Quand André Pratte concède la défaite libérale

Ce qui frappe dans le texte de Pratte publié dans La Presse, c’est que pour lui, l’adoption de ce qu’il appelle une «charte de la honte» est acquise.

Dans un texte d’anticipation publié le 19 janvier 2014, l’éditorialiste en chef de La Presse et leader de l’idée fédérale, André Pratte, concède d’avance la défaite du Parti libéral et de son chef aux prochaines élections québécoises.

L’éditorialiste à la plume bien aiguisée anticipe une décision de la Cour suprême, quelque part autour de 2020, qui déclarera inconstitutionnelle la Charte des valeurs québécoise.

On peut bien sûr mettre cette prévision en doute, l’avis des juristes étant fort partagé sur le caractère constitutionnel ou non du projet de Charte. Devant les avis du Barreau ou de la Commission des droits et libertés de la personne, on peut opposer les avis du constitutionnaliste et ancien ministre libéral Benoit Pelletier, de l’ex-juge à la Cour suprême Claire L’Heureux-Dubé, de celui qui a coordonné la rédaction de la Charte canadienne, Roger Tassé, ou encore du professeur de droit Guillaume Rousseau.

Mais ce qui frappe dans le texte de Pratte, c’est que pour lui, l’adoption de ce qu’il appelle une «charte de la honte» est acquise. Cela signifie que le chantre du fédéralisme, éditorialiste en chef d’un journal qui ne manque presque jamais d’appeler à l’élection du Parti libéral, a déjà concédé la défaite.

À ce stade, alors que le projet de Charte est débattu en commission parlementaire, et avant même que ne soient déclenchées les prochaines élections, ceux qui s’opposent au projet, comme M. Pratte, devraient normalement se battre pour empêcher son adoption. Et sauf d’imaginer que la CAQ s’y opposera, le seul moyen d’y arriver, c’est de renverser le gouvernement et de faire élire un gouvernement libéral.

Or, le désarroi des troupes libérales est palpable depuis la semaine dernière. La médiocrité du porte-parole libéral sur ce dossier, Marc Tanguay, fait mal. L’absence de Philippe Couillard a achevé de plonger les libéraux dans un profond désarroi. On les sent qui baissent les bras.

La colère gronde, même dans la page éditoriale de La Presse, où François Cardinal y a été d’un texte cinglant intitulé «Où est Philippe Couillard ?», relayé le lendemain par une chronique de Lysiane Gagnon au titre meurtrier : «Y a-t-il un chef au PLQ ?»

Ce n’est pas que les libéraux n’ont pas essayé de frapper fort en cette première de commission. Selon Le Devoir, ils ont en effet coulé le mémoire du Barreau, ce qui a fait la une de La Presse. Le journaliste de choc Denis Lessard a même réussi le tour du chapeau les 16, 17 et 18 janvier en accumulant trois «scoops» qui ont fait la une. Mais rien n’y fait.

Les libéraux ont terminé la semaine la mine basse, désemparés. Samedi, la chronique de Pierre Foglia avait des parfums d’anthologie. Il a d’abord mouché au passage son amie Françoise David, à qui il reproche de s’acharner sur le Parti québécois :

«Comprends bien que je ne te reproche pas ton opposition à la Charte — je te dois en partie d’être plus accommodant sur le voile —, je me demande seulement si c’est bien nécessaire de varger à ce point-là sur le PQ. Tu ne trouves pas que, là-dessus, les médias font déjà une super bonne job ?»

Mais l’essentiel n’est pas là. Partant d’une perspective opposée à celle de M. Pratte, il arrive en quelque sorte à une conclusion semblable :

«Les choses avancent d’elles-mêmes. Comme au théâtre, quand on en débat, c’est que la pièce est déjà jouée

Pour bien connaître la dynamique des partis politiques, des caucus de députés et de leurs sympathisants, je peux vous assurer que, comme pour les armées, le moral des troupes constitue une donnée fondamentale en politique, qu’on ne saurait sous-estimer.

Le moral des troupes libérales est en berne.

Mais attention : même si André Pratte concède la défaite, ses adversaires doivent se garder de tenir leur victoire pour acquise. Rien n’est joué et, comme dirait Jean Perron, il y a encore loin de la coupe aux lièvres.

