Prière de faire gaffe

De Trois-Rivières à Saguenay, la question de la prière aux réunions du conseil municipal provoque bien des remous au Québec. Qu’en est-il chez nos voisins ? Petit tour d’horizon des pratiques religieuses au sein des assemblées législatives.

Parlement de Québec
La prière, instaurée en 1922, a été remplacée 50 ans plus tard par un moment de recueillement. Chaque député est libre de prêter serment sur le livre sacré de son choix (Bible, Coran, etc.) ou sur l’honneur. Le crucifix reste la dernière trace apparente de religion. Duplessis l’avait fait installer dans le Salon bleu au cours des années 1930 pour conforter l’idée d’une société chrétienne. La croix est encore en place, comme symbole historique et patrimonial.

Parlement de Toronto
Au lieu de bannir le « Notre Père » de Queen’s Park, le gouvernement de l’Ontario a préféré ajouter un deuxième rituel, soulignant les diversités religieuse et culturelle de la province. Ainsi, en juin, une prière autochtone a été lue. C’était la première d’une série de prières témoignant de la foi autochtone, bouddhiste, hindoue, musulmane, juive, baha’ie et sikhe.

Parlement d’Ottawa
Tous les matins, avant le début des travaux aux Communes, le président de la Chambre lit une prière universelle dans les deux langues officielles. Elle est suivie d’un moment de recueillement. Ce n’est qu’après que les portes sont ouvertes au public et à la presse.

Congrès américain
Contrairement aux idées reçues, le principe du « mur de séparation » entre l’État et l’Église est très net. La Cour suprême a interdit la prière au Congrès. Et la loi sur le « moment de silence », moment de réflexion qui suppléait à la prière, a été supprimée à son tour. Raison invoquée : l’intention du législateur était de créer un moment pour que les chrétiens puissent faire une prière collective. Porteuse de valeur religieuse, cette loi était donc invalide.

Assemblée nationale française
Les prières dans les institutions publiques sont inexistantes et assez mal vues dans cet État républicain laïque. Mais cette fervente laïcité française connaît des ratés, comme le financement à 80 % des lieux de culte et du personnel religieux par l’État (contre 55 % au Québec) ou le dimanche, jour du Seigneur, jalousement laissé férié.

Parlement allemand
On ne récite pas de prières au Bundestag, mais le confessionnalisme est très marqué dans certains länder allemands. Dans les années 1990, un crucifix accroché au mur d’un hôtel de ville de Bavière, région très catholique, a attiré l’attention. On a enregistré de nombreuses plaintes pour atteinte à la liberté religieuse, et le dossier est allé jusqu’en Cour suprême. Celle-ci a invalidé les jugements précédents et décidé qu’il fallait enlever le crucifix. L’affaire a provoqué la controverse dans l’opinion publique.

Sources : Solange Lefebvre, titulaire de la chaire Religion, culture et société, et Jean-François Gaudreault-Desbiens, juriste, Université de Montréal.