Quand Parizeau sauva Chrétien

À l’occasion du 20e anniversaire du deuxième référendum sur la souveraineté, Jean-François Lisée remonte le temps dans un essai à paraître.

Photo: André Pichette/AFP/Getty Images
Photo: André Pichette/AFP/Getty Images

Le résultat référendaire du 30 octobre 1995 fut à la fois spectaculaire et tragique.

Spectaculaire, car il a conduit le Québec à un cheveu de devenir un pays. Tragique, car ce résultat tremplin n’a pas conduit, pendant les mois et les années qui l’ont suivi, à la souveraineté. […]

Le décès de Jacques Parizeau, en juin 2015, donne une actualité nouvelle à cet événement, dernier grand traumatisme politique québécois du XXe siècle.

Car c’est lui, qu’on appelait «Monsieur», qui domine non seulement le soir et les lendemains du référendum, mais aussi toute la période qui le précède. Sans Jacques Parizeau, il y a fort à parier que ce référendum n’aurait tout simplement pas eu lieu. Car il était de la race des faiseurs d’histoire. De ceux qui voulaient forcer le destin et qui s’en croyaient capables. […]

Jacques Parizeau avait l’assurance et l’audace qu’il fallait pour faire lever de terre les grands instruments de développement économique de la Révolution tranquille. Il avait la confiance qu’il fallait envers les siens pour les initier, à l’aube des années 1980, à la Bourse, grâce au Régime d’épargne-actions, qui allait transformer des moyennes entreprises québécoises en géants mondiaux. Ce fut pour lui une grande fierté, 10 ans plus tard, de constater qu’on désignait spontanément le lieu où se brassent les affaires à Montréal la «rue Saint-Jacques», plutôt que la «rue St. James». Beaucoup plus qu’un symbole, c’était le marqueur d’une transformation dont il avait été l’architecte.

octobre-1995
Octobre 1995: Tous les espoirs, tous les chagrins, par Jean-François Lisée, Québec Amérique.

Ayant ainsi façonné l’histoire économique et participé au référendum de 1980, Jacques Parizeau quitte René Lévesque en 1984, puis prend le gouvernail du Parti québécois en 1988, avec la ferme intention de parler de souveraineté «avant, pendant et après les élections».

L’indispensable «beau risque»

En fait, les choses ne seront pas si simples. Aux élections de 1989, la souveraineté est en si piteux état dans l’opinion que le mot n’apparaît pas dans les publicités télé du parti. Le PQ de Jacques Parizeau ne propose d’ailleurs pas la tenue d’un référendum, s’il était élu cette année-là, mais plutôt une série de référendums sectoriels pour faire la souveraineté «à la pièce». Une proposition aussi bancale qu’irréaliste.

Ce n’est pas grave. La figure de Parizeau, l’indépendantiste, parle d’elle-même. Le larron est en place. Ne manque que l’occasion.

Par un curieux retour de l’histoire, c’est le «beau risque» qui va la lui donner.

René Lévesque avait utilisé cette expression en 1984 pour indiquer qu’il fallait tenter une réconciliation avec le Canada. Le nouveau premier ministre fédéral, Brian Mulroney, semblait nettement plus disposé que son prédécesseur, Pierre Trudeau, à répondre aux attentes. Jacques Parizeau et plusieurs de ses collègues, dont Camille Laurin, avaient quitté le gouvernement, incapables de cautionner le retournement de Lévesque, c’est-à-dire sa décision de conjuguer la souveraineté à l’imparfait plutôt qu’au futur. Le «beau risque» fut la cause du schisme.

C’est Robert Bourassa qui devait faire la tentative avec Mulroney, inscrivant dans l’accord du lac Meech la reconnaissance du Québec comme «société distincte» à l’intérieur du Canada. C’était peu. Mais c’était déjà ça.

Les Québécois étaient prêts à s’en contenter. Toutefois, alors qu’on avait mis la barre si bas, le refus canadien d’en donner si peu allait mettre le Québec de méchante humeur.

