Quand le gouvernement Harper se met en scène

Les conservateurs sont champions en matière de relations publiques. Quand une controverse pointe à l’horizon, que ce soit au sujet d’un sénateur, d’appels automatisés ou d’un bilan discutable en matière d’environnement, ils braquent les projecteurs sur des thèmes qui ont fait leur succès : la loi et l’ordre, l’économie, la réforme du Sénat. Même s’ils n’ont rien à annoncer, ils trouvent le moyen de faire la nouvelle. À leur avantage.

Ce n’est pas le premier gouvernement à le faire, mais celui-ci sait mieux que personne se maintenir en mode «représentation» au détriment d’une communication réelle avec les citoyens. Quand il procède à des réformes majeures, mais controversées, il sort le rouleau compresseur : projet de loi omnibus tirant dans toutes les directions, bâillon à répétition aux Communes pour éviter tout débat, comités bousculés pour entendre le moins d’experts et de citoyens possibles.

À ceux qui ont des questions, il reste l’accès à l’information, les questions écrites des députés, les fuites non orchestrées. En revanche, quand vient le temps de se mettre en valeur, on ne lésine pas sur les moyens et on met le paquet pour présenter le premier ministre à son meilleur sur son compte Twitter.

On dépense sans compter pour vanter le plan de relance économique qui demeure la carte maîtresse des conservateurs auprès des électeurs. Les spectateurs du Super Bowl ont ainsi eu droit à leur lot de publicités soi-disant gouvernementales la fin de semaine dernière. Une dépense qui s’ajoute à celles mises en lumière par la Canadian Press cette semaine.

Selon CP, les budgets publicitaires de plusieurs ministères associés au plan économique ont explosé depuis 2008, soit depuis la récession. Celui du ministère des Ressources humaines et du développement des compétences a augmenté de 72% par rapport aux cinq années précédentes. Celui du ministère des Finances, de 58 %. Celui de l’Agence du revenu a triplé. Pendant ce temps, le gouvernement sabre ailleurs.

Le matraquage publicitaire est une stratégie qui marche tant et aussi longtemps que le public ne prend pas le gouvernement en grippe. Quand le vent tourne cependant, la publicité se transforme généralement en une cible populaire des critiques. Les conservateurs, qui se sont fait élire en 2006 en jurant faire mieux que les libéraux, devraient y prendre garde. Mais je disgresse…

En plus de la publicité, le gouvernement a beaucoup recours à ces conférences de presse qui paraissent importantes, mais le sont si peu. Prenez celle donnée lundi dernier par le ministre de la Justice, Rob Nicholson. Elle a fait beaucoup de bruit car on devait y présenter d’éventuelles mesures pour mieux soutenir les victimes et punir plus sévèrement les agresseurs d’enfants. Le ministre a longuement décrit ce que le gouvernement a déjà fait en la matière, mais il s’est montré avare de détails sur ses projets futurs. «Bientôt», «cette année», a-t-il dit.

Au moment d’écrire ses lignes (jeudi), aucun nouveau projet de loi n’a été présenté. Un seul avis de 48 heures, obligatoire avant de pouvoir présenté un projet de loi à la Chambre, a été donné et il concerne un projet de loi, déjà promis à deux reprises depuis le printemps, soit celui sur les conditions de remise en liberté des personnes reconnues non criminellement responsables de leurs actes pour cause de maladie mentale.

Si le passé est garant de l’avenir, attendez-vous à d’autres conférences de presse de M. Nicholson, ou d’un de ses collègues ministres ou sénateurs, pour annoncer le dépôt de la plupart des projets de loi promis, puis pour souligner leur présentation, puis marquer leur adoption et, finalement, la sanction royale. Ça fait quelques années qu’on nous fait le coup. Mais ça marche. À chaque fois, ils font parler d’eux.

On peut dire que dans le cas de la réforme du Sénat, il y avait vraiment une nouvelle à annoncer la semaine dernière. Le gouvernement a fait savoir qu’il demandait son avis à la Cour suprême sur la façon de procéder pour réformer la Chambre haute (je reviendrai sur ce renvoi dans un autre billet). Le geste donne l’impression que les conservateurs tiennent toujours à cette réforme, ce qui peut seulement plaire à leur base, mais ces mêmes conservateurs savent trop bien que même si le gouvernement a une réponse avant les prochaines élections, elle arrivera trop tard pour qu’il puisse procéder.

Il aurait pu en être autrement. Cela fait six ans que des provinces, les libéraux et des sénateurs lui recommandent de soumettre son projet à la Cour. Les conservateurs se sont toujours moqués de ce conseil, affirmant qu’ils avaient le pouvoir d’agir comme ils l’entendaient, c’est-à-dire sans l’accord des provinces. Si, par contre, ils avaient écouté, ils auraient aujourd’hui leur réponse et aucun prétexte pour justifier leur inaction.

Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils n’en avaient pas besoin à l’époque pour se traîner les pieds. Ils pouvaient toujours invoquer leur mandat minoritaire et blâmer la méchante opposition. Mais depuis mai 2011, ils contrôlent les deux Chambres. Malgré cela, le énième projet de loi sur le sujet actuellement devant les Communes n’a pas fait l’objet d’une seule heure de débat depuis presque un an.

