Premier test pour Trudeau: le monde!

Le hasard a voulu que ce soit en politique étrangère, aux côtés des plus grands, que Justin Trudeau fasse ses premiers pas de premier ministre du Canada. Va-t-il encore surprendre?

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Justin Trudeau (Photo : Jonathan Hayward / La Presse Canadienne)

Lors de la traditionnelle photo de groupe, à la clôture du sommet des pays du G20, le 16 novembre prochain en Turquie, Justin Trudeau, 43 ans, sera le plus jeune dirigeant d’une puissance mondiale après Matteo Renzi, l’Italien de 40 ans. Imaginer Trudeau en premier ministre capable de soutenir la comparaison avec les Barack Obama, David Cameron, Angela Merkel et autres leaders de la planète ne plaisait pas aux Canadiens il y a quelques semaines à peine. Sur les trois chefs aspirant au pouvoir, il se classait bon dernier.

À peine 25 % des Canadiens croyaient que Justin Trudeau serait le meilleur pour représenter le pays à l’étranger, selon un sondage Angus Reid réalisé fin septembre. Stephen Harper (41 %) et Thomas Mulcair (34 %) le devançaient aisément.

Les Canadiens sauront rapidement s’il est à la hauteur, puisque la politique étrangère constitue son premier véritable test à la barre du pays. Reverra-t-on le chef hésitant d’avant la campagne électorale ou confondra-t-il encore une fois les sceptiques ?

« La feuille de route internationale est incroyablement chargée. Les attentes sont énormes et il peut trébucher », estime L. Yves Fortier, ambassadeur du Canada aux Nations unies et son représentant au Conseil de sécurité sous le gouvernement Mulroney, entre 1988 et 1992.

Trois jours après cette rencontre des 20 grandes économies du monde, où Trudeau devra expliquer à ses alliés que le Canada cessera ses bombardements contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie, il prendra la direction des Philippines pour participer au Forum de la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique (APEC), où l’accord de libre-échange du Partenariat transpacifique sera sur toutes les lèvres. Le nouveau premier ministre n’a pas pris position clairement sur ce traité. Suivront le sommet du Commonwealth à Malte, à la fin novembre, puis le grand rendez-vous sur les changements climatiques à Paris, début décembre.

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The Economist encensait le côté cool du Canada en 2003. Prêt pour une réédition?

« Si tout se passe bien, ça peut cimenter l’image qu’il est prêt à gou­verner et donner une erre d’aller à son mandat », ajoute L. Yves Fortier.

Dans l’entourage de Justin Trudeau, la confiance règne. Ces grands sommets internationaux sont bien chorégraphiés par les « sherpas », les hauts fonctionnaires de chacun des pays qui travaillent depuis des mois à leur préparation. Le communiqué final est souvent rédigé à 90 % avant même l’arrivée des chefs de gouvernement. Et Trudeau ne sera pas seul, puisque la diplomatie canadienne s’assurera de bien le préparer à son entrée dans le cercle restreint des dirigeants du monde. De plus, l’attention est généralement accaparée par quelques leaders, comme le président des États-Unis, celui de la Russie ou la chancelière allemande, rarement par le Canada.

Côtoyer les grands contribuera à changer la perception qu’ont les Canadiens de leur nouveau premier ministre et « amènera Trudeau à un autre niveau », estime l’un de ses conseillers, Robert Asselin. « Jeune et chaleureux, il sera une bouffée d’air frais sur la scène mondiale », estime-t-il.

Trudeau devra se méfier des détails, des symboles, souvent amplifiés dans le concert des nations, comme un sourire trop appuyé en serrant la main d’un personnage controversé, tel Vladimir Poutine, ou encore une tentative d’humour ratée provoquée par la nervosité.

Des écarts qui ressusciteraient le doute dans l’esprit de bien des Canadiens, qui ont vu Justin Trudeau commettre plusieurs gaffes en matière de politique étrangère depuis 2013.