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Évidemment que le morale des troupes à Couillard est très bas. En effet ils savent très bien ce qui leur pend au bout du nez. Je parle ici des travaux de l’UPAC et de la Commission Charbonneau.

De plus je ne suis pas certain qu’on aura des élections prochainement. Peut-être que si la première ministre s’y prend correctement la CAQ aura de bonnes raisons de ne pas renverser le présent gouvernement sur son budget. Je pense qu’il serait assez facile d’offrir quelques « bonbons » à M. Legault pour lui permettre d’améliorer un peu sa position électorale au détriment des Libéraux à Couillard.

Bref, je pense que tant le PQ que la CAQ ont intérêt à laisser les libéraux s’enliser. En plus les citoyens ne semblent pas pressés d’aller en élection maintenant.

«Vous pouvez tromper quelques personnes tout le temps. Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps. Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps.»
[Abraham Lincoln]

Cette charte qui restreint la liberté humaine me dégoûte

mais je n’ai aucun doute que pour des raisons électoralistes (pour retarder des élections) la CAQ puisse appuyer le PQ.

On est en train de parler de la même Pauline Marois qui a failli échappé le pouvoir devant un Jean Charest honnis par une bonne partie de la population? C’est de elle que l’on parle? C’est drôle, mais j’ai l’impression que 30 jours d’élection centrés sur les chefs et je ne gagerais pas sur le victoire du PQ.

La publication d’un nouveau sondage Léger ce matin vient ajouter un autre clou dans le cercueil des opposants à la charte. Avec un appui à près de 70% chez les francophones, l’interdiction de signes religieux ostentatoires pendant les heures de travail au sein de la fonction publique est en train de faire consensus, et ce, malgré les meilleurs efforts concertés de l’opposition libérale et d’une presse souvent partisane.

Reste à voir si l’opposition a compris le message fort contenu dans le sondage de ce matin. Pour François Legault en particulier la meilleure option reste le ralliement et une adoption rapide du projet de loi 60 afin de passer à autre chose.

Ah 70% des francophones sont pour l’interdiction des signes religieux obstemtatoires, donc tout est réglé! Les bases juridiques? Inutiles. Des études sur l’ampleur du problème justifiant de suspendre des droits et libertés? Pas besoin! On a le chiffre magique, 70% des francophones.! Pour paraphraser des propos célèbres, 70% de ce que nous sommes! La belle joute de la majorité contre les minorités, justement ce pourquoi des chartes des droits et libertés existent pour prévenir de telles situations. Aujourd’hui, le port de certains vêtement, demain quoi? Si demain matin, 70% des québécois francophones veulent limiter les droits syndicaux, est-ce qu’ont va applaudir? Non!

Mais qu’est-ce qu’une minorité? Chaque individu est l’ultime minorité, car il est fondamentalement distinct de son voisin. Je viens d’un milieu blanc francophone et les racines de mes ancêtres plongent à plus de 350 ans dans ce continent. Pourtant quand je lis certains commentaires de ce blogue, je me sens une minorité! Pourtant, si je marchais dans une rue du Saguenay, je me fonderais dans le paysage.

Pourquoi tout ce débat me fait peur? À l’image de la France, quand une société commence à jouer dans les droits fondamentaux, on prend une pente glissante : interdire les signes religieux dans les classes, après dans les rues et maintenant on se questionne sur la liberté d’expression.

je ne défend pas le porte de signe religieux ostentatoires, je défend la liberté, ma liberté actuelle et future. Certains aiment les citations alors en voilà une bonne :

Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il n’y avait plus personne
Pour protester.

Martin Niemoller–Dachau, 1942

Si certains trouvent l’analogie trop forte, transformer par « quand ils ont enlever les droits des communistes, etc. » et vous aurez mon état d’esprit.

« Pourquoi tout ce débat me fait peur? »

Ce n’est pas de la peur, c’est de la panique comme la petite droite qui se comportent comme des tapis.

La tradition de politique de peur contre les nationalistes, les souverainistes québécois étant une constante de la part des libéraux et des médias dominants comme Radio Canada aucune garantie n’existe quant à une réélection même minoritaire du PQ.

