Quand Stephen Harper dit-il vrai?

En voyage au Pérou, le premier ministre Stephen Harper a répondu pour la première fois aujourd’hui à quelques questions de journalistes concernant l’affaire Duffy et le rôle joué par son chef de cabinet démissionnaire, Nigel Wright. Mais que penser de ce qu’il a dit? Plusieurs de ses affirmations ne concordent pas avec ses déclarations antérieures ou celles de son bureau.

Ainsi, en ce 22 mai, il soutient qu’il ignorait tout du don de 90 000 $ de M. Wright au sénateur Mike Duffy, qu’il l’a appris après que des reportages aient commencé à s’interroger sur la source des fonds. Il croyait que le sénateur avait payé de sa poche. Son bureau l’a alors informé du contraire et il dit avoir alors exigé de rendre l’information publique. Il a ajouté qu’il aurait désapprouvé le don de M. Wright s’il lui avait demandé son avis et que c’est pour cette raison qu’il a accepté la démission de son chef de cabinet, ce dernier portant l’entière responsabilité de la décision d’aider le sénateur.

Il y a une semaine, lorsque le bureau du premier ministre a révélé que M. Wright avait donné l’argent à M. Duffy, le porte-parole de M. Harper, Andrew McDougall, parlait en quelque sorte d’un bon geste.«M. Duffy a accepté de rembourser les dépenses en question parce que c’était la chose à faire. Mais M. Duffy était incapable de faire un paiement en temps opportun, alors M. Wright lui a fait un chèque personnel pour la totalité de la somme afin que M. Duffy puisse rembourser le montant en souffrance», a-t-il déclaré.

Les lendemain et surlendemain, M. McDougall répétait que M. Wright avait encore toute la confiance du premier ministre et qu’il restait à son poste. M. Harper connaissait pourtant les mêmes faits qu’il connaît aujourd’hui. Ce qui a changé depuis est le tollé que cette affaire suscite, y compris dans les rangs conservateurs.

M. Harper se dit désolé et que son gouvernement est déterminé à régler cette situation. Mais il a habilement esquivé une partie de la troisième question de son point de presse. Le journaliste voulait savoir s’il avait immédiatement vérifié auprès de son personnel si quelqu’un d’autre était au courant du geste de M. Wright.

M. Wright a démissionné depuis, malgré les efforts qu’aurait faits M. Harper pour le garder, selon le Globe and Mail. Il faut se rappeler aussi qu’après avoir annoncé qu’il rembourserait les allocations auxquelles il n’avait pas droit, le sénateur Duffy a cessé de collaborer avec les vérificateurs externes appelés en renfort par le Sénat, ce qui a nui à leurs travaux. De plus, le rapport final sur son cas était plus clément que ceux sur les sénateurs Mac Harb et Patrick Brazeau. CTV a découvert que la version initiale du rapport concernant Mike Duffy était plus catégorique. On ignore toujours s’il y a eu intervention du bureau du premier ministre auprès du comité sénatorial pour atténuer ses conclusions.

Voici un lien vers une chronologie détaillée de cette controverse. Vous pourrez juger par vous-même de la séquence des événements et des déclarations, surtout à la lumière du point de presse du premier ministre.

Voici la transcription des trois questions de ce point de presse de M. Harper portant sur cette affaire. Le premier ministre, qui était visiblement préparé, a répondu comme d’habitude dans les deux langues. La portion anglaise a été fournie par la Canadian Press et reproduite par nos collègues du Macleans. J’ai transcrit la portion française et laissé le texte intacte, sans le corriger.

Journaliste:

My question is about the resignation statement of your former chief of staff, which indicated that he merely did not tell you the means by which Sen. Mike Duffy got his money and, to date, neither he nor you have denied that you did know there was a deal. My question first is, what exactly did you know about the deal? Second, what were the terms of that deal? And third, what does it say about your leadership that your senior staff could even imagine this was ethical?

Stephen Harper:

Just to correct that, I think we’ve been very clear that I did not know, but let me be very specific about this. I learned of this after stories appeared in the media last week speculating on the source of Mr. Duffy’s repayments. Immediately upon learning that the source was indeed my chief of staff, Nigel Wright, I immediately asked that that information be released publicly. That is what I knew. I think what’s more important about this is that, not simply that I did not know, but that I was not consulted. I was not asked to sign off on any such thing and had I obviously been consulted or known, I would not have agreed with it. And it is obviously for those reasons that I accepted Mr. Wright’s resignation. My belief, I should mention, my belief, of course, prior to all this was that Mr. Duffy had repaid. When I heard that Mr. Duffy had repaid, my assumption was that Mr. Duffy had repaid from his own resources and that’s how it should have been, in my judgment.

Je pense que mon bureau a été très clair, mais encore une fois, j’ai entendu les faits après des reportages dans les médias la semaine dernière concernant les sources du remboursement de M. Duffy. C’est juste après ça que j’ai entendu les détails, la vérité. J’ai immédiatement demandé à mon bueau de rendre publiques ces informations. Jusqu’à ce moment, je présumais que M. Duffy a remboursé les contribuables avec ses ressources personnelles. Évidemment, ce n’est pas le cas. La réalité n’est pas seulement que je n’ai pas connu ces informations. Plus important, on ne m’a pas demandé mon opinion, on ne m’a pas demandé mon appui. Si on avait fait ça, évidemment, ma position aurait été contre ça. Ça serait ma position claire. Je m’attends à ce que M. Duffy rembourse les contribuables avec son propre argent. Évidemment, ça n’a pas été fait dans ce cas et c’est pour cette raison que j’ai accepté la démission de mon chef de cabinet.

