Prédiction : Harper va gagner en 2015

Les conservateurs ont prouvé lors des élections de 2011 qu’il n’était même plus nécessaire de gagner au Québec pour obtenir une majorité.

J’attendais le bon moment pour publier ce billet provocateur.

Je profite de ce moment où Harper est plongé dans ce qui représente probablement la pire crise politique depuis qu’il est premier ministre pour faire ma prédiction. Comme ça, on ne pourra pas dire que c’est facile.

Je prédis donc — deux ans à l’avance! — que le Parti conservateur remportera les prochaines élections fédérales, celles d’octobre 2015. Sera-t-il majoritaire ou minoritaire ? Ça, c’est une autre question.

Je sais, je sais, c’est pour le moins présomptueux. Ne dit-on pas qu’en politique, tout peut changer en quelques jours? Alors deux ans, c’est une éternité. C’est vrai, mais pas complètement. Il y a quand même des lignes de forces, de grands courants de fond, qui peuvent durer des décennies, voire même plus d’un siècle.

Par exemple le fait qu’au niveau fédéral canadien, les deux seuls partis ayant formé le gouvernement depuis 1867 sont le Parti libéral et le Parti conservateur («progressiste» ou non). C’est quand même une très grande ligne de force de la politique canadienne.

Pour gagner des élections fédérales, il faut également gagner en Ontario. Les conservateurs ont prouvé, lors des élections de 2011, qu’il n’était même plus nécessaire de gagner au Québec pour obtenir une majorité. C’est encore moins nécessaire pour une victoire minoritaire.

Ce qui compte, c’est l’Ontario. En 2011, les conservateurs ont obtenu 45 % des voix dans cette province. Il y avait alors 106 circonscriptions et les conservateurs en ont remporté 73. En 2015, l’Ontario sera riche de 121 sièges, une prise de choix. C’est surtout là que ça va se jouer.

Autre constante : depuis 1997, le NPD n’a jamais fait mieux que 25,6 % en Ontario, et c’était en 2011, alors que Jack Layton était au faîte de sa gloire. La même année, au Québec, le Bloc a obtenu le pire score de son histoire avec 23,4 % des voix. C’est donc dire que le meilleur score du NPD en Ontario se situe à peu près au même niveau que le pire résultat du Bloc au Québec.

Ça en dit long sur le défi qui attend le parti de Mulcair sur le front ontarien. En fait, les résultats du NPD au Québec en 2011 ont masqué une performance beaucoup plus mitigée en Ontario.

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Or, pour l’emporter en 2015, le NPD devra non seulement conserver ses gains au Québec, mais il devra aussi surpasser ce qui fut son meilleur résultat en Ontario. Les chances qu’il y arrive me semblent très, très réduites. Ce serait déjà tout un exploit d’augmenter le score du NPD en Ontario, mais reproduire les résultats québécois, c’est une mission impossible.

Du côté des libéraux, les résultats de 2011 en Ontario furent les plus mauvais de l’histoire récente. Ils ont obtenu 25 % des voix, soit le même score que le NPD. C’est donc dire qu’en obtenant ses meilleurs résultats en Ontario, le NPD réussit tout juste à faire jeu égal avec un PLC qui lui, obtient son pire résultat.

Au Québec aussi, les libéraux ont obtenu en 2011 le pire résultat de leur histoire, avec seulement sept sièges. Difficile d’imaginer qu’ils feront encore moins bien en 2015, en Ontario comme au Québec.

Si le NPD ne peut remporter les élections et former le prochain gouvernement, les libéraux peuvent-ils y arriver ? J’en doute fortement.

D’abord parce que Mulcair est un chef très solide et que le NPD a réussi à s’établir au Québec. Or, le Parti libéral ne peut espérer l’emporter en Ontario si le NPD se maintient à plus de 20 % des intentions de vote. Cette division du vote rouge/orange favorise les conservateurs. Au Québec, si le NPD réussit à se maintenir entre 20 % et 30 %, la division du vote favorisera le Bloc dans les circonscriptions francophones, tandis que les sièges seront partagés en Outaouais et à Montréal.

L’autre raison, c’est Justin Trudeau lui-même. Sa popularité à travers le Canada ne fait absolument aucun doute. La marque «Trudeau» est encore très forte, manifestement. Mais quand le temps viendra pour les Ontariens d’élire un premier ministre du Canada, ce sera une autre histoire. Beaucoup d’électeurs vont se dire qu’il n’est pas prêt et que peut-être la prochaine fois…

Dans ces conditions, il est plus que difficile d’imaginer les libéraux passer de 34 sièges en 2011 à plus de 100 en 2015.

Les Canadiens, et en particulier les Ontariens, n’éliront pas un gouvernement néodémocrate en 2015. Les gouvernements canadiens ont toujours été soit libéraux, soit conservateurs. Je ne m’avancerais pas à parier contre une ligne de force qui ne s’est jamais démentie depuis plus d’un siècle.

Cependant, sans être aussi populaire que Jack Layton et sans espoir de reproduire la vague orange de 2011 au Québec, Mulcair a démontré sa solidité comme chef. Cette force nous permet de penser que le NPD réussira à se maintenir au-dessus des 20 % dans les intentions de vote jusqu’en octobre 2015, ce qui va perpétuer la division du vote entre les rouges et les oranges. La difficulté d’imaginer Justin Trudeau dans les habits d’un premier ministre du G-7 fera le reste.

Stephen Harper remportera donc les élections de 2015. C’est ma prédiction.

Quelle est la vôtre ?

Et quelle est la prédiction des analystes politiques ? Oseront-ils se mouiller dès maintenant, deux ans avant les élections ?