Dès que 33 à 36% de francophones votent libéral considérant le vote monolithique anglophone et immigrant en faveur du PLQ, les libéraux sont assurés au moins d’un gouvernement minoritaire. Rappelons nous la quasi victoire de l’ADQ en 2007 procurant un gouvernement minoritaire de survie à un J.Charest pourtant impopulaire. Bref, l’optimisme de S.Gobeil est prématuré même s’il fait référence à la nervosité d’éditorialistes de Gesca. Sans oublier que la maintenance d’un bloc de 8% en faveur de QS nuit chroniquement au PQ et procure également des chances supplémentaires pour au moins un gouvernement libéral minoritaire malgré l’incurie administrative des libéraux de Charest et P.Couillard lorsque ministre entre 7 et 9 ans. En 2014, nous vivons encore sous l’orbite malsaine du résultat référendaire de 1995 et ma foi (ironie ici) sur un plan socioculturel il y a cette tendance des Québécois à se déterminer plus catholiques que le pape! Les Québécois souffrent d’être la nation de culture catholique la plus imprégnée d’une humilité de tempérament qui prive d’un savoir être collectif.

Notre manque d’arrogance ou de sentiment électif culturel comme les communautés juives ou les Américains en font la démonstration risque d’être fatal au Québec, seul demi pays de nature francophone d’importance démographique en Amérique du Nord. Du pessimisme pour rééquilibrer la question d’un succès possible d’une revalorisation nationale au Québec. En stratégie, il faut voir le pire pour prévoir.

— Stéphane Gobeil écrit ceci : « Et sauf d’imaginer que la CAQ s’y opposera, le seul moyen d’y arriver, c’est de renverser le gouvernement et de faire élire un gouvernement libéral. »

Voici une phrase qui pourrait faire penser à de la naïveté si elle n’était écrite par un aussi bel esprit. Le peu de choses que j’ai appris de la chose politique, c’est que toute chose faite peut être défaite. Et qui dit que le PLQ veuille à n’importe quel prix ou à tout prix empêcher l’adoption de cette Charte ?

Ainsi ce projet de « Charte » pour autant qu’il soit finalement adopté dans son état, devra déjà supporter le test de l’application. Le texte de loi ne dit mot sur l’application et laisse par la suite toute l’amplitude au gouvernement de définir lui-même les modalités d’application. Laissons-donc au gouvernement tout le soin de se dépatouiller avec ses propres contradictions.

L’application de cette Charte sera tout sauf simple et facile. Évidemment, il n’est pas sans douter, prévisions pour prévisions, que divers procédures judiciaires, finiront irrévocablement pas suivre leur cours. Ce qui forcera le gouvernement soit se taire, soit ou conjointement à demeurer sur la défensive-offensive. D’où une sorte de bipolarité.

Pendant ce temps, les autres partis : CAQ et PLQ, sans oublier Québec Solidaire, auront tout leur temps pour fourbir leurs armes en vue d’une prochaine élection. Car c’est plus encore à l’usage qu’on s’apercevra que cette charte ne marche pas.

Ainsi, pourquoi partir en élection maintenant quand d’ici 12 ou 15 mois la table sera belle et bien mise pour réaliser les conditions gagnantes pour satisfaire à une alternance démocratique bien faite qui sera définitivement bénéfique pour tous.

— 12 mois en politiques c’est long pour un gouvernement qui n’a rien d’autre à offrir au citoyen ordinaire que de morigéner « ad nauseam » sous couvert de laïcité et d’égalité, les vertus de l’idéal national socialiste qui n’a aucune parenté avec le choix de l’indépendance ou bien de la prépondérance des valeurs québécoises au sein du Canada.

« Contenter le peuple et ménager les grands, voilà la maxime de ceux qui savent gouverner. » — Nicolas Machiavel.

Voilà que P. Couillard adopte comme plateforme politique la charte canadienne et québécoise pour la laïcité de l’État Québécois, Il avait déjà en matière constitutionnelle la plateforme du PLC. Il reste à l’intégration à l’économie canadienne mais là il se fait dépassé pas sa droite par le PQ avec un manifeste du beau et vert pétrole !