En novembre de cette même année, dans une soirée de financement à Toronto, il a affirmé que le pays qu’il admirait le plus après le Canada était… la Chine. « J’ai un certain niveau d’admiration pour la Chine, parce que leur dictature leur permet de faire un virage économique soudain » en matière d’environnement, avait dit Justin Trudeau à la surprise générale.

Trois mois plus tard, lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, il a tenté une blague sur le conflit entre l’Ukraine et la Russie, laissant entendre que l’invasion était peut-être motivée par la frustration de Vladimir Poutine d’avoir vu son équipe nationale de hockey perdre aux Jeux olympiques. Puis, à l’automne 2014, il aura eu besoin de l’aide de l’ancien premier ministre Jean Chrétien pour expliquer son opposition aux frappes canadiennes contre le groupe armé État islamique en Irak. Sa blague à caractère sexuel sur la grosseur des chasseurs CF-18 a également été mal reçue. Un épisode qui marquera le début du déclin du PLC dans les intentions de vote.

Pour corriger le tir, Justin Trudeau a formé, au printemps 2014, un comité consultatif sur les Affaires étrangères. Le groupe de conseillers est composé des anciens diplomates Jeremy Kinsman et Michael Bell, de l’universitaire Jocelyn Coulon, du député Marc Garneau et de l’ancien chef d’état-major de l’armée de terre Andrew Leslie (élu député libéral le 19 octobre). Six séances d’information de deux heures se sont déroulées sur plusieurs mois à Ottawa, en présence du chef libéral et de ses collaborateurs Gerald Butts et Katie Telford. Tout y a été abordé : conflits au Moyen-Orient, crises humanitaires, ONU, commerce international, aide au développement, francophonie…

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Photos de haut en bas : 1. Keystone 2. EPA / PC 3. D.R. 4. Keystone 5. AP / PC 6. Reuters 7. AP / PC 8. Reuters 9. PC 10. Keystone

« Les politiciens sont rarement des spécialistes des questions internationales et de défense. Justin Trudeau ne fait pas exception », explique Jocelyn Coulon, qui dirige le Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM, de l’Université de Montréal. Les membres du comité consultatif ont alors découvert un chef « studieux, curieux et à l’écoute ». La pensée de Trudeau prend forme tranquillement, son argumentaire s’étoffe. « Il a une idée de la place du Canada dans le monde », dit Jocelyn Coulon, qui n’a pas été étonné de la bonne performance de Trudeau au débat Munk sur les affaires étrangères, pendant la campagne électorale. « Il était prêt », dit-il.

Le lendemain de sa victoire électorale, le 20 octobre, lors d’un rassemblement avec quelques centaines de partisans et bénévoles dans un hôtel d’Ottawa, Justin Trudeau a donné un aperçu de la vision qu’il défendra dans les grands sommets internationaux. « Aux amis de ce pays à travers le monde, vous étiez nombreux à vous inquiéter que le Canada avait perdu sa voix empreinte de compassion, sa voix constructive, au cours des 10 dernières années. Eh bien, j’ai un message simple pour vous, de la part de 35 millions de Canadiens : nous sommes de retour ! » a-t-il lancé.

Un retour à l’esprit de 2003, lorsque le prestigieux magazine britannique The Economist encensait le côté cool du Canada — son libéralisme social doublé de rigueur budgétaire — avec en page couverture un orignal bien de chez nous portant des lunettes de soleil. Dix ans plus tard, en novembre 2013, The Economist titrait plutôt « Uncool Canada », reprochant au gouvernement Harper son obsession pour les peines minimales de prison et son refus de combattre les changements climatiques.

Trois jours après la victoire libérale, le magazine américain The New Yorker y faisait indirectement référence en titrant : « Another Trudeau Makes Canada Cool ».

