Prisons fédérales : une bombe à retardement

La population carcérale dans les prisons canadiennes a atteint un sommet historique. De plus en plus de détenus partagent des cellules conçues pour une personne. La tension monte et le risque de violence aussi. C’est du moins le constat qu’a fait en fin de semaine l’enquêteur correctionnel Howard Sapers, l’ombudsman des détenus fédéraux, alors qu’il participait à un symposium sur la surpopulation carcérale.

Armé des dernières statistiques sur le sujet, il a révélé qu’en date du 31 juillet, 15 097 détenus purgeaient une peine dans une prison fédérale. Un record. En fait, 1000 nouveaux détenus sont entrés dans le système depuis deux ans alors que les effets de la loi omnibus sur la criminalité commencent à peine à se faire sentir. La surpopulation est déjà une réalité dans plusieurs institutions, en particulier dans les Prairies où les autochtones sont surreprésentés parmi les nouveaux détenus.

M. Sapers a confié à la CBC que cette situation entraînait un climat de tension et une augmentation de la violence. Le plus triste est qu’il dénonce cette situation depuis déjà quelques années. Sans succès, le gouvernement préférant faire la sourde oreille.

Le printemps dernier, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, a même annoncé la fermeture de deux prisons jugées désuètes, celles de Kingston et de Laval. Le hic est qu’il ne pouvait dire où seraient relogés les quelque 1000 détenus affectés.

Comme durant la dernière campagne électorale et chaque fois qu’on accusait les conservateurs de paver la voie à la construction de nouvelles institutions, il a répété qu’il n’est pas nécessaire de construire de nouvelles prisons. On trouvera une place à ces détenus, d’autant plus que le gouvernement a prévu des fonds pour l’ajout de 2700 unités, disait-il.

Sauf qu’il faudra plusieurs années pour les compléter alors que les deux institutions doivent fermer leurs portes d’ici le printemps 2014. On peut donc prévoir que l’occupation double de cellules va augmenter. Une situation qui inquiète le personnel pénitentiaire.

Mais pas le ministre Toews. En juillet, il a déclaré au Globe and Mail que l’occupation double n’était pas un problème, que la politique actuelle serait maintenue, que les 2700 cellules supplémentaires ne visaient pas à réduire l’incidence de cette pratique puisqu’il n’en voyait pas le besoin.

Il faisait fi du fait que plusieurs détenus partagent des cellules conçues pour une personne, que certains dorment dans des gymnases, des salles originalement prévues pour des entrevues ou les visites. En fait, le taux d’occupation double dans les prisons fédérales a triplé entre 2004 et 2012, passant de 6,1 % à 17,4 % en avril dernier. Selon M. Sapers, environ 300 autres détenus se sont ajoutés au lot depuis, ce qui fait que le taux atteignait 18,5 % à la fin juillet.

En novembre 2010, je faisais état dans le Devoir du «cocktail explosif » en préparation dans les prisons canadiennes et ce, malgré les avertissements répétés – déjà – de Howard Sapers. Il craignait les effets des multiples projets de loi prévoyant des peines minimales ou plus lourdes ainsi que de celle interdisant de compter en double le temps passé en détention préventive.

À l’automne 2010, le commissaire de Service correctionnel Canada (SCC), Don Head, avait dit devant un comité parlementaire qu’avant toutes ces mesures, son service prévoyait que la population carcérale atteindrait 14 856 délinquants à la fin de 2014. Il calculait que l’adoption des projets de loi alors à l’étude allait entraîner une hausse plus importante. Il s’attendait à accueillir 3828 détenus de plus que prévu, pour un total de 18 684 d’ici au 31 mars 2014.

On n’en est pas encore là. Mais hausse il y a eu. Et la fermeture des prisons de Kingston et de Laval n’arrangera en rien le problème de surpopulation et des effets délétères qui en découlent.

«Le climat actuel dans les établissements du SCC est lourd, tendu et stressant. C’est un climat qui nuit aux efforts de réadaptation […] et qui teste la capacité des responsables à offrir un système qui est juste, sécuritaire et humain», déclarait Howard Sapers au moment de rendre public son rapport annuel… 2009-2010. «Nous avons vu davantage de délinquants dirigés vers les pénitenciers fédéraux et, pour la plupart, y rester plus longtemps», poursuivait-il.

Le portrait qu’il dressait était éloquent et inquiétant: surpopulation, infrastructures désuètes, de plus en plus de détenus aux prises avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de violence, présence accrue de membres de gangs.

Dans son rapport, il relevait que la «sécurité active», où gardiens et détenus sont en contacts réguliers, faisait déjà place à des mesures passives de surveillance, comme les barrières électroniques et la télésurveillance. Le recours à la force était en hausse, avec l’usage de poivre de Cayenne et d’agents chimiques. On faisait davantage appel aux équipes pénitentiaires d’intervention d’urgence et on montrait et braquait plus fréquemment les armes à feu.

