Pourquoi est-il si difficile d’ignorer Trump?

Tout le monde rêve de voir ce que ça donnerait si on laissait le Joker l’emporter sur Batman. Eh bien là, on le voit.

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Enfin, c’est la fin des frais accessoires en santé! Les associations de médecins ne sont pas contentes, mais elles doivent quand même avouer que certains de leurs membres exagéraient.

À mon dernier passage chez le médecin, on m’a exigé 15 dollars pour avoir accès au vieil exemplaire de L’actualité qui traînait dans la salle d’attente. C’était instructif (paraît que Kim Campbell va complètement changer le Canada!), mais c’était quand même un 15 dollars de trop.

Et c’est dans ce contexte que… que…

Oups. Pardonnez-moi. J’ai été distrait par une nouvelle sur Donald Trump. Difficile de vraiment s’intéresser à des histoires de frais pour des gouttes dans les yeux quand, juste à côté, il y a ce truc tout neuf qui flashe et qui fait du bruit.

C’est comme demander à un enfant de jouer avec un bilboquet en bois quand il y a une Xbox dans la maison.

«Joue avec ton bilboquet, Mathieu.
— Mais maman… il y a un monsieur dans la télé qui dit complètement le contraire de ce que tout le monde peut facilement vérifier!
— Mathieuuuuu, j’ai dit BILBOQUET!»

Alors, bon. Un peu de focus. Bilboquet.

L’abolition des frais accessoires va entraîner quelques effets secondaires, si vous me permettez l’analogie médicale. Les stérilets, par exemple, vont…

Il a fait quoi? Ben voyons.

Pardonnez-moi. Encore une Trumperie. Ce n’est pas que je tienne absolument à parler de lui, ou même à lire sur lui. Au contraire.

Honnêtement, si je pouvais, j’enverrais un télégramme à tous les Américains: «Vous avez voté pour ça. STOP. Arrangez-vous avec vos troubles. STOP.» Et je ferais autre chose de ma vie que de suivre la lente descente de l’Occident vers on ne sait pas trop quoi.

Mais rien à faire: Trump est un néon et je suis un papillon de nuit. J’y reviens tout le temps.

Du municipal au fédéral en passant par la personnalité de l’année du gala Artis (lâchez-moi avec Guylaine Tremblay!), j’ai perdu toutes les élections où j’ai pu voter. J’ai l’habitude de voir au pouvoir des gens avec qui je ne suis pas d’accord.

Stephen Harper, par exemple. Ses politiques me faisaient le même effet que de marcher sur un Lego en m’arrachant un poil de nez au son d’un enfant qui commence à apprendre le violon. C’était pénible, mais je pouvais quand même me mettre dans la tête de Harper et recréer le chemin intellectuel qui le menait à ces idées.

Dans le cas de Donald Trump, ce chemin tient généralement des gravures de M.C. Escher.

escher

«La porte qui mène à dire en public et sans preuves que des millions de personnes ont voté illégalement à la dernière élection? Facile: vous n’avez qu’à prendre l’escalier qui monte et, rendu en bas, vous prenez la sortie qui est sur le plancher en face du mur à gauche.»

***

Donald Trump ment-il? Le New York Times a brisé un tabou médiatique récemment en utilisant le terme «mensonge» dans un titre. Après tout, il faut bien appeler un chat un chat, même si certains préfèrent parler d’un félin non traditionnel.

D’autres médias, comme NPR, refusent toujours. C’est que, pour qu’il y ait mensonge, il faut qu’il y ait aussi intention de tromper, de savoir une chose fausse et de la dire quand même. Trump ment-il? C’est le bout qui fait peur: on ne peut pas écarter qu’il croit vraiment toutes les choses impossibles qu’il dit.

Loin de moi l’idée de me mettre à la place du psy de Trump, qui est sans doute le meilleur psy que vous ayez jamais vu, believe me, mais vu d’ici, on a souvent l’impression que quelque chose cloche. Comment ça fonctionne dans la tête de cet homme? Est-ce que ça fonctionne? Et pourquoi est-ce que ça importe si peu pour autant de gens que le nouveau président soit incohérent, fabulateur et rempli d’étranges fixations?

Qu’une personne vive dans un monde de dissonance cognitive et de pensée magique axée sur la glorification de son propre nombril, c’est une chose. Mais quand le même mégalomane dont la profondeur intellectuelle tient plus de la pataugeoire que de la piscine olympique réussit à embarquer dans son délire des millions de personnes et un système politique complet, difficile de détourner le regard.

Personne n’admire le Joker, dans Batman, mais tout le monde rêve de voir ce que ça donnerait si on le laissait gagner, juste une fois. Juste pour voir. Et là, on voit.

**

Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique.


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8 commentaires
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J’ai l’impression que c’est une bombe à retardement qui avant d’exploser laisse énormément de traces ….Malheureusement plusieurs millions de personnes vont payer cher pour cette élection impopulaire…La démocratie en Amérique est certe, en perte de vitesse….Reste à savoir jusqu’à où les dégâts vont s’arrêter….

