de société avec objectivité et impartialité.

Nous sélectionnons les faits qui font notre affaire. Nous accordons seulement de la crédibilité aux intervenants qui nous confortent dans nos positions. Nous sommes plus enclins à utiliser notre raison pour justifier après coup nos positions intuitives ou émotives qu’à mener une réflexion ouverte guidée par les faits et la force du meilleur argument. Notre réflexion prend trop souvent place au sein de groupes relativement homogènes (groupthink), ce qui encourage le conformisme et décourage l’autocritique.

***

Prenons le débat québécois sur l’austérité pour illustrer les vices de notre discussion démocratique.

Personnellement, je suis prédisposé à voir les partis pris mentionnés à l’œuvre chez ceux qui s’identifient à la droite et qui sont incapables d’admettre que le «marché» dépende radicalement des interventions multiples de l’État pour fonctionner de façon efficace.

De combien d’années supplémentaires aurions-nous eu besoin pour sortir de la crise de 2008 en l’absence des plans de stimulation de l’économie mis en œuvre par Québec et Ottawa ? Comment ne pas admettre que la dérégulation des marchés financiers s’est avérée la grande responsable de la crise ?

De même, comment ne pas reconnaître que l’idéal d’une véritable égalité des chances — que la droite n’a aucune bonne raison de refuser — exige une fiscalité permettant de financer des institutions et des politiques sociales capables de corriger en partie les inégalités issues du fait que nous naissons dans des familles différentes et que nous héritons de bagages génétiques variés ?

Cela dit, l’enivrement idéologique semble être la chose la mieux partagée qui soit. La gauche n’a pas brillé depuis le début du débat sur l’austérité au Québec. Bien que je sois de ceux qui, comme Pierre Fortin, considèrent que le gouvernement libéral n’a aucune bonne raison (autre que stratégique) d’appuyer à fond sur l’accélérateur en matière d’élimination du déficit, je ne peux que constater que les discours constamment répétés sur la «destruction néolibérale» et le «démantèlement de l’État» éclipsent l’analyse factuelle de l’histoire récente de nos finances publiques.

En outre, les compressions du Parti québécois après le référendum de 1995 ont fait mal de plusieurs façons, mais les penseurs progressistes sont-ils prêts à admettre que le Québec aurait été dans une position désastreuse lors de la crise de 2008, n’eût été de l’élimination antérieure des déficits et de l’amélioration du ratio dette/PIB entre 1995 et 2007 ?

Les progressistes sont-ils prêts à reconnaître que de parvenir à assainir les finances publiques tout en mettant en œuvre des mesures de lutte contre la pauvreté, la loi sur l’équité salariale, le Régime québécois d’assurance parentale et les CPE est une réalisation majeure ? Contrairement au reste du Canada, les inégalités n’ont pas crû au Québec pendant cette période.

Que faut-il en conclure par rapport à l’actuelle période d’austérité, qui est moins sévère que celle de la deuxième moitié des années 1990 ?

***

Bref, comme Heath est le premier à le reconnaître, il n’est pas facile d’être optimiste quant aux chances de relancer le projet des Lumières, en s’appuyant cette fois sur une conception lucide et réaliste des forces et des limites de la raison humaine.

Une chose est certaine, toutefois, c’est qu’il faut encourager toutes les initiatives qui ont pour effet de ralentir le rythme de la vie politique et de favoriser la délibération publique rationnelle. La raison a besoin de temps pour faire son travail.

Ce faisant, des chroniques qui luttent contre l’inflation idéologique ambiante et l’accélération continue du temps politique m’apparaissent comme des contributions essentielles — même si insuffisantes — au projet d’une slow politics éclairée.

Oui, notre univers médiatique dégouline de subjectivité, et les chroniqueurs dont la marque de commerce est la provocation ne manquent pas. Mais personne ne peut soutenir qu’il y a surabondance de textes d’opinion sérieux qui contribuent à élever le niveau du débat démocratique. Pour prendre un exemple qui ne nous concerne pas de trop près, il n’y a certainement pas trop de Paul Krugman dans les médias.

