Quand Stephen Harper accorde son pardon

Quand les conservateurs n’aiment pas une loi, ils savent se montrer conciliants à l’égard de ceux qui l’enfreignent. Le premier ministre Stephen Harper en a fait la démonstration récemment.

En cette période d’effervescence électorale au Québec, le fait que Stephen Harper ait accordé son pardon à des gens qui ne l’avaient pas demandé est passé pratiquement inaperçu.

Cela s’est produit le 1er août dernier. M. Harper était en Saskatchewan pour célébrer la fin du monopole de la Commission canadienne du blé (CCB). Pour l’occasion, il a annoncé que seraient pardonnés des agriculteurs qui avaient, par le passé, contrevenu à la loi de la CCB dans le but précis d’en contester le monopole.

Le plus étrange est que le premier ministre a parlé de pardon alors que son propre gouvernement vient tout juste de changer la loi à cet effet. On ne dit plus pardon, mais suspension de casier judiciaire (ce qui est plus précis puisque l’ancien pardon ne le faisait pas disparaître, de toute façon).

La nouvelle loi rend aussi cette suspension impossible pour certains et plus longue à obtenir pour les autres, cinq ou dix ans selon le type d’infraction et d’accusation. Les demandeurs devront aussi payer plusieurs centaines de dollars pour faire traiter leur dossier.

Les agriculteurs albertains, qui n’ont pas eu à débourser un cent pour leur pardon, ont toujours eu le statut de héros locaux. Leur histoire a commencé en 1996 alors qu’ils ont traversé la frontière avec un chargement de blé pour lequel, entre autres, des acheteurs américains étaient prêts à payer plus cher. À leur retour, ils ont été accusés d’avoir enfreint la loi sur les douanes puisqu’ils n’avaient pas de permis d’exportation. Une douzaine d’entre eux ont préféré faire de la prison plutôt que de payer l’amende.

Il s’agissait ni plus ni moins de désobéissance civile non violente pour porter un message politique. Et ce message, Stephen Harper l’a toujours partagé. Par conséquent, il s’est prévalu d’un vieux pouvoir de la Couronne, la prérogative royale de clémence, pour leur accorder le pardon. « Ces gens n’étaient pas des criminels. Ils étaient nos concitoyens. Des citoyens qui protestaient contre l’injustice en s’exposant pacifiquement aux conséquences de leur opposition à cette injustice. Ces conséquences n’avaient pas lieu d’être et c’est ce que nous corrigeons aujourd’hui», a-t-il dit la semaine dernière.

Le problème n’est pas que ces agriculteurs aient obtenu un pardon. Ils l’auraient fort probablement obtenu s’ils en avaient fait la demande. Le problème est dans la manière.

Ce gouvernement accuse de radicalisme les environnementalistes qui le contestent le plus légalement du monde. Ce même gouvernement se targue de défendre le respect scrupuleux des lois, mais quand elles lui déplaisent, il ferme les yeux ou passe l’éponge pour des gens qui les ont enfreintes alors qu’elles étaient toujours en vigueur.

C’est d’ailleurs ce gouvernement qui a suspendu pendant plusieurs années l’application de la loi sur l’enregistrement des armes d’épaule pour permettre aux détenteurs d’arme qui refusaient de s’y plier de ne pas en subir les foudres.

Le pardon accordé la semaine était tout ce qu’il y a de plus politique, tout comme la résistance à l’accorder à d’anciens condamnés qui tentent de se réhabiliter et de réintégrer le marché du travail.

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Que Monsieur Harper se serve de la prérogative royale de la clémence à des fins partisannes est un abus de pouvoir dont personne ne se surprend. C’est triste.