Le pari de Jacques Parizeau l’indépendantiste, donc, était de tout miser sur le «beau risque», c’est-à-dire sur son échec, comme tremplin vers l’indépendance. Il aura chaud. Deux fois, le Canada se rebiffe. Deux fois, les négociateurs raccommodent l’accord. Si le «beau risque» survit, l’indépendance restera flétrie pour de longues années.

Alors, Monsieur fait tout pour pousser à l’échec. D’abord en interdisant à Robert Bourassa tout recul par rapport au texte et en le bombardant de questions à l’Assemblée nationale.

Puis en allant faire le fanfaron sur les plateaux de télévision canadiens-anglais, affirmant que si le Canada accepte Meech, un éventuel premier ministre Parizeau en tirera le maximum de pouvoir, en redemandera et voudra quand même l’indépendance. Tout pour les braquer !

En juin 1990, l’accord du lac Meech meurt sous les coups de boutoir de Pierre Trudeau, de la majorité de l’opinion publique et de deux provinces : Terre-Neuve et le Manitoba.

Pour Jacques Parizeau, l’avenir indépendantiste peut enfin commencer. Mais on notera que sans le cycle historique enclenché par René Lévesque, cette fenêtre ne se serait pas ouverte. C’est un peu comme s’ils s’étaient séparé le travail ! […]

Lendemains de Oui : l’explosion du camp du Non

Le référendum avait lieu un lundi. Dès le mardi matin [si le Oui l’avait emporté], le chef du prin­ci­pal parti d’opposition du Canada anglais, Preston Manning, du Reform Party, aurait réclamé la démission du premier ministre et le respect de la décision référendaire à 50 % + 1.

Nous en étions informés et savions donc qu’il y aurait un bris du consensus canadien dès ce matin-là. Manning a révélé depuis qu’il aurait demandé à ses députés de ne plus siéger au Parlement, pour signifier la perte de légitimité du gouvernement Chrétien.

Cela n’aurait pas oblitéré le pouvoir libéral — majoritaire —, mais aurait envoyé un signal clair de la fin du statu quo et d’un Parlement canadien dysfonctionnel.

Qu’on y songe : avec le départ du Reform, on aurait vu au Parlement les 177 députés libéraux faire face aux 54 députés du Bloc québécois, dirigés par Lucien Bouchard. Ne seraient restés, comme figurants, que les 9 députés néo-­démocrates et les 2 conservateurs !

Il faut savoir aussi que dans les jours précédents, le Toronto Star et l’Ottawa Sun avaient publié des éditoriaux réclamant le respect du vote majoritaire («Oui means yes»).

Il n’y a pas de doute que la popularité du gouvernement canadien aurait subi un dur coup. Les sondages l’auraient montré, minant sa position. Selon l’ex-ministre Sheila Copps, Chrétien aurait «porté l’odieux du résultat». «Il est certain que son autorité aurait été mise en doute. Plus que n’importe qui d’autre, on l’aurait montré du doigt.» […]

Et au Québec ? On savait que le caucus libéral de Daniel Johnson serait profondément divisé. Nous allions déposer une motion prenant acte de la décision majoritaire du Oui. On sait maintenant qu’une partie des députés libéraux auraient voté pour et qu’une autre partie d’entre eux auraient refusé. Le caucus libéral aurait implosé de façon spectaculaire.

Au lendemain du Oui, à Ottawa comme à Québec, c’est le camp du Non qui aurait été, selon une expression chère à Jacques Parizeau, «un champ de ruines».

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20 commentaires
Les commentaires sont fermés.

C’est Lucien Bouchard qui a sauvé le c.. des séparatistes en ’95. Pas Parizeau.

Avant la venue de Bouchard et avec Parizeau seul, le « oui » toppait à 40%. Pas plus! Et c’est avec la venue de Lucien, devant lequel s’est effacé Parizeau, que la mise a été sauvée du désastre.

Il faut dire que les séparatistes, devant le peu de popularité de leur option et qui avaient tarabiscoté une question oiseuse à souhait (plusieurs Québécois croyaient qu’en votant « oui », qu’ils demeureraient dans le Canada!!! Bravo pour la clarté…) avaient du promettre de garder le dollar Canadien, les institutions Canadiennes, les passeport Canadien, les frontières Canadiennes et même les fonctionnaires Canadiens…et alléluia Canadien.