On me dira peut-être que ma conception de la sphère médiatique ressemble un peu trop à un séminaire doctoral. Soit. Dans le contexte actuel, je préfère pencher de ce côté que de celui du sensationnalisme, de la simplification à outrance, du dogmatisme et de la provocation gratuite.

Après une trentaine de billets dans lesquels j’ai tenté de contribuer, au meilleur de mes capacités, à la prise de recul et à la réflexion rationnelle sur les enjeux de l’heure, ce billet est ma dernière contribution régulière au blogue Politique de L’actualité. Je tiens à remercier la rédaction de L’actualité de m’avoir fait confiance, ainsi que les lecteurs — y compris ceux qui étaient régulièrement en désaccord avec moi —, d’avoir pris le temps de lire et de commenter mes billets.

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il a publié, avec Charles Taylor, Laïcité et liberté de conscience (Boréal), qui a été traduit en plusieurs langues.

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15 commentaires
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M. Maclure NE FAITES PAS CELA !!!!!

Ne baissez les bras…. Le Québec a BESOIN de votre contribution… Plus que jamais ce sont des esprits LIBRES et CRITIQUES comme le vôtre qui peuvent contrebalancer l’excès d’opinions propagandistes qui vise l’insécurité émotive des gens moins bien informés.

Bien sûr, vous faites face à une machine très puissante (telle que décrites par Gaétan Pouliot dans la version papier de l’Actualité : Discrets penseurs de la droite ), mais le seul terreau fertile pour un PROGRESSISME HUMANISTE, qui reste en Amérique du Nord, se trouve être au Québec.

Vous savez aussi que les coupures annoncées dans l’Éducation, au Québec et ailleurs, sont une attaque directe contre la seule arme démocratique véritable : Un jugement SAGE ET ÉCLAIRÉ….

Vous écrivez: » …la capacité d’exercer un jugement sage et éclairé au sujet des informations et opinions multiples qui rivalisent pour notre attention est de nos jours la faculté intellectuelle la plus importante que les enfants doivent acquérir à l’école. »

Je m’empresse de me procurer le livre que vous soulignez: » Pour un siècle des Lumières 2.0 » de Joseph Heath « …

Il FAUT que les penseurs mieux outillés (tel que Vous) n’abandonnent pas LEUR communauté malgré les radicaux de gauche ou de droite. ( Nous avons tendance, de part et d’autre, à exagerer nos propos afin de contrebalancer les « excès » adverses!!! ) ( 😉

De plus, nous ne sommes pas dupes, nous pouvous lire entre les lignes et ENTENDONS, malgré tout, les arguments et les FAITS véritables….

Alors, ne nous abandonnez pas… Nous en valons la peine !!!!

parce que le lecteur cherche le reflet de ses propres positions pour se sentir validé dans son propre opinion.

J’aime bien le concept de « groupthink » — Ça me fait dire: « Facegroup » au lieu de Facebook, car nous nous regroupons selon nos intérêts communs, et nous nous fermons trop facilement aux autres. Pas étonnant que le monde se polarise comme autrefois. On retourne à l’ère des villages isolés, ces « groupthink » du passé, et ces nomades, ces colporteurs, ces chroniqueurs éveillés, qui passent d’un lieu à l’autre, nous nous méfions d’eux car ils ne sont ni d’ici, ni d’ailleurs. Avec tout ça, on perd le goût de la rencontre improviste, du dialogue, penchés que nous sommes sur nos téléphones intelligents — Jocelyn, continue d’écrire… comme Voltaire.

J’ignore les raisons qui vous font quitter mais je vais déplorer vos critiques. Non je n’étais pas toujours d’accord mais j’aime voir des éclairages différents même si je ne change pas d’opinion. Il y en a, des chroniquers, que j’ai résolument écarter. Inutile de perdre du temps à les lire se gargariser de la main qui les nourrit. Vous je vous considérais comme indépendant. Si votre désistement dépend de vous, je vous demande de le reconsidérer.

