Quand la politique se conjugue au féminin

Les femmes en politique changent-elles le monde ? demande l’auteure Pascale Navarro dans un ouvrage qui porte exactement ce titre. Par exemple, parlerait-on autant de corruption si davantage de femmes faisaient partie des gouvernements ?

Quand la politique se conjugue au féminin
Photo : Jacques Boissinot/PC

L’art de la nuance passe d’abord par la ponctuation. Ainsi, le point d’interrogation dans le titre de l’essai de Pas­cale Navarro donne le ton. Nous voilà assurément en présence d’une analyse nuancée, à mille lieues des coups de gueule qui alimentent parfois les hostilités entre les deux sexes.

Les femmes en politique changent-elles le monde ? demande l’auteure. D’autres questions, inspirées de l’actualité québécoise des derniers mois, me venaient à l’esprit au fur et à mesure que j’avançais dans ma lecture, dont celle-ci : parlerait-on autant de corruption si davantage de femmes faisaient partie des gouvernements ? Il me semble que non…

Oui, affirme Pascale Navarro, les différences entre hommes et femmes existent. Des valeurs comme l’empathie, le désir de justice, de consensus, la préservation de la vie et le sens du bien commun demeurent assignées aux femmes. Comme le goût du risque, du pouvoir et de l’autorité est associé aux hommes. Mais tout n’est pas si simple, s’empresse-t-elle de préciser.

À preuve, a-t-on vu un leader plus dur que l’ex-première ministre de Grande-Bretagne Margaret Thatcher ? A-t-on vu plus « macho » que la ministre Nathalie Nor­man­deau se dressant devant les Greenpeace de ce monde ? Et peut-on trouver meilleur modèle d’empathie que Barack Obama ? Il faut « désexualiser » les valeurs, dit Pascale Navarro, les détacher de leur carcan biologique.

Ce qui est vrai, par contre, poursuit-elle, c’est que les sexes sont définis par une vision de la société. Il faut reconnaître la diversité féminin-masculin. L’auteure postule que le pouvoir féminin en politique n’existe pas, mais qu’un grand nombre de femmes en politique peuvent changer les lois, les règlements et les milieux de vie.

« Collecti­vement, les femmes changent la politique et le monde dans lequel on vit, mais, individuellement, elles ne possèdent pas de pouvoir magique ! Elles ne transforment pas la politique en entrant dans les parlements », écrit-elle. Les femmes changent tout de même le monde quand elles font adopter des mesures comme l’accès accru aux garderies et les congés parentaux.

De plus en plus de femmes envahissent les gouvernements, même s’il reste beaucoup de chemin à parcourir. Pascale Navarro cite des données de l’Union interparlementaire. Dans les 155 Parle­ments représentés par l’organisation, la pro­portion de femmes est passée de 11,3 % à 18,8 % en 15 ans.

Pour mener à bien sa réflexion, la journaliste a interviewé une vingtaine de politiciennes québécoises. Entre la réflexion et l’anecdote, on découvre ce qui les attire et ce qui les rebute dans l’exercice du pouvoir. Pour entrer en politique, elles doivent surmonter des obstacles. Si, pour la plupart des hommes, cette carrière apparaît comme un tremplin, il en va autrement pour les femmes, explique la députée péquiste Véronique Hivon. « Lorsqu’on les approche pour se lancer en politique, ils pensent tout de suite à ce qu’ils pourraient en retirer. Nous, nous pensons à ce que nous allons perdre », dit-elle, faisant notamment allusion à la peur de négliger la vie familiale.

Ironie du sort, la majorité des politiciennes auxquelles l’essayiste donne la parole ne partagent pas son idée centrale : l’imposition de quotas. Pour qu’il y ait plus de femmes en poli­tique, l’auteure se prononce en faveur de « stratégies et de moyens coercitifs », de manière que la répartition des hommes et des femmes dans les Par­le­ments soit égale. Pour étoffer son argument, elle rappelle les programmes étatiques mis en place aux États-Unis dans les années 1960 pour combattre le racisme à l’endroit des Noirs.

Bien que ces mesures semblent étouffantes de rectitude politique à nos yeux con­tempo­rains, il reste, soutient Pascale Navarro, qu’elles furent la seule solution pour résoudre et prévenir les injustices envers les Noirs. Ce sont ces pro­gram­mes, dit-elle, qui ont fait que, 50 ans plus tard, un couple noir occupe la Maison-Blanche.

Dans sa vision postféministe des choses, Pascale Navarro estime qu’il faut chercher à doter les sociétés de gouverne­ments égalitaires, « où hommes et femmes travaillent main dans la main pour faire évoluer le modèle traditionnel d’un pouvoir dominateur vers un pouvoir de partenariat ». Elle rappelle que les rôles sociaux associés au sexe sont une cons­truction que l’on peut combattre par une éducation à la mixité et à l’égalité. Bref, les hommes peuvent être sensibles et pourvoyeurs de soins. Et les femmes peuvent diriger des entreprises et exercer de l’autorité. Un essai nuancé, disait-on…

Les femmes en politique changent-elles le monde ?, par Pas­cale Navarro, Boréal, 136 p., 17,95 $.

 

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PASSAGE

« Parité est un terme qui veut dire « pareil », « égal » ; il s’agit donc pour une partie d’obtenir le même traitement, le même statut que l’autre partie. En politique, et pour les femmes, cela signifie parvenir à la représentation égale des sexes dans les partis et dans les Parlements. »

– Pascale Navarro