Ce référendum fut l’une des plus grandes fraudes intellectuelles de l’histoire du Québec et le Parti québécois devrait en être sombrement honteux.

Effectivement ,c’est M.Bouchard qui a fait tout le travail car M.Parizeau n’aurait jamais atteint ce chiffre. de 49% et des poussières.De toute façon M.Parizeau avec sa cage à homard a agi en hypocrite.en faisant cette déclaration à des ambassadeurs croyant à tort que cette phrase reste secrète..

Jean François Lisée un »loose cannon » extrêmement dommageable

Au PQ, tout comme dans le camp souverainiste en général, il y a autant d’opinions que d’individus. À l’opposé, il y a les Libéraux qui obéissent comme des moutons sous peur de représailles. Quand on est à la tête d’un parti politique, je suppose que l’approche libérale est plus facile à gérer. Quoique gérer du mou ne doit pas être drôle tous les jours. Mais au fond, ce n’est pas avec des « suiveux » qu’on refait le monde !

J’ai bien hâte de lire le récit complet. Et puis bon, c’est bien dommage tout ça. Un référendum volé par l’argent du fédéral et tout ce surplus immigrants ayant obtenu la citoyenneté canadienne dans les mois précédents. En fait, ce n’est pas dommage, c’est triste. J’ose à peine imaginer tout le chemin que nous aurions parcouru en 20 si le oui l’avait emporté. Ce qui aussi triste, c’est de constater que la jeunesse actuelle a d’autres préoccupations. Non seulement, les jeunes ne s’intéressent pas à la souveraineté mais ils ne font rien pour se renseigner à son sujet. Aucun effort, niet, nada. Un peu comme si cela n’existait pas. Pourtant, c’est de leur avenir à eux aussi dont il est question. C’est vrai aussi que la question nationale a été balayée sous le tapis depuis 20 ans et que les fédéralistes en disent du mal aussi souvent qu’ils le peuvent. Je demeure quand même persuadé que si on en parle, qu’on l’explique et qu’on expose fièrement nos convictions indépendantistes la flamme saura renaître. Cela peut sembler naïf, mais au fond, ce besoin de devenir meilleur nous le portons tous en chacun de nous. Et ce n’est pas le statu quo qui saurait satisfaire les aspirations profondes de tout individu. Au pire, il faudra répéter l’histoire. C’est-à-dire suivre la voie de la tentative de réconciliation avec le Canada, se faire dire non une fois de plus et puis se sentir opprimé et vouloir se séparer. Mais, ne pourrait-on pas faire preuve d’une plus grande sagesse collective, éviter cette humiliation et se prendre en mains une bonne fois pour toutes ?

Ahhhh le mythe du référendum volé… Il a la vie dure chez séparatistes et SURTOUT, il leur sert d’excuse à la défaite.

Si ce référendum avait été « volé » par l’argent du fédéral, comme vous le prétendez, ça voudrait dire que le vote des Québécois et des Québécoise serait à vendre au plus offrant? De plus, si ça avait été réellement le cas, tous les citoyens du Québec seraient descendus dans la rue pour démontrer leur frustration et leur colère face à ce pseudo « vol », or, c’est plutôt un soupir de soulagement que les Québécois ont poussé suite à cette arnaque concoctée par les péquistes.

Les dernières `élections fédérales que je considère personnellement presque comme référendaires nous démontrent hors de tout doute que l’option séparatiste s’enfonce inexorablement dans l’échec le plus cuisant: MOINS de 20% des Québécoises et des Québécoises ont voté pour le parti séparatiste. On ne peut être plus clair!

Je crois en effet que l’opion souverainniste est en périls… Par contre, je me demande d’où vous venez pour dire que le dernier référendum n’a pas été volé! Sa a été prouvé par la commision Gomery! Si les gens ne sont pas descendu dans la rue, c’est que nous n’avions pas encore réalisé nous être fait volé sans oublié le goût amer de cette soirée, puis une révolte n’aurait mené nul part, l’armée aurait débarqué, c’est tout. En finissant, oui le vote des québécois est à vendre, la dernière élection en est la preuve, celle-ci a aussi prouvée à quelle point les gens sont ignarent de la politique et de leurs histoires. Il devrait y avoir quelques questions d’éligibilitées sur nos bulletins de votes…

À F 1er le fatiguant. Le site de L’actualité est pour partagé des commentaires, des idées, des questions et non vos sempiternelles commentaires « boutonneux ».

