Présidentielle française : Avantage Macron

Le match revanche Macron/Le Pen de 2022 s’annonce plus serré que celui d’il y a cinq ans. Le président sortant devra maintenir le momentum s’il souhaite devenir le premier président réélu en 20 ans. 

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La longue campagne pour l’Élysée tire à sa fin avec le scrutin du second tour de l’élection présidentielle française. L’affrontement de dimanche est un match revanche entre Emmanuel Macron et la cheffe du Rassemblement national (l’ancien Front national) Marine Le Pen. Mais le duel de 2022 se présente pas mal plus serré que celui de 2017, alors que Macron avait facilement remporté le second tour avec près des deux tiers des voix.

Les chiffres publiés par les sondeurs en France montrent tout de même qu’Emmanuel Macron demeure le grand favori. La dernière enquête d’opinion publique de la maison de sondages Ipsos donne 56,5 % d’appuis à Macron auprès des électeurs décidés (et qui ne voteront pas « blanc »), contre 43,5 % pour Le Pen. Il y a deux semaines, juste avant l’élection du premier tour, cette même firme mesurait un écart considérablement plus étroit de 53 %-47 % en faveur de M. Macron.

Ipsos n’est pas le seul institut à avoir perçu un tel mouvement de l’opinion publique en France dans les dernières semaines. Le 8 avril dernier, juste avant le scrutin de premier tour, le sondeur Elabe mesurait même une égalité statistique entre les deux finalistes, avec des appuis de 51 %-49 % en faveur du président sortant. La dernière étude d’Elabe, publiée mercredi, indique elle aussi que Macron semble avoir creusé l’écart avec sa rivale : 54,5 % Macron, 45,5 % Le Pen.

En fait, la moyenne pondérée des sondages depuis le premier tour montre que le momentum est du côté de Macron.


Selon le modèle Qc125, Macron serait donc largement favori pour remporter le duel et être le premier président français à être réélu depuis Jacques Chirac en 2002. Ce constat est-il téméraire ? Se pourrait-il que Marine Le Pen cause la surprise ? Rien n’est impossible en politique, mais, à moins d’un revirement colossal et historique dans les trois derniers jours de la campagne, c’est fort peu probable.

Pour les lecteurs et lectrices qui se demandent comment le modèle Qc125 peut être adapté pour les élections présidentielles françaises, sachez que le président français est élu par scrutin populaire. Il s’agit donc d’une élection beaucoup plus facile à modéliser que celles conduites par le mode parlementaire du Québec à 125 circonscriptions. En France, les différences régionales importent peu pour l’élection à la présidence, car ce n’est que le suffrage universel qui décide du vainqueur. Et comme les sondages sont nombreux et puisent leurs données d’une grande population (soit l’électorat entier de la France, et non de quelques circonscriptions-clés), les probabilités d’une erreur généralisée des sondages d’une telle ampleur — une erreur telle où Le Pen sortirait victorieuse du deuxième tour — sont particulièrement faibles.

Évidemment, il ne faut jamais être trop confiant dans l’industrie des sondages, car les êtres humains sont des créatures parfois imprévisibles. Toutefois, il est important de souligner que les sondeurs français ont été extrêmement précis au cours des dernières années (et presque parfaits en 2017).

D’ailleurs, en observant la liste des enquêtes de cette course présidentielle, nous remarquons que les chiffres ne fluctuent pas autant que dans les sondages au Canada et aux États-Unis. Les données françaises montrent beaucoup plus de stabilité, car les sondeurs français redressent les données brutes des sondages en fonction du vote déclaré à l’élection précédente : si par exemple, les résultats à cette question ne reflètent pas celui de l’élection, c’est qu’il y a peut-être un problème d’échantillonnage. Une validation qui tend à réduire considérablement les fluctuations. Cette pratique n’est pas commune au Canada.

Par exemple : dans les 15 sondages rendus publics au cours de la dernière semaine, les chiffres de Macron se trouvent tous à l’intérieur d’une fourchette étroite de 53 % à 57 %, dont la moyenne pondérée se trouve à 56 %. (En guise de comparaison, lors de la dernière campagne fédérale au Canada, les sondeurs ont mesuré des appuis aussi élevés que 24 % et aussi bas que 16 % pour le NDP — qui a finalement obtenu 17,8 % des suffrages).

Si la complaisance n’est pas au rendez-vous parmi les électeurs d’Emmanuel Macron et que son équipe parvient à faire sortir le vote efficacement (en plus de coaliser une fraction importante des électeurs voulant bloquer l’extrême droite), ce dernier devrait s’assurer de la présidence de la république pour un autre quinquennat.

Les résultats seront connus dimanche soir prochain, le 24 avril. Nous verrons alors si les sondages français sont toujours premiers de classe dans leur domaine.