Progrès et dangers: l’intelligence artificielle

Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle? Choix de réponses: oui, non, pas tout de suite. J’en discute à Planète Terre avec un de ses artisans québécois, Yoshua Bengio, professeur au Département d’informatique et de recherche opérationnelle.

Une explication intelligente de l'intelligence artificielle

 

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10 commentaires
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Excellente entrevue. Comme la technologie ne cesse d’avancer, je suis persuadé que si nous revoyions cette entrevue dans dix ans on verrait à quel point les projections étaient erronées.

Des études qu’on fait aujourd’hui pourraient apporter des résultats que nous pourrions qualifier de révolutionnaires.

Je pense aux recherches portant les nanoparticules ou sur la supraconductivité. Ou encore le développement de nouveaux matériaux comme le graphène. Tous ces travaux et d’autres encore résulteront en un accroissement spectaculaire de la puissance des ordinateurs.

Alors, de plus en plus nous serons en contact quasi quotidiennement avec ce qu’aujourd’hui nous pourrions qualifier d’intelligence artificielle et que demain décrirons simplement comme des avancées technologiques.

Je crois que nous sommes aux portes d’avancées scientifiques aussi importantes qu’à l’époque où Einstein nous présenta la théorie de la relativité. J’en veux pour preuve que dernièrement au CERN on a réussi à piéger des atomes d’antihydrogène pendant 16 minutes, alors qu’avant on ne pouvait le faire que pour une durée de quelques fractions de secondes.

Après la physique relativiste, après la physique quantique, on nous prévoit, d’ici 10 ans, grâce aux travaux du CERN, une toute nouvelle physique qu’on ne connait pas encore mais qui devrait-être tout autant révolutionnaire.

Alors qu’en sera-t-il de l’intelligence artificielle ? Sans doute elle fera partie du quotidien de nos petits enfants mais peut-être aussi de nos enfants.

Donnons-nous rendez-vous dans 10 ans pour revoir cette même interview. Ce sera intéressant …

«Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies.»
[Oscar Wilde]

Le terme « intelligence artificielle » est un terme de marketing qui fait vendre bien des recherches! Pour vendre des appareils photos, on y a même intégré de la « fuzzy logic », personne ne sait exactement ce que ça veut dire, mais ça fait vendre…
L’intelligence artificielle, ça n’existe pas: il vaudrait mieux parler de « système hyper-réflexe à paramètres multidimensionnels », c’est moins vendeur!
Utiliser le terme d’Intelligence, pour des objets, pourrait avoir un effet pervers: à la longue, certains pourraient penser que les êtres humains ne sont que des machines complexes à l’intelligence pas très « naturelle », plutôt déterministe, quasiment artificielle! C’est la première étape vers la « déshumanisation » de l’être humain; et, la déshumanisation est un prérequis pour l’extermination des êtres humains…

M. Terrail,

Voyez-vous dans l’utilisation du terme intelligence artificielle un complot extraterrestre ou démoniaque pour détruire la race humaine ?

On pourrait se rappeler qu’au moment de l’apparition de la machine à vapeur et des machines plus rapides que le cheval certains on prédit la fin de l’humanité car il n’était pas naturel à l’homme de se déplacer à ces vitesses excessives !

«Il ne faut pas juger avec nos yeux instruits d’aujourd’hui mais avec nos yeux aveugles d’hier.»
[Maurice Druon]

Le terme intelligence artificielle est tout à fait correct. Il s’agit de programmes qui exécutent des tâches qui, jusqu’à récemment, était considérée comme requérant de l’intelligence. Par contre on peut s’opposer au terme « conscience artificielle », car là on ne sait même pas de quoi on parle,

Je pense que Bengio erre en déclarant que les machines seront conscientes. Pour l’instant, on en sait rien.

Elle pourront peut-être « simuler » la conscience, mais « simuler » la conscioence n’est pas être conscient.