Tout avec ce gouvernement semble relever des relations publiques. Le nombre de relationnistes (1) a d’ailleurs augmenté en flèche depuis que les conservateurs sont au pouvoir. On se demande pourquoi puisque la plupart n’ont aucune latitude pour répondre à la presse. (Une situation brillamment résumée dans ce texte de Jeffrey Simpson, paru l’automne dernier.)

À Ottawa, en 2013, on n’explique rien, on met plutôt l’électeur en condition. Pour qu’il accepte sans rouspéter les politiques mises de l’avant. Ou pour qu’il démissionne, dégoûté, devant l’intimidation qui attend les critiques. Pendant ce temps, le message ou, devrais-je dire, l’image passe et s’impose.

(1) Ce texte du Hill Times est verrouillé, mais la manchette en donne déjà une bonne idée.

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Ce que le gouvernement Harper affectionne par dessus tout c’est le contrôle : l’information, les gens et les institutions.

Ils sont allés à bonne école et sont très bons élèves. 1010. Bravo!

Il revient aux journalistes et à l’opposition parlementaire de les dénoncer, quotidiennement.

Le gouvernement Harper et son entourage détestent la démocratie. Les exemples abondent.

Tant que l’opposition sera divisée, les Conservateurs resteront au pouvoir. Simple calcul d’arithmétique. Il faudra sans doute une autre victoire éclatante des Conservateurs pour mettre du plomb dans la tête de l’opposition.

Tout n’est pas perdu, mais nous allons les sentir passer, les Conservateurs. Il y aura beaucoup à reconstruire une fois que le simple bon sens sera de nouveau au pouvoir.

Qousque tandem? Jusques à quand?

A misère!

Ce Royal gouvernement a en sainte horreur la contestation et le questionnement.

La façon manichéenne qu’il a de présenter les choses m’exaspère au plus haut point.

Sa propagande réussit à endormir tout ceux qui vivent à l’ouest de la «Ottawa River».

J’ai cette vague impression qu’il nous prend pour une bande d’imbéciles … et que nous le croyons.

Vous devriez vous proposer comme rédactrice de lois omnibus pour le gouvernement. Cet billet prouve que vous aussi pouvez écrire de façon échevelée en tirant dans toutes les directions!

« Le gouvernement Harper et son entourage détestent la démocratie. Les exemples abondent. »

Les élections de 2006, de 2008, 2011, oui effectivement ça fait plusieurs exemples. Probablement le gouvernement anti-démocratique qui se fait le plus souvent élire de l’histoire.

Quelle affirmation creuse et gratuite.

Vous dénoncer la stratégie de communication du PC de Harper. C’est tout à votre honneur.

Mais qui sont les premiers manipulés et instrumentés par le parti au pouvoir ? Les journalistes et les médias qui s’empressent de docilement répéter ce qu’on leur dit d’écrire ou de dire.

Le jour où le monde journalistique pensera comme vous Mme Cornellier, sans doute que les personnes politiques devront changer leur stratégie de communication.

Qu’on le veuille ou non les journalistes et les médias sont complices du gouvernement en la matière. Pourquoi ?

«La politique, ce n’est pas de résoudre les problèmes, c’est de faire taire ceux qui les posent.»
[Henri Queuille]

@Eric

Les Conservateurs, le gouvernement le plus souvent élu démocratiquement de l’histoire? Dans quelle planète vivez-vous?

Avec leur historique de fraude électorale confirmée : scandale « In & Out » (seul parti politique à être puni pour fraude électoral), Robocall FINALEMENT confirmée en Saskatchewan après tant de déni, Pierre Poutine & Robocall à travers tout le Canada toujours en cours d’investigation, finances électorales illégales menant à l’élection du ministre Peter Penashue, etc.

En fait, la liste de scandales et fraudes des Conservateurs est tellement longue que les Libéraux, Nixon, Mulroney ont l’air d’anges à côté des Conservateurs

Où est leur fameuse « transparence » et « redevabilité/responsabilité » tels que promis? Les criminels ont généralement le plus à craindre de la transparence…

Les Conservateurs de M. Harper, son entourage, font des pieds et des mains pour ne pas respecter les règles des campagnes électorales honnêtes. Cela est indéniable.

Une fois au pouvoir, ils font tout pour saboter le processus parlementaire. Les exemples abondent.

L’entourage de M. Harper est doctrinaire, point final. Tout ça est parfaitement documenté. Il suffit de suivre l’actualité.

Rendre des comptes leur pu au nez. Contrôler, ça ils savent faire.

Eric est passé maître des affirmations creuses et gratuites, tout comme le parti qu’il soutient! Démocratique le gouvernement Harper? Vous voulez rire, n’est-ce pas? Ça doit être un genre de sarcasme plutôt pince-sans-rire… Je suis dans la soixantaine et je n’ai jamais au grand jamais vu un gouvernement aussi anti-démocratique au Canada dans ma courte vie. Prorogations, mépris du Parlement, bills mammouths qui tirent dans toutes les directions, fraude électorale par téléphone (oui, je sais, il n’y a pas eu de condamnation mais quand ça crie comme un canard, ça marche comme un canard, ça nage comme un canard et ça vole comme un canard, alors c’est un canard), propagande trompeuse et biaisée payée par les contribuables, etc etc sont des preuves incontournables de déni de démocratie et d’abus de pouvoirs. Mme Cornellier a toutes les raisons au monde de le dénoncer.