J’adore votre humour épistolaire car habituellement les nouvelles de la politique planétaire me font beaucoup moins rire.
Votre article, m’a même donné des éclats de joie.
J’avais comme un ptit besoin de vous lire…merci

Donald Trump est comme un enfant qui cherche à avoir l’attention de ses parents. Il utilise les médias pour avoir l’attention de la population, la sienne comme celle de celle de la planète au complet. Et nous ne sommes pas foutus de lui fermer le canal. Si pour un temps on cessait de parler de lui, de ses gaffes, de ses lubies, qu’adviendtrait-il? Peut-on le changer en l’ignorant? Mais ses adhérents en demandent toujours plus. Chaque gestes qui nous rebutent les renforcent dans leur admiration du Joker à la maison blanche. Ils n’en ont cure de le voir s’entourer des autres idiots qu’il a nommé aux divers postes de son administration. Ils ont voté pour quelqu’un de différent, tellement différent qu’il met le bon sens au fond du placard et l’y enferme à double tour.

Il n’est malheureusement pas le premier « à embarquer dans son délire des millions de personnes et un système politique complet »… Ça ressemble pas mal à l’ascension d’Hitler au pouvoir mais ce serait insulter le Joker que de le comparer à Trump ou… Hitler… Surtout quand son bras droit, Bannon-Marlborough, s’en va t’en guerre contre la Chine mironton mironton mirontaine…

Le Trump bashing primaire qui est étalé par l’auteur de ce point de vue et celui qui s’est installé dans la majorité des médias canadiens peut s’avérer néfaste pour le maintient de la démocratie. Trump a été élu démocratiquement quoiqu’en pensent la supposé caste d’élite de notre pays. Pourquoi serait il si terrible de bannir pour trois mois l’entrée au pays de certaines gens par Trump alors qu’Obama l’a fait pour l’Irak? Pourquoi serais-ce si terrible alors que certains pays arabes le font, qu’Israël le fait…? La « pudeur » qui nous est servie jours après jours par des médias nationaux comme Radio Propagande Canada donne le goût de vomir. L’Actualité serait-il en train de prendre le même chemin? Dommage!

En parfait accord avec vous Maurice Renaud, moi aussi j`ai le gout de vomir de voir la folie collective présentement à la grandeur de la planète, afin de ridiculisé Trump, le plus grand danger qui nous guette c`est le manque de jugement du peuple, qui se met à hurler avec les loups sans savoir trop pourquoi. Si on regarde les présidents avant Trump.. Bush le champion du bombardement de pays riche en pétrole, Obama qui avec ses discours doux de prédicateur religieux, lui qui a fini ses trois dernières allocutions d`adieux en disant » n`oubliez pas que nous avons l`armée la plus puissante au monde »….¨ca ressemble à on a de quoi faire sauter la planète, tout un ange de paix. Trump, veut tenter de faire la paix avec nos voisins du nord, les méchants Russes, il me semble que ça serait apaisant de nous les présenter comme des gens normaux, Trump a dit : arrêter de faire la guerre partout sur la planète, ça coute des milliards de milliards, et le peuple Américain en souffre, nous ne sommes pas les policiers de tout les pays du monde. Lorsque on veut détruire un personnage on qu`à ameuter le peuple, et si ce dernier juge avec ses tripes et plutôt qu`avec sa cervelle.

Pourquoi est-il si difficile d’ignorer Trump? parce que, si on analyse bien nos propres attirances, malgré qu’on sache que ça fonctionne pas si bien que ça dans la tête de certains de nos personnages publiques, on n’est pas capables de s’empêcher de les écouter… j’en ai pour preuve, les « Rambo » Gauthier, Les Martineau, Les Eric Duhaime, les Bock Côté, les porte-paroles de tous ces regroupements d’extrême de tout… On dirait que leurs plaidoyers réconfortent tous les déçus, enragés, agressifs, inconfortables sociaux. Ils croient qu’en parlant « contre » l’autorité quelle quelle soit, en donnant systématiquement raison au peuple, en étant toujours contre une loi, un projet, etc… ces drôles de personnages à la voix sûre et retentissante vont leur apporter ce qu’ils veulent, ça va enfin être leur Messie. Je doute que si l’un de ces personnages RETENTISSANTS de nos ondes et de notre visuel sous toutes ses formes se présentaient, le peuple ne voteraient pas pour eux… Malgré leurs excès verbaux, leur vision tranché et tranchante, leur inhabileté à juger sans gros EGO… On ne peut pas ignorer celui ou celle qui se présente comme le Dieu du PEUPLE…
Marine LePen a déjà compris qu’elle doit parler le langage du peuple … et combien d’autres gens se présenteront de cette façon sans égard aux nombreuses contradictions d’une société qu’ils auront à gérer lorsqu’ils seront au pouvoir.