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9 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Parlez moi de ça, quelqu’un qui se mouille, bravo M. Gobeil!

A mon avis ça dépendra surtout de l’économie, si elle garde la tête hors de l’eau alors ça ira sans doute plutôt bien pour le PCC, sinon, si par exemple les problèmes d’endettement des Canadiens finissent par nous rejoindre avant 2015 alors ça pourrait être un toute autre histoire.

Excellente prédiction M.Gobeil.
Je me risque à développer un scénario avec en fond d’écran le NPD en qualité d’opposition officielle. Jusqu’en 2019-20
En 2015, après 10 ans de pouvoir, ce sera un « dernier » gouvernement conservateur mais MINORITAIRE. Ce gouvernement durera au plus 18 – 24 mois.
En 2017 Les libéraux seront élus mais MINORITAIRE, Les conservateurs dans l’opposition et entameront la « reconstruction » .
En 2019-20 Le NPD sera élu au pouvoir mais MINORITAIRE.

La valeur ajoutée de ce scénario:
À partir de 2015, nous aurons un gouvernement fédéral prudent et à l’écoute .
Cela nous préparera à la venue d’un « bon » Premier MInistre : Thomas Mulcair.
Nous verrons émerger à nouveau une certaine diversité typiquement « canadienne ».
Nous retrouverons notre place sur la scène internationale.
Nous ferons, à nouveau, contrepoids aux États-Unis qui seront, à ce moment, en mode « républicain.

Je pense que vous oubliez un minuscule petit détail, en l’occurrence que monsieur Harper ne nous a pas encore dit s’il serait candidat à sa succession en 2015.

S’il est acquis que l’Ontario dispose du pouvoir de faire ou défaire les gouvernements, il n’est pas encore acquis que les ontariens votent massivement pour le Parti Conservateur. Pour moi en tout cas, c’est loin d’un fait acquis. S’il est vrai comme vous nous le faites remarquer que le NPD y est presque parvenu à son meilleur niveau, lorsque Thomas Mulcair aura toute une commande pour faire mieux que ne fît Jack Layton, ne serait-ce non seulement en Ontario mais aussi pour garder tous ses députés du Québec.

On peut voir les choses toutes autrement pour ce qu’il en est du Parti Libéral du Canada. S’il devait faire pire que sous la houlette de Michael Ignatieff, il faudrait alors considérer que c’est après 9 années d’exercice du pouvoir en 2015 que le centre de gravité du Canada s’est complètement et définitivement déplacé.

Hors en politique où que ce soit, on observe plutôt régulièrement des phénomènes de balanciers. Comme si la planète politique avait un besoin naturel de trouver une position d’équilibre. Lorsqu’il y a décomposition quelque part, il y a recomposition quelque part ailleurs et donc transfert.

Il y a bien eu transfert du vote libéral vers le vote conservateur, lorsqu’en psychologie on parle de transferts et de contretransferts ; il n’y aurait rien d’impossible que le contretransfert du vote conservateur vers les libéraux se produise quelque part vers 2015.

Bien que je ne puisse faire quelque pronostic que ce soit présentement. Je miserais plutôt sur un gouvernement minoritaire avec un léger avantage pour Justin Trudeau. À moins bien sûr qu’entre temps, nous soyons devenu un Québec souverain, que plus aucuns députés fédéraux du Québec n’aient en cette occurrence de siège et que toutes les circonscriptions du Canada leurs soient désormais fermées. Une sorte de disgrâce en quelques sortes.

— Dans une telle hypothèse, Harper triompherait et même Daniel Paillé pourrait considérer de se faire élire député quelque part enfin… pourquoi pas par exemple du côté de Mississauga 🙂

C’est le sort réservé au sénat qui devrait enligner la politique au Canada et le parti qui va gouverner. Faut donc attendre d’autres développements à ce sujet.

Si les libéraux fédéraux attirent un grand nombre de candidats plus -renommés- de par l’opportunisme de carrières nourries par les sondages, aidés par la tradition politique, les libéraux peuvent passer de 38 députés à 120 députés et former le gouvernement. Effectivement le Canada n’a pas une grande fibre social démocrate affirmée ce qui fait que le Canada anglophone n’est pas attiré par le NPD. La prédiction la plus forte de l’article consiste à dire qu’il est difficile de croire que le NPD pourrait rafler la moitié des sièges en Ontario en 2015. Le Canada plus à droite que le Québec ne fera pas du NPD un gouvernement fédéral. La tradition libérale reste forte en Ontario et dans les Maritimes et elle n’est pas rayée de la carte en Colombie britannique. Et au Québec si les gens du Bloc tentaient de mieux redonner un souffle au parti, le Bloc pourrait mieux faire en 2015 contre le NPD et même contre le PLC de Trudeau ce qui nuirait surtout aux néodémocrates de Mulclair.

Au Québec, il y a quand même une installation du NPD depuis 2011 qui peut se maintenir du fait des difficultés du Bloc et du manque de visibilité du chef D.Paillé. Néanmoins si le Bloc ne fait guère mieux en 2015, l’élection d’un gouvernement Trudeau ne pourra que faire réfléchir des Québécois qui auront crus que la politique pouvait se trouver un renouveau dans un homme mortel J.Lawton. La question québécoise ne peut être refoulée durablement.

Cela ne dépend ni des libéraux ni du NDP. Harper va gagner s’il réussit à museler ses dissidents du Reform Party. S’il y a division du vote conservateur, il va perdre.

Effectivement, je crois que sans un vote considérable pro-PLC au Québec, Justin « classe moyenne » Trudeau n’a pas grand chance de battre Harper. Et le vote au Québec risque d’être divisé.