Je suis sidérée. Après cet excellent billet qui nous démontre l’importance d’avoir accès à des « textes d’opinion sérieux qui contribuent à élever le niveau du débat démocratique », voilà que vous nous abandonnez ! De grâce, continuez à faire le poids, vos textes mènent à une réflexion sociale, politique et économique essentielle ! Je croise les doigts…

je ne suis pas une experte de la chose publique, mais une citoyenne avide de justice, pour les créateurs de » richesse » , que cette richesse soit économique, sociale, humaine, éducationnelle ou artistique et j’en passe… j’avoue avoir besoin de ceux ou celles qui peuvent m’éclairer dans mes choix quotidiens. C’est quelquefois difficile, car nous sommes confrontés souvent à des dilemmes. Personne n’a toujours raison et personne n’a toujours tort. Monsieur, j’ai aussi besoin de vous.

Je ne pense pas que l’on doit ‘évacuer’ toute polémique…de la discussion jallit la lumière…quelqu’un a dit cela. Personnellement, je pense qu’il ne faut pas craindre la « polémique », je pense que c’est de l’hypocrisie si l’on refuse d’en discuter. Ex.: Pourquoi ne pas faire comme aux É-U et plafonner à deux ans « le bien-être social »…à moins de conditions vraiment exceptionnelles, maladie, etc. Au québec on est sur le BS de père en fils et ça continue. Pour moi ce n’est pas du baratin ni de la bullship. La société devrait en discuter au lieu d’évacuer le sujet. Je pourrait en énoncer plusieurs sujets qui feraient évoluer le débat.

Jocelyn Maclure, dans sa chronique, reproche aux chroniqueurs exactement ce que lui fait.

Serge Charbonneau
Québec

Votre départ est regrettable, parce que l’espace que vous occupiez sur cette tribune a toutes les chances d’être rempli par celui d’un autre chroniqueur qui voudra, lui, se démarquer. C’est devenu la règle: il faut frapper l’imaginaire, brasser l’opinion en se foutant bien de la vérité, puisque c’est l’applaudimètre qui régit tout. On soigne ainsi sa réputation, fut-elle naissante, en espérant bientôt atteindre la sacro-sainte célébrité, qui est devenue un capital exploitable et reproductible. C’est ainsi que des gens qui ont du succès sur les planches deviennent des guides en matière d’écologie. Il vaut mieux, en effet, être aujourd’hui célèbre par la multiplication de ses images, que par sa contribution à la recherche de la vérité, comme au temps des Lumières. La hauteur des idées, on s’en fiche. Il existe de moins en moins de place dans les médias pour la présentation exhaustive des faits, l’analyse critique et la formulation de conclusions articulées. Tout doit être court, percutant, imagé et plaire au plus grand nombre. En avant la musique.

Ah quel dommage, avec le départ du citoyen Maclure, je perds une de mes cibles favorites. Restez, voyons, je n’ai pas fini de vous réfuter !

Mais vu que j’adore la méchante provocation que lui vitupère à l’envi – version philosophique et « postmoderne »(*) de « C’est pas beau la chicane » – je lui envoie le coup de pied de l’âne. Il s’agit d’une observation de Robert Musil, dans ‘L’Homme sans qualités’ (Tome 1) :

«Les philosophes sont ces violents qui, faute d’armée à leur disposition, se soumettent le monde en l’enfermant dans un système.»

(*) En passant, m’sieur Maclure, avez-vous remarqué que l’inventeur du buzzword/pont aux ânes/habits de l’empereur « postmoderne », le philosophe Jean-François Lyotard, a affirmé dans un texte parfaitement sérieux que «le judaïsme est une psychose» (sic), et à quelque temps de là, dans un article toujours aussi sérieux, que «le moment est venu de donner droit de citer à l’inhumain» (re-sic) ? Et que voulez-vous, j’ai comme tendance à voir comme une sorte de rapport entre les deux assertions…

Cher M. Maclure, vous allez me manquer. Vous lire avait quelque chose d’apaisant pour moi dans ce tourbillon d’éclats de voix, d’injures et de murs infranchissables.

Mais pourquoi je dis « avait » ? Il y a sûrement d’autres endroits où on pourra lire ou entendre vos réflexions à nouveau. Laissez-nous des indices !