Jean Émard

M. Drouin,

Je ne crois pas que les limitations de l’intelligence artificielle soient une question de rapidité de calculs. Il s’agit plutôt d’une incapacité à percevoir et modéliser le monde, à modéliser des connaissances, à modéliser des règles, à faire évoluer le tout dynamiquement, à pouvoir faire des analogies, des différences ou des prédictions.

En dépit de percées dans des domaines bien circonscrits, on ne fait à peu près pas de progrès sur ce qu’on pourrait appeler une véritable IA « générale ». On a fini par faire des programmes qui jouent aux échecs, et très bien. Mais ils ne sont pas conscients de ce qui se passe lors d’une partie, sauf dans le sens le plus réducteur du terme. Ils ne sont pas fondamentalement différents d’une calculatrice qui calcule le cosinus d’un angle. Ils ne sont pas conscients qu’ils jouent une partie, qu’ils ont un adversaire, ils ne proposeront jamais d’enjeu, ne rageront pas d’être maté, ne composeront jamais une épigramme sur une victoire éclatante etc.

M. Terrail,

Vous savez, pas besoin de faire entrer l’IA là-dedans. Il y a des tas de gens qui ont une explication totalement matérialiste du monde, intelligence naturelle comprise. Les athées croient que les humains sont des machines complexes (dire qu’ils ne sont QUE celà est un peu un jugement de valeur), ça ne veut pas dire qu’ils s’apprêtent à exterminer les humains.

« Je ne crois pas que les limitations de l’intelligence artificielle soient une question de rapidité de calculs. Il s’agit plutôt d’une incapacité à percevoir et modéliser le monde, à modéliser des connaissances, à modéliser des règles » Léon Blanc-Sec

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L’IA consiste aussi a construire des systèmes qui font « leur proprs modélisation ». Les systèmes experts des années 80, pour lesquels un humain prédigérait l’information et les règles n’ont jamais vraiment fonctionné et sont dépassés.

Les réseaux de neurones font leur propre modélisatio sans l’intervention d’un humain ou expert.

Jean Émard

« En dépit de percées dans des domaines bien circonscrits, on ne fait à peu près pas de progrès sur ce qu’on pourrait appeler une véritable IA “générale”. On a fini par faire des programmes qui jouent aux échecs, et très bien. »

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Les échecs version Deep Blue, montre plus la réussite de la croissance de la puissance de calcul que celle de d’intelligence artificielle.

Jean Émard

Je ne suis pas d’accord avec Yoshua Bengio sur l’implication de l’émotion avec le futur de l’intelligence artificielle. C’est même au coeur de son projet. Vouloir ajuster le niveau de jeux en tenant compte de notre état émotif. C’est à dire l’intelligence artificielle apprendra à lire nos émotions. C’est le premier pas à donner des émotions aux robots.

Nous avons le même mécanisme dans notre cerveau. Nous avons des neurones miroirs. Ces neurones s’activent de la même façon qu’on bouge le bras ou qu’on voit quelqu’un bouger le bras. Ceci afin de comprendre et prédire ce qui se passe. Mais pour nous adapter aux interactions sociales ces neurones s’activent aussi pour comprendre les émotions d’autrui. On appelle ça l’empathie!

Je crois qu’il s’agit d’un premier pas pour donner des émotions aux ordinateurs.

Mais ça pose des questions étiques. Des détecteur de mensonge par IA. Est-ce que l’ordinateur pourrait s’en servir contre nous? Pour nous vendre de la pub adapté à nos émotions. Changer nos émotions pour nous faire acheter plus? Des sondages super précis. Voire pourquoi pas de la manipulation émotive par assisté par ordinateurs?

Déjà on voit les ravages des top modèles sur les victimes de la mode, anorexiques et les dents blanches. Manipuler les religions encore davantage.

Sujet très rentable… Ce n’était pas imaginable à l’époque de Frankenstein mais c’est dérangeant.

C’est vrai qu’avec les émotions on est capable du pire, mais on est capable du meilleur aussi, ça n’a pas traversé la sélection naturelle pour rien.