Quand le PQ joue à QS

Ce que les premières semaines à l’Assemblée nationale nous disent des années à venir.

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, porte-parole, rédacteur de discours et directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur à l’agence TACT et s’exprime comme analyste politique à QUB radio.

Les deux dernières semaines ont été riches en émotions pour celles et ceux qui suivent les travaux parlementaires. Nomination de la présidente de l’Assemblée nationale, discours d’ouverture, tentative des élus péquistes d’entrer au Salon bleu sans avoir prêté serment au roi Charles III, premières questions, premières réponses… Un condensé des mois et des années à venir.

Les plaques tectoniques de la politique québécoise ont bougé et ces mouvements méritent qu’on s’y attarde.

D’abord, du côté du gouvernement. Après les élections de 2018, deux élus ont été propulsés à l’avant-scène pour établir quelles allaient être les priorités du tout nouveau gouvernement et parler en son nom : Geneviève Guilbault et Simon Jolin-Barrette. Force est de constater qu’ils occupent toujours des postes d’importance dans le gouvernement Legault 2, mais pas autant que d’autres. Ce sont plutôt Pierre Fitzgibbon, Christian Dubé, Pierre Fitzgibbon, Eric Girard et Pierre Fitzgibbon qui sont, cette fois-ci, sur le devant de la scène.

Les premiers projets de loi déposés traitent de santé et d’économie, et la mise à jour budgétaire a accaparé le ministre des Finances. Si on avait qualifié Jolin-Barrette d’omniministre lors du premier mandat, c’est son collègue de l’Économie, de l’Énergie, du Développement économique régional et de la Métropole (Pierre Fitzgibbon, pour répéter son nom !) qui porte le titre maintenant. Cela démontre bien toute la confiance que lui accorde le premier ministre. Mais je ne peux m’empêcher de constater que personne, parmi ceux qui pourraient — et j’insiste sur le conditionnel — vouloir remplacer François Legault, n’est mis en avant comme ils l’étaient en 2018. Tempus fugit.

Du côté des oppositions, le changement de camp le plus notable me semble être celui de l’irrévérence. Depuis l’élection d’Amir Khadir, c’étaient les solidaires qui portaient le titre. Depuis 2008, ils ont été les plus revendicateurs, les plus outranciers, les plus antisystèmes, pour reprendre un vocable à la mode. Depuis le 3 octobre dernier, par contre, ils sont dépassés par les trois mousquetaires péquistes. Alors que Gabriel Nadeau-Dubois procède à un recentrage ou mène une opération « cachons ces épouvantails que les électeurs ne sauraient voir », le PQ renoue avec sa tradition de députés insolents. Culottés. Pour ne pas dire baveux. Pas nécessairement dans le ton, puisque Paul St-Pierre Plamondon ne s’est pas encore totalement débarrassé de son air de premier de classe. Mais dans la forme, c’est évident.

À la sergente d’armes qui lui interdisait l’entrée au Salon bleu, le chef péquiste semblait dire : « Je vous demanderais de bien vouloir me laisser faire ce que le règlement m’empêche de faire. » On est loin de la prise de la Bastille, mais on va beaucoup plus loin que ne le faisait le caucus péquiste auparavant.

Alors que le PLQ peine à trouver ses marques et que les solidaires s’assagissent, il y a une carte à jouer. Ça ne garantit pas un retour au premier plan de l’échiquier politique en 2026, loin de là, mais ça signe le réveil du bagout. 

Je n’embarque pas dans cette prophétie qui dit que le gouvernement a peur du PQ. Il n’en demeure pas moins qu’avec 2,5 % des élus à l’Assemblée nationale, le PQ a fait parler de lui bien davantage. Comme le faisait naguère QS.

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Du côté de QS, ce qui frappe le plus est sa mesquinerie face aux demandes du PQ, une mesquinerie certes moindre que celle de la CAQ mais celle-là on s’y attendait. Dans l’affaire du serment, QS a manqué une belle occasion de faire valoir ses principes et sa plate-forme souverainiste mais force est de constater que l’indépendance n’est qu’un amuse-gueule pour naïfs accomplis. Je n’en reviens pas que le parti de Zanetti et Kadir se soit jeté à plat ventre devant le roi d’Angleterre!

Je sais bien que l’affaire du serment peut être considérée comme une distraction mais c’est souvent dans ces «distractions» qu’on peut voir qui a des principes. La CAQ n’en a pas, c’est devenu évident dès son premier mandat avec les entourloupettes de Legault au sujet de la réforme électorale mais on aurait attendu un peu plus de QS. Quant aux libéraux, ils font profil bas car ils ne sont pas très bien placés en matière de principes après les post-it de Charest et, surtout, la commission Charbonneau.

Le PQ saura-t-il capitaliser sur son nouveau visage? Seul l’avenir le dira!

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