Présidentielle : la France qui bougonne

Les Français ne sont pas de bonne humeur. Pouvoir d’achat, retraites, filet social, climat, immigration, tout est sujet de grogne et d’inquiétude pour l’avenir de la patrie. Les candidats à la présidence ne peuvent en faire abstraction. 

Manifestation contre la candidature du polémiste Éric Zemmour à la présidence française, à Paris, en décembre 2021. Photo : Michel Spingler / La Presse Canadienne

La France est inquiète. Les trois quarts des Français estiment qu’elle décline économiquement. Ils s’interrogent sur la solidité de son modèle social alors que certaines régions manquent de médecins. Ils se méfient des immigrés, dont ils jugent qu’ils menacent l’identité du pays. Cela rend les Français frondeurs, angoissés. Le mouvement des gilets jaunes, déclenché à la fin de 2018 par une simple augmentation des prix de l’essence, a donné le ton. Les manifestations presque chaque samedi, le blocage de routes, la casse ont révélé la précarité dans laquelle vivait la tranche la plus défavorisée de la population et comment celle-ci pouvait exprimer une colère soudaine propre à ébranler le pays. La pandémie a mis un terme aux manifs, mais pas à la grogne.

Les Français « font l’expérience de la vulnérabilité », écrit Brice Teinturier, directeur de la maison de sondage Ipsos France, en présentation de l’enquête annuelle de l’institut pour le compte du quotidien Le Monde. Et face à cela se manifeste chez eux « une demande de protection » aux responsables politiques. Ils estiment que le pays « doit davantage se protéger du monde plutôt que s’ouvrir » et réclament « plus de solidarité envers les gens qui en ont besoin ». Selon Teinturier, il ne faut pas se surprendre de voir les Français redécouvrir l’utilité d’avoir des responsables qui prennent des décisions. 

Le climat politique est donc complètement différent de celui dans lequel la campagne présidentielle de 2017 s’est déroulée, estime Brice Teinturier. À cette époque, la classe politique était largement discréditée à la suite de scandales financiers et était composée de partis, de gauche comme de droite, perçus comme incapables de répondre aux attentes économiques et sociales des électeurs. Il y avait dans l’air une réelle défiance envers les formations traditionnelles. Les Français voulaient faire place nette. Cette fronde a porté un quasi-inconnu, Emmanuel Macron, au pouvoir.

Pourra-t-il répéter l’exercice en avril ? Une élection est rarement jouée d’avance, mais le président est donné favori dans les sondages, et cela, pour deux raisons. D’abord, la « demande de protection » des Français le favorise, lui qui a été très présent sur ce plan, particulièrement dans la lutte contre le coronavirus. 

Ensuite, le nombre de candidats sérieux à l’élection présidentielle est très élevé — une douzaine — et fragmente le vote de l’opposition. Ce morcellement devrait permettre au président de se retrouver au second tour, mais face à qui ? C’est, actuellement, la grande inconnue de cette campagne.

Celle-ci connaît une nouvelle dynamique avec l’arrivée en piste d’un candidat sans parti qui récolte la faveur d’un Français sur six : Éric Zemmour. Chroniqueur et auteur, il verse depuis 20 ans dans la polémique en critiquant la gauche, le politiquement correct, le renoncement des élites de droite à défendre la famille et le mariage, à lutter contre l’insécurité et à contrer l’immigration, surtout en provenance du monde arabe. Deux fois condamné pour incitation à la haine raciale, Éric Zemmour carbure à la provocation. Il ne cesse de prédire une guerre civile si les flux migratoires ne sont pas freinés. Ses outrances contre l’islam, les musulmans, l’immigration, les élites et les journalistes lui attirent un électorat antisystème au profil semblable à celui de Donald Trump, à qui il est fier d’être comparé.

