Printemps érable: quand l’art s’en mêle

École de la Montagne Rouge

Quoi qu’on en dise et quoi qu’on en fasse,  le «printemps érable», comme on l’a appelé, ici et à l’étranger, fut un moment charnière pour la société québécoise.

De par son étendue, ses prises de position articulées, sa couverture internationale exceptionnelle et son caractère somme toute intergénérationnel.

Lancé par la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec, le printemps érable aura débouché sur une crise politique majeure et un mouvement social d’une ampleur unique en Amérique du Nord depuis les années 60 et 70.

Il est encore définitivement trop tôt pour en connaître les effets positifs à plus long terme sur la dynamique politique et sociale québécoise – les résultats de l’élection générale en attestent amplement. Le taux de participation a certes grimpé considérablement, mais l’électorat en est sorti divisé pour sa majeure partie en trois grands blocs presque égaux entre le PQ, le PLQ et la CAQ.

Comme quoi, aucune «offre» politique n’aura vraiment réussi à répondre aux attentes soulevées par cette parole citoyenne retrouvée, dans «la rue» ou ailleurs. Aucune n’a su susciter un enthousiasme ou une adhésion suffisante pour accoucher d’un gouvernement majoritaire.

En cela, cette élection en fut une de transition. Mais vers quoi? Personne ne le sait vraiment pour le moment…

Ce 22 novembre, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) renoue avec la «manif» du 22 du mois. Celle-ci s’inscrivant par contre dans la semaine internationale de grève étudiante contre la «marchandisation de l’éducation».

Sans l’appui de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ou de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), le nombre de participants est certes plus limité, mais ces thèmes demeurent ceux du printemps, auxquels s’ajoutent aujourd’hui ceux de la gratuité scolaire, du budget Marceau et de la demande pour une enquête publique sur la répression policière pendant la grève étudiante.

On estime aussi qu’au moins 50 000 étudiants au Québec ont également voté pour une journée de grève en appui à la semaine mondiale de grève.

Toujours ce 22, mais au soir, l’ATSA ressuscite quant à elle les fameuses casseroles. L’occasion, baptisée «La soirée rouge», est «une gande soirée de prise de parole et de réflexion sur la notion de Place Publique à même la place Émilie-Gamelin, centre chaud du printemps érable».

Vingt-cinq personnalités y prennent part, dont Dominic Champagne, Gabriel Nadeau-Dubois, les documentaristes Guylaine Maroist et Éric Ruel, le Loco Locass Sébastien Ricard, la créatrice Pol Pelletier, le docteur Alain Vadeboncoeur, la danseuse Margie Gillis, etc..

En même temps, le Centre de design de l’UQAM présentera jusqu’au 9 décembre prochain l’impressionnante exposition de l’École de la Montagne Rouge – un «collectif concepteur d’affiches et de slogans devenus emblématiques» du Printemps érable et un «regroupement de créateurs, principalement issus du baccalauréat en design graphique de l’UQAM».

Puissante, c’est l’exposition «must» de l’année. Un «must» parce qu’elle marque avec brio la véritable importance sociale, politique et culturelle des événements du printemps 2012.

L’École de la Montagne Rouge s’inspire d’ailleurs aussi de «l’université expérimentale américaine Black Mountain College fondée dans les années 40, cette organisation étudiante créative a produit, en à peine six mois, un corpus impressionnant d’artéfacts dont une partie s’est fait connaître du public dans les différentes manifestations».

De fait, au Québec, l’art et l’affiche ont joué un rôle crucial tout au long du printemps érable et les créateurs furent nombreux.

Affiche par Clément de Gaulejac

Clément de Gaulejac est également un artiste dont les nombreuses affiches sont aussi créatives que parlantes. Son site web est ici.

Bref, lorsque l’art s’en mêle, on sait qu’un mouvement social marquera son temps.

Les artistes lui donnent un esthétisme essentiel capable de l’inscrire dans l’Histoire par la force de son imagerie, de sa créativité, de son imaginaire, de même que par la puissance et la portée de ses messages.

Pensons seulement aux grèves étudiantes de mai 1968 en France, dont les affiches sont aussi historiques que les événements qu’elles ont illustrés et traduits.

De toute évidence, celles de nos artistes du printemps érable n’ont vraiment rien à leur envier…

Affiche de Clément de Gaulejac

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Vendredi: «Printemps érable: l’héritage de Jean Charest».

 

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Saviez-vous que le 22 avril, lors de la grande manifestation du jour de la terre, l’École de la Montagne Rouge a planté 16 érables sur le Mont-Royal. Des érables avec des tuteurs rouges sur lesquels est inscrit : Printemps Érable et qui, lorsqu’ils seront matures, formeront un carré rouge parfait… La ville de Montréal a accepté de les garder. Là, ils sont près de l’avenue Mont-Royal mais ils seront replantés en forêt sur le Mont-Royal, en gardant la même disposition…

Si la nature et l’homme le veulent ensemble, il y aura toujours un printemps érable! Le bonheur de laisser une trace imprimée mais aussi une trace qui sera nos racines de demain.

Anne-Lucie D. Lépine

Anne-Lucie

Depuis deux mois déjà il y a une exposition de photos à propos de la grève étudiante sous le nom de «Carré Rouge : Droit de Parole » des photographes Darren Ell et Philipe Montbazet et «De mains liées, à poings levés» de l’étudiante en photographie Katherine Dumas.

C’est au café Le Sain Fractal situé au rez-de-chaussée du pavillon des sciences (SH) de l’UQAM, Metro Place de Arts. Cette exposition a été montée dans le but de se rappeler ce moment historique et de se souvenir que plus d’une cause peut nous rassembler avec autant de force.

Le café Le Sain Fractal a été pour les membres de l’Association des étudiants du secteur des sciences de l’UQàM pendant la grève, le quartier général de grève, un lieu important qui a permis aux étudiants de discuter et de créer.