Journaliste:

You’re known for running a very tight ship in government. How do you expect Canadians to believe that you knew nothing about the cheque that was written to Sen. Duffy? And what in particular do you plan to do? What actions in particular do you plan to take to address this scandal? Could there be further resignations?

Stephen Harper:

Look, I think my belief here was reasonable, what, I think, anybody would have expected, that when it was said that Mr. Duffy had repaid his expenses, that indeed he, and not someone else, had repaid his expenses. I know Mr. Wright assisted him or did this for him, because he wanted to see the taxpayers reimbursed. That’s the right motive, but nevertheless it was obviously not correct for that decision to be made and executed without my knowledge or without public transparency. That is why, as I say, I have accepted the resignation of my chief of staff. As you know we’ve had a couple of senators also leave our caucus. My point is on this that there is accountability when things like this happen. We’ve also put in place the various authorities and mechanisms that will further look into these matters to see if any additional action has to be taken on any particular individuals.

I can assure you that we will certainly look at our systems, see what we have to do to better manage or, better yet, prevent any of these kinds of things in the future. Obviously, I am very sorry that this has occurred. I am not only sorry, I’ve been through the range of emotions. I’m sorry, I’m frustrated, I’m extremely angry about it. But that is the reality and I think we’ve dealt with it promptly.

I’m frustrated and sorry and angry about all of this. I don’t think there’s any better way to put it. In terms of my own office, it was Mr. Wright’s money, it was his personal money that he was repaying to the taxpayers on behalf of Mr. Duffy, it was his personal decision and he did this is his capacity as chief of staff, so he is solely responsible and that is why he has resigned.

Encore une fois pour répondre… Je comprends très bien ici la motivation de M. Wright. C’est d’assurer le remboursement des contribuables, mais ça, c’est la responsabilité de M. Duffy, et surtout la responsabilité d’avoir un appui pour une telle action et de communiquer ces actions. Et pour cette raison, j’ai accepté sa démission. Il y a un processus de responsabilité ici. Évidemment, il y a cette démission et les démissions de notre caucus. Et nous nous avons assuré que des mécanismes existent pour mieux étudier cette affaire. Je peux vous assurer aussi que le gouvernement va examiner comment nous pouvons mieux gérer ou mieux prévenir une telle situation à l’avenir. Évidemment, pour ma part, je suis bien désolé. Je suis bien frustré. Je suis bien fâché. J’ai toute la gamme d’émotions, mais nous sommes déterminés, étions déterminés d’adresser cette situation et nous l’avons fait.

Journaliste:

Vous avez dit que vous n’étiez pas au courant jusqu’à ce que vous entendiez l’histoire dans les médias. Est-ce que vous avez vérifié auprès de vos collaborateurs si d’autres personnes de votre bureau étaient au courant de cette histoire-là? Et si oui, qui? Vous avez dit, et vous venez de le redire encore, que vous étiez déçu, choqué. Vous êtes déçu, choqué de quoi spécifiquement ou de qui, surtout?

Stephen Harper:

Pour la dernière partie de toute la situation, pour mon bureau. Ce sont les fonds de M. Wright, c’était la décision de M. Wright. Il était chef de cabinet et il a toute la responsabilité dans mon cabinet pour cette décision.

(La portion anglaise de cette réponse n’apparaissait pas sur le site de Macleans.)

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Lorsque l’on veut tout contrôler on devient responsable de tout, même de ce que l’on a pas réussi à contrôler.

On récolte ce que l’on sème. M. Harper creuse sa propre tombe. Puisse-t-il y tomber dans les plus brefs délais.

Quand aux sénateurs à la morale élastique, ils méritent bien tout ce qui leur arrive. Leur comportement trahit un profond mépris du contribuable, de l’électorat.

Puisse un chancre ronger leur âme pendant 10 000 ans, comme disent les Russes. 🙂

Cela dit, j’ai plus de sympathie pour le sénateur Brazeau qui a pour seule défense avoir suivi les recommandations réclamées et observées.

Il est temps d’avoir un sénat non élu et non partisan. Mais pour ça, on peut toujours rêver.

Les Cyniques disaient de feu Robert Bourassa que quand il se grattait l’oreille celui-ci disait la vérité. Quand il se touchait le nez il disait vrai aussi mais c’est quand il bougeait les lèvres qu’il mentait… Est-ce que ça s’applique aussi à ce « control freak » ? Moi ce qui m’étonne le plus c’est de voir que toute la Cour de Versailles semble penser que l’argent coulera toujours à flot pour eux et que les recettes de l’État, via les « cochons de payeurs » de taxes, seront
sans fond (sic!). Ce qui devrait aussi nous faire penser le pire c’est que Wright, son chef de cabinet, avait avancé 90,000$ pour camoufler kekchose. Était-ce pour cacher mille magouilles considérées tout à fait normales parmi
plusieurs des politiciens et sénateurs de ce plus bon pays qu’est le Canada ? Avec toutes les révélations apportées par la Commission Gomery ainsi que par la Commission Charbonneau, avec tout ce que l’on apprend comme pratiques généralisées dans le monde politique des scènes municipales et provinciales est-on en droit de penser que ça se passe aussi parmi certains parlementaires et sénateurs de la scène politique nationale ? Pour que le cynisme citoyen prenne fin il en faudra beaucoup, vraiment beaucoup!