Pourtant, différents sondages internationaux montrent que le Canada n’a jamais vraiment perdu la cote à l’étranger. En juillet dernier, la société de recherche-conseil américaine Reputation Institute publiait son classement annuel basé sur un échantillon de 48 000 personnes dans 55 pays. Le Canada tenait le premier rang en matière de réputation, devant la Norvège, la Suède et la Suisse. Depuis 2010, il n’a jamais chuté sous le deuxième rang. Et le nombre d’immigrants qui souhaitent s’y établir ne cesse de grimper.

Le Canada est-il si mal perçu depuis 10 ans ? Éroder une réputation est « un très long processus », affirme Jocelyn Coulon. « Le Canada vit encore sur celle qu’il a bâtie depuis 50 ans. »

Louise Fréchette, vice-secrétaire générale de l’ONU de 1998 à 2006 et ambassadrice du Canada aux Nations unies de 1992 à 1995, nuance le portrait positif que tracent des organismes comme le Reputation Institute. « La population mondiale envie nos paysages, notre richesse et le fait que nous vivions en paix. Mais ça n’a rien à voir avec notre politique étrangère, qui a été modifiée de manière importante depuis 10 ans. Ceux qui suivent les faits et gestes du Canada sur la scène mondiale verront certainement une rupture avec le nouveau gouvernement. »

D’abord dans le ton et l’attitude, affirme L. Yves Fortier. « Les relations personnelles sont très importantes en diplomatie, et Trudeau est plus facile d’approche que Harper. Il est positif et incarne un changement de génération. S’il montre un peu de panache, les autres leaders vont vouloir se coller à lui. »

Le changement de gouvernement fera bien des heureux dans l’immense complexe de béton où loge le ministère des Affaires étrangères, à Ottawa. Un document interne classé « secret » et rédigé par des hauts fonctionnaires du Ministère en vue d’une rencontre des sous-ministres canadiens, le 9 septembre dernier, était très critique au sujet de l’orientation du précédent gouvernement, sans jamais le nommer. On peut y lire que « l’influence du Canada comme interlocuteur honnête et nuancé est en déclin ou menacée ».

La note interne, intitulée « Canada’s International Policy : Strategic Questions in a Changing Global Context », affirme que le Canada a toujours été une puissance de taille moyenne qui s’allie avec d’autres pays dans le cadre d’ententes, de traités ou d’organismes multilatéraux pour « influencer ou diriger » la discussion internationale. Un interlocuteur qui fait le pont entre les grandes puissances, qui collabore avec l’ONU, fait la promotion de la Cour pénale internationale, joue son rôle en environnement et a une position nuancée sur les conflits au Moyen-Orient, notamment.

Ce soft power traditionnel canadien, comme les experts internationaux le nomment, a été remplacé depuis 10 ans par un hard power, une vision plus tranchée des affaires internationales qui privilégie l’utilisation de la force militaire et les déclarations musclées, avec parfois des sanctions économiques à la clé. « Harper voulait jouer dans la cour des grands, parler fort, même si ça ne donne pas souvent de résultats, parce que le Canada reste une puissance aux capacités moyennes », dit Louise Fréchette. On l’a vu dans ses déclarations contre le régime iranien et dans celles contre la Russie dans le conflit en Ukraine, mais aussi dans sa position inconditionnellement favorable à Israël ou dans ses critiques sur les droits de la personne au Sri Lanka, avec des résultats limités.

Le Canada sous Harper a été très actif en matière de commerce international, il a joué un rôle important dans la promotion de la santé maternelle dans les pays pauvres, et sa contribution militaire au sein de l’OTAN a été remarquée, souligne Louise Fréchette, aujourd’hui présidente du conseil d’administration de l’ONG Care Canada. Mais la communauté internationale a surtout retenu notre désengagement en Afrique, dans l’aide au développement, en environnement et dans les opérations de maintien de la paix, précise-t-elle, en plus du manque de nuance au Proche-Orient.

