Promesses sans fil

Comme en 2019, les néo-démocrates s’engagent à faire réduire les tarifs du sans-fil et d’Internet. Peuvent-ils réussir là où le gouvernement Trudeau a lamentablement échoué ?

Paul Chiasson / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

La campagne électorale de 2021 ressemble parfois tellement à celle de 2019 qu’on jurerait vivre un long flash-back nous ramenant à cette douce époque d’avant la pandémie. La sortie du chef du NPD Jagmeet Singh, mercredi, en faveur d’un plafonnement des frais d’Internet et de téléphonie cellulaire ne dissipe certainement pas cette impression.

Le NPD promet de « forcer les géants des télécommunications » à réduire les prix de tous leurs forfaits puis à les plafonner sous la moyenne mondiale. Il entend aussi les obliger à offrir des forfaits de données sans fil illimitées à un « tarif abordable », ce qu’il définit comme le tarif moyen observé dans les pays membres de l’OCDE. Jagmeet Singh dit que c’est faisable, puisque l’Australie y est arrivée. Il pense que les familles économiseraient ainsi 1 000 dollars par année. C’est exactement la même promesse que le parti avait formulée en 2019, comparaison avec l’Australie incluse. Seule différence : en 2019, le NPD pensait que cette mesure ferait économiser 250 dollars par famille.

Le NPD sent le Parti libéral vulnérable sur ce front. En 2019, les troupes de Justin Trudeau avaient promis de faire en sorte que le tarif moyen payé par les consommateurs diminue de 25 % en quatre ans, pour une économie annuelle de 1 000 dollars par famille. Mais contrairement au NPD qui entendait (et entend toujours) intervenir directement auprès des entreprises pour leur dicter leur tarification, le Parti libéral comptait utiliser les mécanismes du marché pour y parvenir.

En juillet dernier, le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique a publié un rapport d’étape dans lequel il clame « mission accomplie », du moins en partie, faisant valoir que les prix ont diminué de 9 % à 25 % (de 27 % à 33 % au Québec) pour les forfaits types évalués, soit ceux offrant entre deux et six gigaoctets (Go) de données.

Si cette affirmation est vraie, elle ne rend pas compte pour autant de la réalité sur le terrain. Comme l’explique John Lawford, directeur et avocat au Centre pour la défense de l’intérêt public, le gouvernement libéral commet l’erreur d’étudier le prix unitaire de 1 Go de données. Si ce prix diminue, il peut prétendre avoir rempli sa promesse. Le hic, explique John Lawford, c’est que la consommation des individus augmente sans cesse, de 40 % par année, selon lui. Du coup, malgré un prix unitaire en baisse, la facture mensuelle à payer par le consommateur continue de grimper.

John Lawford n’est pas le seul à le dire. L’an dernier, The Wire Report avait mis la main sur une note interne d’une fonctionnaire-analyste rédigée quelques jours après la réélection des libéraux et affirmant exactement la même chose. La diminution de 25 % du prix par gigaoctet « surviendra organiquement sans qu’une intervention supplémentaire du gouvernement soit nécessaire », était-il écrit. Mais comme les gens veulent de plus en plus de données, « il est peu probable que la réduction du prix par gigaoctet se traduise par l’économie de 1 000 dollars promise ».

Les libéraux avaient promis, pour réduire les prix, d’utiliser les mécanismes du marché, c’est-à-dire favoriser la concurrence. On voulait inviter les exploitants de réseaux mobiles virtuels (ERMV) à faire des affaires au Canada. Les ERMV sont des entreprises qui ne possèdent pas d’infrastructures (tours de transmission, fibre optique, etc.), mais qui offrent des services sans fil en achetant au prix du gros des droits de passage sur les réseaux des géants pancanadiens bien établis (Bell, Telus, Rogers). Le gouvernement a donné au CRTC la consigne de permettre la venue d’ERMV sur le marché canadien. Mais dans une décision d’avril dernier jugée décevante par les organismes de protection du consommateur, le CRTC a décrété que seules les entreprises possédant déjà des infrastructures de télécommunications dans une région du Canada pourraient jouer ce rôle d’ERMV ailleurs au pays. Dans les faits, cela a ouvert la porte à seulement une poignée de fournisseurs, dont Vidéotron, Eastlink et Xplornet.

John Lawford pense que les libéraux, devenus minoritaires et absorbés par la gestion de la pandémie, se sont totalement écrasés sur cet enjeu. Selon lui, le CRTC a démontré qu’il n’a pas l’intérêt des consommateurs à cœur. À son avis, les libéraux devraient donc sans gêne en modifier la composition à coups de nominations afin d’obtenir les changements promis.

Quant à la promesse néo-démocrate, il estime qu’elle n’est pas du tout irréaliste, puisque le CRTC possède déjà en théorie le pouvoir de réglementer les tarifs des entreprises à qui il accorde des licences. Mais dans les faits, nuance-t-il, les géants auront toujours le loisir de contester cette intervention en cessant d’investir dans leur réseau, de l’étendre ou d’offrir de nouveaux services. « À moins d’une volonté de fer, je ne pense pas que les tarifs diminueront au Canada. »

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Et dire qu’on a signé je ne sais combien de pétitions depuis ce rétropédalage du CRTC ami des grands lobbyistes..!
Les adultes savent toutefois depuis longtemps que les promesses électorales bégayent et finissent dans le trou noir du cynisme.
Et il nous faudra ENCORE mettre un X quelque part sur notre bulletin de vote ayant à l’esprit ce sujet et bien d’autres: misère, décourageant! Car nous aussi devrons nous résigner à bégayer nos espérances pour s’ajuster à ce contexte!

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Je paie $40.50 par mois pour 6 Gigaoctets avec appel et texto illimité en plus d’un téléphone gratuit pour ce plan de 2 ans.
Je paie donc $486 par année. Comment pourrais-je économiser $1000 comme le promet le NPD.
Avant de compter sur le gouvernement, chacun devrait magasiner son plan cellulaire. Plusieurs plans sont abordables.

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M. Caron,
Avec un tel succès dans votre recherche de forfait, vous devriez nous en faire bénéficier et nous indiquer votre fournisseur. Tous les gens qui se plaignent ne sont pas des paresseux qui « ne font pas leurs recherches»et qui vivent au crochet du gouvernement mais plutôt qu’ils ont plutôt moins bien réussi à arrimer leurs besoins et qui ont aussi eu la mauvaise idée de se comparer aux prix chargés internationalement. Faudrait aussi considérer qu’Internet inclut également notre consommation de télévision, pour ceux/celles que ça intéresse encore, et non seulement le forfait cellulaire. Donc nos besoins ne sont pas tous les mêmes et les forfaits « sans fil » cellulaire/tv/internet sous l’autorité du CTRC SONT hors normes, sinon svp donner votre recette.