Premier test pour le nouveau directeur parlementaire du budget

Le gouvernement Harper a annoncé vendredi dernier la nomination du nouveau directeur parlementaire du budget (DPB) pour un mandat de cinq ans. L’économiste Jean-Denis Fréchette prendra la relève de la directrice intérimaire Sonia L’Heureux qui avait tenu le fort depuis la fin du mandat du combatif Kevin Page en mars.

M. Fréchette a à son crédit une connaissance approfondie des institutions parlementaires et de ses occupants après 27 années passées au service de la Bibliothèque du Parlement.  Jusqu’à sa nomination, il y était directeur de la division de l’économie, des ressources et des affaires internationales.

Ce qui le désavantage cependant est son manque d’expérience au sein des organismes gouvernementaux responsables de l’élaboration du budget. Saura-t-il lire entre les lignes, décortiquer les chiffres et exposer les demi-vérités, comme son prédécesseur Kevin Page savait le faire?

L’efficacité de M. Page l’avait pratiquement transformé en ennemi aux yeux des conservateurs. Le ouvernement l’avait pris en grippe, lui mettait constamment des bâtons dans les roues, le discréditait sur la place publique en mettant en doute son impartialité. Sans succès, sa crédibilité étant supérieure à celle des conservateurs.

Le choix de M. Fréchette a été entaché par la présence sur le comité de sélection d’un haut gradé conservateur et par la volonté affichée du gouvernement de trouver un directeur plus conciliant. Le communiqué du leader parlementaire conservateur Peter Van Loan insistait d’ailleurs sur l’absence de partisanerie de M. Fréchette.

Malgré cela, les partis d’opposition ont décidé de donner la chance au coureur, Après tout, l’équipe de choc assemblée par M. Page est toujours en place. Et M. Fréchette n’a jamais été à la solde des conservateurs. Il a toujours servi les parlementaires avec indépendance, ce qu’exige aussi la fonction de DPB.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair n’a toutefois pas attendu pour le mettre à l’épreuve. Dès mardi, premier jour du mandat de M. Fréchette, il a invité ce dernier à prendre le relais de ses prédécesseurs dans un dossier qu’il leur avait soumis il y a un an et demi et qui s’est retrouvé devant les tribunaux, au grand dam du gouvernement.

M. Mulcair a demandé «une mise à jour concernant sa demande de renseignements sur la manière dont les compressions des conservateurs prévues dans le budget toucheront les services et les programmes essentiels aux Canadiens».

M. Page avait demandé aux différents ministères des détails sur leurs plans de réduction de dépenses inscrits dans le budget de 2012. Accusant M. Page d’outrepasser son mandat, le gouvernement avait refusé d’obtempérer. M. Page avait insisté, obtenu quelques réponses, mais les plus gros ministères persistaient à le bouder. Il s’est donc tourné vers les tribunaux pour clarifier la portée de son mandat.

La décision, mi-figue mi-raisin, a toutefois incité Mme L’Heureux à revenir à la charge, sans beaucoup plus de succès. Le DPB doit maintenant décider s’il donnera une nouvelle chance au gouvernement ou s’il retournera devant les tribunaux pour le forcer à répondre. S’il optait pour les tribunaux, ce serait tout un début de mandat qui secouerait le gouvernement.

Jean-Denis Fréchette sait être sous la loupe. Ses premiers rapports seront examinés de près. Arrivera-t-il, comme M. Page, à s’imposer comme un contrepoids réellement indépendant? Les paris sont ouverts. Tout est possible. Après tout, personne, surtout pas les conservateurs, n’avait prévu la pugnacité de leur premier candidat, Kevin Page.

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