En 2010, l’humiliation du Canada, privé d’un siège au prestigieux Conseil de sécurité de l’ONU pour la première fois de son histoire, a été profondément ressentie au sein de la diplomatie canadienne. « Le Canada n’est plus un partenaire de premier choix » des autres pays, écrivaient les hauts fonctionnaires dans leur note interne.

Robert Asselin et Jocelyn Coulon affirment que « le retour » dont parle Justin Trudeau est celui des positions plus traditionnelles du Canada. « On ne sera pas toujours d’accord avec nos alliés, mais on va redevenir un interlocuteur, qui veut faire partie de la solution, et qui s’engage dans le cadre multilatéral », dit Asselin, qui balaie du revers de la main les critiques sur le manque d’expérience de son chef. Après tout, Stephen Harper a accédé au pouvoir à 46 ans, et Brian Mulroney, à 45 ans. « Il a beau avoir 43 ans, Justin Trudeau a démontré qu’il ne faut pas le sous-estimer. »

 

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Le premier rôle des chefs d’États et autres premiers ministres n’est pas seulement de bien diriger leur pays. Il consiste plutôt à vendre l’image du pays aux autres. À ce titre l’agenda de Justin Trudeau tombe à pic, puisque ses premiers défis ne sont pas au niveau de la politique intérieure, qui sera tôt ou tard juchée de peaux de bananes, elle consiste à établir ce nouveau visage et le nouveau style du Canada dans le concert des nations.

Jusqu’à présent cela marche plutôt bien avec ses hérauts, je pense notamment à Catherine McKenna qui a fait très bonne impression à Paris lors des rencontres préliminaires du COP21. John McCallum se tire aussi la part du lion avec ses responsabilités dans la coordination de l’accueil des réfugiés Syriens.

Aussi, la communauté internationale veut-elle mieux connaître Justin Trudeau. Probablement la gentillesse auprès de ses interlocuteurs et son charme naturel — un peu à la manière d’un Ronald Reagan –, devraient plaire à la plupart des dirigeants que rencontreront le nouveau Premier ministre lors de ses pérégrinations.

Contrairement à ce que je lis dans cet article, je ne serais pas étonné outre mesure que l’attention cette fois-ci soit un peu plus tournée vers le Canada. Je crois que les attentes sont grandes pour Justin Trudeau et que les nations espèrent un signal pour renouer de meilleures alliances positives avec le pays. Le Canada dispose maintenant d’une superbe opportunité de se démarquer intelligemment et reprendre avec succès sa voix naturelle apaisante dans les échanges avec toutes les populations.

«Pourtant, différents sondages internationaux montrent que le Canada n’a jamais vraiment perdu la cote à l’étranger. »

Ben voilà, à part chez les disciples de Naomi Klein, les bien-pensant de Radio-Canada et les intégristes musulmans les années Harper n’ont pas vraiment nuit au Canada, bien au contraire.

Faudra voir si ça reste vrais dans 4 ans, au-delà de l’image ça va prendre plus que des séances de chorégraphie symbolique pour que le Canada ne se retrouve pas en plus mauvais état à ce moment.

C’est mal parti, taxer les riches ça fait peut-être gagner des votes mais ça ne fait pas des enfants forts économiquement parlant… Si le chômage grimpe à 9 ou 10% Trudeau pourra bien faire tous les «selfies» qu’il veut il sera cuit.

En lumière de l’actualité récente j’ajouterais que retraiter militairement (pour des raisons idéologiques) de la lutte contre l’EI n’apparaît pas comme la plus éclairée des décisions.

Comme je disais: Mal parti le Justin, s’il continue comme ça il sera cuit avant la fin de son mandat!

Pendant ce temps le ti-peuple va accueillir 25,000 Syriens dont on va vérifier la sécurité ici!
En janvier, je vous prédis que Trudeau va être aussi impopulaire que Harper. Au Québec en tout cas