Pourquoi Saganash a fait volte-face

Son discours était prêt depuis mercredi soir. Roméo Saganash devait annoncer vendredi qu’il renonçait à la course au leadership du NPD. Moins de 24 heures plus tard, il change d’idée. Voici pourquoi.

Photo : J. Boissinot / PC

À la surprise générale, le député d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, Roméo Saganash, a annoncé vendredi qu’il se lance dans la course à la direction du NPD.

Dans les rangs du NPD, la surprise est totale. «On ne l’avait pas vu venir. Il avait dit ne pas vouloir se lancer. Il s’est passé quelque chose», affirme l’un des membres de la direction, qui a requis l’anonymat pour pouvoir parler de ce sujet délicat.

Jeudi, L’actualité avait annoncé que M. Saganash, figure de proue de son parti, allait renoncer à se lancer dans la course et appuyer le candidat Brian Topp. Près de 24 heures plus tard, il plonge. Que s’est-il passé?

Roméo Saganash avoue avoir reçu des dizaines d’appels, de partout au pays, mais surtout du Québec, lui demandant de changer d’avis. «Je dois vous faire un aveu. J’ai subi énormément de pression du caucus du NPD et des gens de la rue. C’est la décision la plus difficile de ma carrière», affirme-t-il.

Selon nos informations, son discours annonçant qu’il renonce à se lancer était prêt. Mais lorsque la nouvelle a été éventée jeudi midi par L’actualité – et reprise dans le reste du pays – le téléphone s’est mis à sonner sans arrêt. «Il y a eu un impact certain», affirme l’un de ses proches.

Parmi les appels, quelques organisateurs prêts à lui monter une machine de campagne à la direction digne de ce nom. «Il avait toujours pensé qu’il ne serait pas capable mathématiquement de gagner. Soudain, il y avait une possibilité», explique une source bien au fait de la réflexion de Roméo Saganash.

Entre 15 et 20 députés du Québec ont insisté auprès de Roméo Saganash pour qu’il change d’idée et se présente dans la course. Certains souhaitent l’appuyer, alors que d’autres estiment surtout qu’il serait bénéfique pour le parti de ne pas avoir une bataille de coqs entre Brian Topp et Thomas Mulcair. «Beaucoup de députés se sentaient coincés entre l’arbre et l’écorce», affirme un député qui a requis l’anonymat.

La députée de Terrebonne-Blainville, Charmaine Borg, 21 ans, ne s’en cache pas. Elle est heureuse que Roméo Saganash fasse le saut. «Sa candidature me plaît», a-t-elle dit en entrevue avec L’actualité. «Ça va permettre d’éviter un débat de personnalité. Les idées vont prendre le dessus. Il va amener une autre approche et j’en suis très contente». Mme Borg refuse toutefois d’appuyer officiellement Roméo Saganash comme futur chef du NPD. «Je vais attendre de voir les autres candidats avant de décider, même si sa candidature est intéressante.»

Son de cloche semblable de la part d’Alexandre Boulerice, député de Rosemont-Petite-Patrie et figure importante du NPD au Québec. «Je salue sa candidature, ça va aider le débat d’idées. Il est brillant, expérimenté et il a plusieurs positions intéressantes», a-t-il dit à L’actualité.

M. Boulerice n’a pas encore décidé qui obtiendra son appui officiel lors de cette course au leadership. «Je vais attendre de voir tous les candidats. Mais disons que je reçois pas mal de pression. Mon téléphone sonne beaucoup !» Il se dit fier d’être dans un parti qui a un candidat à la direction issu des Premières nations, un fait sans précédent au niveau fédéral.

Roméo Saganash dit ne pas se lancer uniquement pour défendre la cause des autochtones. «Je crois en ce que Jack Layton croyait, soit avoir un meilleur Canada.»

À Radio Magazine, l’émission du retour à la maison de la radio de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamingue, Roméo Saganash a affirmé que la pression de ses collègues a été forte. «Est-ce que votre décision s’est précipitée dans les 24 dernières heures?» a demandé l’animateur, Bruce Gervais. «On pourrait le dire ainsi. J’ai eu une décision très difficile à prendre», a répondu Saganash.

Il a ajouté : «Certains membres du caucus sont venus me voir, m’ont appelé ou m’ont écrit pour me dire de me présenter. Ce n’est pas moi qui les ai approchés.»

Dans le camp de Brian Topp, qui pensait avoir l’appui de Roméo Saganash, on a été surpris par l’annonce. Une fois le choc passé, Brian Topp s’est dit heureux d’avoir Roméo Saganash dans la course. «Quelle équipe ! J’ai hâte de débattre et de travailler avec lui», a-t-il dit. Une source dans le clan Topp a simplement affirmé à L’actualité: «C’est ça, la politique ! On se remet au travail. Il nous reste encore sept mois de campagne.»

Les deux hommes, qui s’entendent très bien et se respectent, vont mener une campagne cordiale et basée sur les idées, dit-on.

Dans le camp de Thomas Mulcair, l’annonce ne change rien à la réflexion en cours. Pas moins de sept députés du Québec – Pierre Nantel (Longueuil), Jamie Nicholls (Vaudreuil-Soulanges), François Lapointe (Rivière-du-Loup), Claude Patry (Jonquières-Alma), Marc-André Morin (Laurentides-Labelle), Tariq Brahmy (Saint-Jean) et Robert Aubin (Trois-Rivières) – ont signifié qu’ils appuieront la candidature de Thomas Mulcair quand celui-ci décidera de faire le saut.

Une source bien au fait de la réflexion dans le camp Mulcair affirme que les chances de voir l’ancien bras droit de Jack Layton au Québec se lancer dans la course sont de l’ordre de 65 %.

Thomas Mulcair jauge actuellement ses appuis dans le reste du Canada, où résident 95 % des 86 000 membres du NPD. La Colombie-Britannique, avec 35 000 membres, la Saskatchewan et les provinces Atlantiques sont les cibles prioritaires de l’équipe Mulcair à l’heure actuelle. Si les appuis sont suffisamment importants, le chef adjoint du NPD sautera dans l’arène. Une annonce est attendue d’ici trois semaines.

Plusieurs autres députés néo-démocrates se disent également en réflexion concernant la course au leadership.