Preston Manning : l’importance de l’éthique en politique

Les conservateurs (le terme étant pris ici dans son sens large) étaient réunis à Ottawa en fin de semaine pour la conférence annuelle de réseautage et de réflexion du Manning Centre for Building Democracy. Universitaires, partisans et ministres fédéraux étaient au rendez-vous. Même Stephen Harper y a fait un saut. Doyen de la droite et parrain de l’événement, Preston Manning a profité de son discours pour soulever un sujet délicat : l’éthique en politique.

Prenant prétexte, entre autres, de la controverse actuelle autour des appels frauduleux, il a rappelé le peu de respect dont jouissent les politiciens. Or, ce n’est pas tant leurs politiques que les gens méprisent que leur apparent manque d’éthique, a-t-il souligné.

Dans la tête du public, ce jugement est renforcé chaque fois que le geste peu éthique d’un politicien fait les manchettes, comme dans le cas du scandale des commandites ou cette affaire plus récente d’appels robotisés, pour ne citer que deux exemples. Toute stratégie, tactique ou technologie utilisée à dessein pour mentir et tromper l’électeur est déplorable sur le plan éthique et dommageable pour le processus démocratique et la confiance du public envers tous les partis et politiciens.

Une surveillance plus étroite exercée par les fonctionnaires électoraux et les directeurs de campagne pourrait répondre en partie au problème, dit-il, mais il faudrait faire davantage et trouver une façon de prévenir ces écarts.

Selon lui, cela passe par une meilleure formation des bénévoles, candidats, directeurs de campagne «à l’éthique politique et à l’utilisation éthique des nouvelles technologies, des appels automatisés aux médias sociaux». Il note que l’éthique fait partie du curriculum des écoles d’administration et de journalisme. À son avis, il est temps que les écoles de sciences politiques et les cours de formation pour le personnel politique fassent de même et que les organisations politiques se dotent d’équipes chargées de prévenir les abus et accrocs à l’éthique.

La formation est d’ailleurs, selon M. Manning, un des défis auxquels fait face le mouvement conservateur. À son avis, bénévoles, employés, directeurs de campagne, candidats et élus ont besoin de davantage de formation et de connaissances pour faire leur travail. Quiconque occupe un emploi en a besoin. En politique, par contre, on s’attend à ce que les gens apprennent sur le tas. «Mais à l’ère des demandes immédiates et des communications instantanées, cet apprentissage sur le tas ne suffit plus.»

Mais il souligne que rien ne peut remplacer l’intégrité personnelle.

Les codes d’éthique, les commissaires à l’éthique, les chiens de garde politiques et réglementaires, la Loi sur la responsabilité ont tous leur place dans cette entreprise destinée à élever le sens éthique des gouvernements, des partis politiques et des politiciens. Mais si le but est une politique éthique et libre de corruption, il ne pourra y avoir de substitut à une solide intégrité personnelle de la part de toutes les personnes impliquées.

Il a conclu avec un message direct aux tenants de la droite (right). «Pour les conservateurs, avoir raison (being right) doit signifier davantage qu’adhérer aux politiques de centre-droit. Cela doit aussi signifier faire la chose juste (doing the right thing).»

Rien ne dit si M. Manning aura plus de succès avec cette proposition qu’il n’en a eu avec celle invitant les gouvernements et les entreprises à internaliser les coûts environnementaux et ainsi assurer une meilleure «conservation» de l’environnement.

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