Éric Zemmour veut bâtir une France en sécurité et à l’identité bien ancrée. Il faut le dire, le polémiste est un révélateur des angoisses qui tourmentent la société française depuis des décennies. L’immigration et l’insécurité sont des thèmes récurrents au sein de la nation et ont permis à l’extrême droite une lente mais solide progression dans l’électorat. Ainsi, Jean-Marie Le Pen, du Front national, avait récolté 14 % des appuis à l’élection présidentielle de 1988, et sa fille Marine, du Rassemblement national, les a vus passer à 33 % en 2017.

Devant ces résultats, les autres formations ont depuis quelques années récupéré une partie des fonds de commerce lepéniste et zemmourien. Le grand parti libéral-conservateur, Les Républicains, avec sa candidate Valérie Pécresse (une proche collaboratrice de l’ancien président Jacques Chirac), a durci son discours sur ces thèmes et présente sa formation comme le rempart contre l’immigration massive. Même le candidat de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon, préconise une immigration resserrée.

En même temps, si les thèmes de l’immigration et de l’insécurité font recette lors de débats publics, il n’est pas certain qu’ils mobilisent à ce point les électeurs. Ainsi, selon un sondage Elabe réalisé pour la chaîne BFMTV fin novembre, l’immigration arrive quatrième sur la liste des préoccupations des électeurs (après le pouvoir d’achat, la santé et la sécurité), talonnée par beaucoup d’autres sujets qui compteront lors du scrutin d’avril. 

Les électeurs sont en effet préoccupés par des thèmes à forte teneur économique : pouvoir d’achat, retraites, emploi, environnement et inégalités. C’est donc sur l’économie qu’ils vont juger de la performance du président. Et dans ce domaine, Emmanuel Macron s’en tire assez bien.

Dans son étude annuelle sur la fiscalité, l’Institut des politiques publiques a récemment mesuré l’effet des mesures économiques du gouvernement sur les ménages depuis l’élection du président en 2017. Si 5 % des ménages les plus modestes ont perdu du pouvoir d’achat, presque tous les Français ont vu leur niveau de vie augmenter de 1,6 % par an.

Par ailleurs, les effets paralysants de la pandémie ont été surmontés. Le taux de croissance pour 2021 est le plus important enregistré au cours des 50 dernières années, tandis que le taux de chômage est à son plus bas en 15 ans, à 7,6 %. Et, surprise, la France crée des emplois, alors que sous ses anciens présidents elle créait surtout des chômeurs. La popularité de Macron profite déjà de cette embellie. 

Mais cette reprise économique ne cache-t-elle pas un côté sombre ? Si l’on en croit leurs commentaires dans les médias, certains économistes le pensent. Ils montrent du doigt l’augmentation des déficits publics, un mal français depuis 1973, dernière année où les finances de l’État étaient équilibrées. Cette situation a été exacerbée par l’injection massive d’argent durant la pandémie pour soutenir l’économie et le revenu de millions de Français qui se sont soudainement retrouvés privés de leur emploi, notamment dans les secteurs du tourisme et de la restauration. 

Selon Pierre-Antoine Delhommais, économiste et éditorialiste à l’hebdomadaire Le Point, la COVID-19, a « fait perdre à nos dirigeants politiques non pas le goût et l’odorat, mais le sens des réalités économiques ». Il estime que les déficits ont atteint des niveaux totalement déraisonnables et intenables. D’après l’Institut national de la statistique et des études économiques, les finances publiques de la France explosent. Le déficit public s’est élevé à 9,2 % du PIB en 2020, soit son plus haut niveau depuis 1949. Il faudra bien s’en occuper. Or, en cette période où les Français se sentent vulnérables, aucun parti ne tient un discours de rigueur budgétaire et fiscale.

Dans La France sous nos yeux, un ouvrage publié en octobre dernier, le politologue Jérôme Fourquet et le journaliste Jean-Laurent Cassely décrivent un pays transformé par 40 années de bouleversements économiques, démographiques et sociaux. Ils dressent le portrait d’une population individualiste, éclatée, méfiante envers les grands projets. « Pour les politiques, écrivent-ils, il est difficile de parler à une France si décomposée. » Ce qui explique sans doute pourquoi l’électorat est si volatil et imprévisible. Il a privé d’un second mandat les présidents Nicolas Sarkozy (2007-2012) et François Hollande (2012-2017). Le scrutin d’avril pourrait bien réserver quelques surprises.