Si vous pensez qu’on perd notre temps à vous lire… plus maintenant, votre nom apparaît et hop on passe au suivant, mais vous persistez à badiner… dommage pour la qualité des propos de ces chroniques.

Des budgets avaient été établis pour les 2 camps et les FÉD n ont pas respecté ces budgets,les ont défonés et ont accordés la citoyenneté CND a des 10zaines de milliers de migrants avant le RÉF.C est pas des vols.ca.Tu pottes des oeilleres.

Le CA ne veut rien savoir du QC.Ils ne veulent pas la division duCA en 2 tout simplement

« Lendemains de Oui : l’explosion du camp du Non »: voila une fois de plus des extrapolations politiques typiques de la pensée du conseiller JFL. Un scénario tiré de l’imaginaire politique et qui entretient l’opportunisme et l’aveuglement volontaire. Un imaginaire marqué par la passion plutôt que la raison et qui a donné les résultats que l’on sait.

Comment peut-on permettre à de nouveaux arrivants, non-intégrés à la nation québécoise francophone, de prendre part à à un vote référendaire et d’avoir ainsi le pouvoir d’influer sur son destin?
Ce sont les ancêtres des Québécois francophones qui ont entrepris et poursuivi la colonisation de ce territoire depuis plus de quatre cents ans. Ce sont ces ancêtres Québécois francophones qui ont fourni les effectifs, les efforts et l’argent nécessaires au développement économique de ce même territoire. En toute franchise et en toute justice, le vote d’un immigrant fraîchement débarqué, non-intégré, est-il aussi significatif que celui du Québécois francophone issu de quinze générations qui ont façonné ce coin de terre? Sa nouvelle citoyenneté lui donne le droit de voter. Mais est-ce vraiment une question de droit? Un droit qui crée une injustice.
Un jeune québécois francophone de 16 ans, intégré, connaissant l’histoire de son peuple, n’est-il pas davantage mieux préparé à décider du sort de sa nation qu’un nouvel arrivant? Pourtant, lui, n’a pas le droit de vote. Le nouvel arrivant, oui.
La Suisse, nation politiquement moins isolée que le Québec francophone, utilise le référendum régulièrement. Mais la Suisse possède une politique sévère concernant la participation des immigrants au vote référendaire. Et personne n’accuse les Suisses de racisme ou de xénophobie parce qu’ils régissent l’utilisation de cet instrument démocratique.

Et si on se tenait juste aux faits ?
Au Québec seulement 7,7 % de la population est anglophone, est 12,3 % est allophone (immigrés) .Ça fait un gros 20% de toute la population du Québec.
78,1% est francophone !…de souche /pure laine.- Oui Monsieur !-
Même si tous les anglophones et les allophones (immigrés) votaient contre le PQ, ou l’Independence, – ce qui n’est pas tout à fait le cas, et vous le savez fort bien – il reste une « masse critique » des francophones qui peut amplement faire pencher la balance.
Alors, Monsieur Lisée et tous ceux qui, faute de « s’assumer », trouvent des raisons pour leur « défaite » …indépendantiste … de grâce, concentrez vos efforts sur « les vôtres ». – puisque vous traitez les « autres » en …ennemi –
En regardant « la froide vérité des statistiques « , il faut se rendre à l`évidence ; l’ennemi …est parmi « vous » – les Québécois francophones …de souche /pure laine. fr.wikipedia.org/wiki/Démographie_linguistique_du_Québec‎

Je vois que la liberté de parole n existe pas chz vous.Je n ai dit que des vérités qui ont été effacées.On se croirait en RUSSIE,qqe chose du genre.Des faussetés sur le camp du oui,ca vs les accepté d apres ce que j ai lu.Vive la liberté

J ai été abonné a L ACTUALITÉ dans le passé,j ai bien fait de ne pas me réabonner,vs etesbiaisé