Merci et… au revoir.

MAclure: « …relancer le projet des Lumières, en s’appuyant cette fois sur une conception lucide et réaliste des forces et des limites de la raison humaine.»

Ça ne se relance pas comme ça. Et la Raison est plutôt dans le collimateur de pas mal de penseurs d’aujourd’hui. influencés (directement, ou indirectement via Derrida) par l’intox de Heidegger « deuxième manière » (à partir de son « tournant » de 1933-34, où la « chute hors de l’Être » n’est plus un moment au sens philosophique du terme, mais devient un moment au sens chronologique, donc un événement historique, ce qui fait de sa pensée un vaste « décadentisme », un peu comme celui de Malaparte « première manière » (années 20) mais en millénaires plutôt qu’en siècles : il y aurait eu « oubli de l’Être », soi-disant, à partir des Grecs.

Dès lors on n’est guère surpris, hélas, que Heidegger salue dans le nazisme, en 1934, « son retour à l’essence de l’Être ». À quoi on est tenté d’opposer symétriquement cette fondamentale remarque de l’antinazi Vercors dans ‘La sédition humaine’ (1949): «L’existence de l’animal reste asservie à son essence, celle de l’Homme s’en est libérée.» Le prétendu « retour à l’essence de l’Être » serait alors le retour à l’animal, donc un virulent naturalisme. (Évidemment vous aurez compris que pour moi le naturalisme est la clé du mal radical).

C’est à partir de son « tournant » de 1933-34 que Heidegger se met à clamer que sa pensée est « plus originaire » que la métaphysique. Quant à Jacques Derrida, dont la popularité terrifiante sur les campus américains vers 1989-91 m’a fait sortir toutes les antennes, il se vante que sa pensée à lui soit « plus originaire » que celle de Heidegger. Pas étonnant puisque son décadentisme fait remonter la chute fatale à bien avant les Grecs, à l’émergence des premières langues phonologiques (dites aussi langues sémitiques), les premières qui permettent de dire ‘Je’.

Mais j’arrête là car je suis un peu au bout de mes bras et surtout, de ma pauvre tête ! Dommage, quand même, que je ne sois pas philosophe mais simple employé de bureau antifasciste. Pensez seulement à l’effroyable popularité des idées de Heidegger et Derrida parmi les penseurs d’aujourd’hui…

Enfin bref, la Raison, monsieur Maclure, est de nos jours dans un triste état. Comme disaient les humoristes Fruttero et Lucentini, elle ne sera bientôt plus qu’un vagissement infantile. À moins d’un sursaut, bien entendu.

et de son rejeton Derrida

Maclure: «Une des tendances accablantes dans les médias grand public est la prime accordée aux propos volontairement polémiques.»

Hum, et déplorer la polémique dans une démocratie, qu’est-ce que c’est ?

Deux classiques du vitriol me viennent en tête à titre d’exemple. Qu’est-ce qu’une bonne chronique du ‘Canard enchaîné’ (à gauche) ? Qu’est-ce qu’un bon billet de Fruttero et Lucentini (à droite) ? Un déclencheur de polémique, et qui n’y va pas avec le dos de la cuiller.

Je soupçonne M. Maclure d’être un tenant de l’idéologie postmoderniste, qui tend à déplorer l’existence même des conflictualités, des antagonismes – mentalité qui, au contraire exact de ce qu’elle croit, ne peut que faire monter les conflictualités, les antagonismes jusqu’au plafond.

Il s’agit du rapport observé par Fruttero et Lucentini dans un article de ‘La prédominance du crétin’ intitulé «Heil Shirley!»:

«Mièvrerie et sensiblerie sont toujours annonciatrices de malheurs et de désastres.»

Si ce n’est déjà le cas, on suggère à M. Maclure de distinguer entre agon et polemos.

La démocratie sert à canaliser les antagonismes, non à les supprimer. Dans une démocratie, déplorer la polémique – ce qui est au fond la version pour intellectuels de «Vous êtes pas tannés de la chicane!?» – ça n’a rien de rassurant.