Les commentaires sont fermés.

Les possibilités que Macron soit réélu sont assez fortes. Le grand nombre de candidats fait en sorte de diviser le vote à droite et à gauche. Sans une unification de la droite ¨Zemmour – LePen – Philippot¨, Macron l’emportera encore au deuxième tour pour un autre quinquennat d’immigration excessive et une économie chancelante. J’aimerais bien voir Macron devant un Zemmour en débat entre les deux tours. Ça serait très différent de LePen – Macron en 2017.

Un ajout important occulté au Québec. … la nouvelle coqueluche québécoise de l’extrême droite française, Mathieu Bock Côté, établi temporairement en France (jusqu’aux élections peut-être?) qui affiche un même discours radical décomplexé à la Éric Zemmour et Marion Maréchal Le Pen, tout en l’exportant ici au Québec via ses nombreuses tribunes.. Le Québec n’échappe pas à cette mouvance de l’extrême droite comme on a pu la voir à l’oeuvre dans le convoi des truckers. La vigilance s’impose!

Il ne faut surtout jamais oublier de dire qu’Éric Zemmour a déjà été accusé de haine raciale n’est-ce pas? Sinon on pourrait croire que c’est une bonne personne.

Monsieur ou madame le modérateur-trice; qu’y a-t-il encore avec mon texte ? Montrez moi où est-ce que je dérive de votre ¨nétiquette¨. Dites moi où est-ce que j’insulte, que j’injurie, que je répand des ¨fake news¨ des appels à la haine, du sexisme, racisme, appels au renversement des gouvernements , etc ?
Comme vous possédez mon courriel, vous pouvez me répondre sans passer par cette chronique.
Je joins quand même le texte que j’avais soumis le 23 février, c’est vous qui détenez le gros bout du bâton, et je comprendrai ce que cela veut dire si je ne suis pas édité.
Bonne journée.

@ Hélène Beaulieu : Ce que j’aime de la ¨gauche¨, c’est que tous ceux qui ne pensent pas comme elle sont ¨des extrémistes de droite¨. Minable. Parce que M. B. Côté défend bec et ongles le peuple québécois pour éviter sa disparition à court terme de la surface de la terre sous un flot d’immigration excessif sous la férule d’un gouvernement fédéral décomplexé et post-national pro-woke, il devient l’ennemi à abattre. Il en faudrait des dizaines comme lui pour réveiller le peuple québécois hypnotisé par la vague anglicisante qui déferle sur le monde et surtout chez nous. Combien sont prêt(e)s à vendre leur âme pour paraître ¨ in, cool, hot, ¨ en parlant le ¨franglais¨; on retourne 60 ans en arrière quand on parlait ¨joual¨ et qu’on transportait des ¨chôguiérées¨ d’eau. Ne jamais ¨give-up¨, jamais ¨give-up¨! sic (les influenceur sur Westjet).
Quant au convoi des ¨camionneurs¨ à Ottawa, la raison primaire était légitime, soit l’abolition du ¨passe-port vaccinal trans frontalier¨. La dérive est venu rapidement par les groupuscules Antifa, Woke, Anar, Black Block etc, et les Bernard ¨Rambo¨ qui ne se cachent même plus de vouloir se débarrasser des gouvernements, pas seulement de Legault, tous les gouvernements. Ce sont des embaumeurs de la démocratie. La droite, ce n’est pas ça. Je me considère de la droite, mais quand des bonnes idées viennent de la gauche, je les fais miennes; en faites-vous autant ou bien si ¨la droite¨ ne peut être que le mal incarné ?
@ Ginette Bisaillon : Il ne faut pas penser que tous les juges ont de la ¨jugeote¨. Le juge en chef de la cour suprême du Canada (nommé par Trudeau) veut imposer que les juges québécois soient bilingues… ici au Québec Trouvez-vous ça sensé ?