Quand la confiance envers son gouvernement dicte l’allure de la crise

Un facteur politique inattendu pourrait peser lourd dans la balance et même sauver des vies partout dans le monde : le niveau de confiance de la population envers ses dirigeants.

Au Québec, le récent sondage Léger-Le Devoir montre que la population est prête à suivre le gouvernement Legault, malgré les restrictions sévères imposées à la vie sociale. (Photo : Émilie Nadeau)

La génération de politiciens qui dirige les gouvernements de la planète n’a jamais eu à se mesurer à une bête de la taille et de la complexité d’une pandémie mondiale. Certains étaient au pouvoir lors de la crise financière de 2008-2009, mais l’ampleur actuelle est incomparable.

Depuis 80 ans, rien d’aussi effrayant et incertain n’a croisé le chemin des chefs d’État.

« Jamais notre pays n’a eu à affronter un tel défi de solidarité commune depuis la Seconde Guerre mondiale », a d’ailleurs souligné mercredi la chancelière allemande, Angela Merkel, lors de son premier discours à la nation depuis sa prise du pouvoir, en 2005.

Comment vont-ils s’en sortir ? Ce sera très variable. Les réactions des politiciens face à la crise ne sont pas les mêmes, certains pays sont plus riches que d’autres, les systèmes de santé ne sont pas tous au même niveau, les régimes politiques offrent chacun leurs propres outils, qu’on soit en démocratie ou en dictature…

Mais un facteur inattendu pourrait peser lourd dans la balance et même sauver des vies : le niveau de confiance de la population envers ses dirigeants.

Alors que sévit cette crise épidémiologique, il semble que les pays démocratiques dans lesquels les citoyens ont une grande confiance envers leurs institutions et leur classe politique s’en sortent mieux que les endroits où le scepticisme règne.

En début de vague de contagion, quand le flottement est la norme et l’incertitude à son comble (« est-ce qu’on exagère tout ça ? »), la réponse des pays où la population fait davantage confiance à son gouvernement semble, en général, meilleure. Les citoyens sont plus disciplinés, suivent mieux les consignes et écoutent les avertissements en matière de santé, même si ce n’est jamais parfait.

En juin 2019, un organisme sans but lucratif versé dans la prévention en matière de santé, Wellcome Trust, a sondé les habitants de tous les pays avec l’aide de Gallup sur leur appréciation de la science, leur foi envers les vaccins et tutti quanti.

La question 21, « À quel point faites-vous confiance à votre gouvernement lorsqu’il donne des conseils en matière de santé ? », et les réponses qui en découlent sont particulièrement intéressantes.

Les citoyens de Singapour (92 %), de la Corée du Sud (86 %) et de l’Allemagne (83 %), trois pays qui se distinguent dans la gestion de la crise depuis quelques semaines, font largement confiance à leurs dirigeants quand vient le temps de discuter de santé.

Ailleurs, c’est une autre paire de manches. Au Japon, c’est seulement 71 %. À peine 70 % des Français font confiance aux conseils de leur gouvernement en matière de santé. En Italie ? 63 %, dont seulement 13 % disent lui faire « beaucoup confiance ». Aux États-Unis : une maigre proportion de 59 %, dont 17 % seulement font « beaucoup confiance » à leurs dirigeants.

(J’exclus de l’équation des pays comme l’Iran ou la Chine, dont le système politique étouffant empêche généralement les citoyens de répondre honnêtement à un sondage.)

Pas étonnant que, dans ces pays, le temps de réaction — à la fois des autorités pour imposer des mesures et des citoyens pour suivre le mot d’ordre — ait été plus long au début de la crise. Et lors d’une pandémie, les jours passés à tergiverser coûtent des vies.

En France, des médecins viennent d’intenter une poursuite judiciaire contre l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn et le premier ministre, Édouard Philippe, en vertu de l’article 222-7 du Code pénal, soit pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Une peine passible de 15 ans d’emprisonnement.

Le collectif de médecins C19 reproche au gouvernement français d’avoir mal planifié le travail du personnel soignant et d’avoir négligé l’approvisionnement en matériel médical. « Il est clair que c’est par négligence coupable que le premier ministre, mais aussi l’ancienne ministre de la Santé, n’ont pas anticipé une crise dont ils savaient manifestement la gravité, et qu’ils ne pouvaient, en tout état de cause, ignorer », écrit le collectif dans un communiqué.

Et au Canada ?

Le Canada, avec 78 % de répondants qui font confiance au gouvernement lorsqu’il donne des conseils en matière de santé, est dans le peloton de tête des pays avancés.

Nos voisins américains aiment se moquer de nous en disant que les Canadiens sont un peu ennuyeux — j’aime penser que c’est moins le cas pour les Québécois ! C’est vrai que l’ordre, la discipline et la politesse sont des traits canadiens — largement partagés par les Québécois, d’ailleurs. On s’excuse à tout vent, probablement en raison d’un relent de notre vieux fond judéo-chrétien qui stipule que « faute avouée est à moitié pardonnée ».

Ma collègue Chantal Hébert me disait à la blague il y a quelques jours : « Dès qu’il y a deux personnes, on considère que c’est une file et on se met en ligne. » C’est vrai ! Or, ce n’est pas évident ailleurs sur la planète, et quiconque a fréquenté des lieux publics en Europe ou en Asie peut en témoigner.

Ces valeurs servent bien la collectivité en temps de crise.

Un sondage Ipsos MORI publié début mars demandait à des habitants de plusieurs pays ce qu’ils penseraient si leur gouvernement en venait à imposer des quarantaines strictes dans certaines villes pour enrayer l’épidémie de coronavirus.

Près de 40 % des Italiens jugeaient que ce serait excessif. Au Japon (36 %), en France (30 %), aux États-Unis (30 %) et au Royaume-Uni (26 %), une bonne proportion de la population croyait que le gouvernement exagérerait et critiquerait cette décision.

Au Canada ? À peine 22 % estimaient que leur gouvernement ferait fausse route, le taux le plus faible des pays démocratiques sondés, avec l’Australie (23 %).

Au Québec, un récent sondage Léger-Le Devoir montre que la population est prête à suivre le gouvernement Legault, malgré les restrictions sévères imposées à la vie sociale. Pas moins de 85 % des répondants apprécient la gestion de crise du premier ministre (93 % chez les 55 ans et plus, 73 % chez les non-francophones, pourtant méfiants envers le gouvernement Legault depuis le début de son mandat).

On dit souvent que le Québec est « tissé serré ». C’est notamment grâce à une proximité médiatique et culturelle qui permet de se parler rapidement et directement.

La directrice du Laboratoire de recherche Trauma et résilience, Pascale Brillon, également professeure au Département de psychologie de l’UQAM, affirme que c’est bon signe. « La capacité de la population de faire confiance et de se plier aux mesures gouvernementales mises en place pour le bien de tous est une caractéristique des populations résilientes », dit-elle.

On pourrait, parce qu’on se fait confiance collectivement, se relever plus vite de la crise.

Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

Vous avez des symptômes associés à la maladie ? Appelez au 1 877 644-4545 ou consultez un professionnel de la santé.

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Le sondage parle de 78% de canadiens faisant confiance à leur gouvernement en matière de santé. Toutefoid, ce sont les provinces qui ont juridiction sur la santé au Canada. Je suis persuadé que si la question avait été posé uniquement au Québécois, le Québec serait sur le podium !

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