Dans ce contexte, disait-il,

les pénitenciers canadiens n’arrivent pas à offrir des programmes en temps opportun aux détenus, à préparer la majorité d’entre eux à une libération sécuritaire et à point nommé. […] Pourtant, nous avons tous intérêt à ce que les services correctionnels les traitent de façon équitable, car la vaste majorité retournera vivre en société. Quand ils reçoivent des services adéquats et des traitements de réadaptation, nous en bénéficions tous.

Une évidence que les conservateurs refusent de reconnaître.

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La surpopulation carcérale n’est pas un problème spécifiquement canadien. À titre de comparaison un pays comme la France dont la population est seulement le double de celle du Canada, a vu le nombre de ses détenus passer à plus de 65000 pour une capacité d’accueil de 57000 places.

Cela fait belle lurette que l’occupation double et même triple est la norme dans nombre d’établissements pénitentiaires. Beaucoup de prisons sont vétustes, le taux de surpopulation dans certains établissement dépasse les 200% et l’espace disponible par détenus oscille entre 2,4m² et 4 m².

Pourtant cela fait des années que ce pays dépense beaucoup d’argent pour la réhabilitation et on a multiplié les peines de prison à purger à la maison, ce qui aurait dû désengorger le système.

Le problème ne se situe pas tant au niveau de la surpopulation, il se situe au niveau de l’inflation carcérale ; ce qui veut dire que le pourcentage des détenus augmente plus vite que l’accroissement du nombre des habitants.

Ici au Canada, c’est surtout depuis que les Conservateurs sont au pouvoir; à ce phénomène inflationniste auquel on assiste. Ce sont surtout à ce type de causes qu’il conviendrait de s’attaquer, qu’il conviendrait de solutionner.

Construire de nouvelles prisons n’apporte absolument aucune solution à la problématique. Et pour aussi paradoxal que ce soit ce n’est pas le fait qu’il y ait deux détenus par cellules qui pose le plus de problèmes, c’est surtout que les prisons sont considérées comme des lieux de vie parmi tant d’autres et même un passage obligé pour graduer dans l’école du crime. Si on regarde un peu la chose en amont, on pourrait dire que c’est le système judiciaire lui-même qui contribue à alimenter cette douloureuse situation.

Vous n’êtes pas contente? Votre idéologie s’oppose à toute construction dans ce domaine.

pour moi cela n’est pas un problème, ils n’ont qu’à respecter la loi, en europe ils sont sur de la terre battue, tandis qu’ici ils ont des prisons qui laissent les personnes agés en desirs d,avoir ces même services. ils n’ont qu’eux à plaindre pour les actes qu’ils ont faits pour moi, ils devraient payer pour ce qu’ils ont faient en travaillant et non en profitant du système

Le sénateur Boisvenu a été clair et il ne croît en rien aux services de réhabilitation des détenus. De toutes façons il désire que ceux-ci se pendent. Je ne dis pas qu’ils sont tous réhabilitables mais la majorité le sont et ils devront bien sortir un jour sinon ça va déborder. moi je crois sincèrement qu’il est possible de réhabiliter, encadrer et accompagner les détenus à trouver un emploi et à fonctionner adéquatement, je le fais dans mon travail quotidiennement. Harper est un premier ministre qui nous fait tous beaucoup de tort à plusieurs niveaux notamment en faisant plaisir aux rednecks de l’ouest. C’est désolant et les libéraux ne sont organisés pour le battre, ni le NPD qui ne passe pas en Ontario. Vive le Québec libre.

Vous penez que c’est votre père qui finira dans un pénitencier ? Non, votre père finira dans un endroit ou les services sont limités faute d’argent. Et la, il faudrait se préoccuper de détenu qui sont 2 par cellule.

Tant qu’a moi il pourrait être 3 ! Ca nous donne un lousse. Un pénitencier c’est pour des crimes avec des sentences d’au moins 2 ans de détention. Pour faire ca, au Québec, t’as surement fait du mal a du monde pendant une dizaine d’année ou fait qqch de tres grave.

Il y a d’autres priorités !

Belle démagogie qui transpire votre haine pour notre Premier Ministre et des conservateurs.

Garder certains criminels en prison plus longtemps, pour certains type de crimes graves faut-il le rappeler, assure que l’on ne reverra pas ces mêmes criminels de sitôt devant les tribunaux parce qu’ils ont récidivé ce qui fait économiser des coûts au système de justice.

Il est totalement futile de croire que tout les criminels sont réhabilitables et peuvent sortir à l’air libre sans que la sécurité du public ne soit mis en danger.