Que faire avec les fréquentations de Sam Hamad?

En 2010, lorsque le ministre Sam Hamad reçoit des appels de Marc-Yvan Côté et va déjeuner avec lui, il sait très bien le nuage toxique qui entoure l’homme.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Fréquenter un ami qui est un récidiviste de l’agissement douteux ne rend pas cette personne coupable par association. Au sens de la loi, la simple amitié n’a rien de criminel. Mais dans la sphère politique, il y a ce qu’on appelle le jugement, le gros bon sens. Et lorsqu’il est question de Marc-Yvan Côté, on tombe dans les ligues majeures, comme on dit au baseball. L’homme est un champion du politiquement infréquentable.

Et le ministre Sam Hamad le savait très bien.

Marc-Yvan Côté est un rouge depuis des décennies. Il a commencé son implication avec les libéraux sous Jean Lesage. Il deviendra député, puis ministre des Transports (1985-1989) et de la Santé (1990-1994) sous le premier ministre Robert Bourassa. Un mois après avoir quitté la politique, en 1994, il entre au service de la firme de génie-conseil Roche. Il fait du développement des affaires, notamment dans l’est du Québec, où ses contacts politiques sont très utiles pour faire débloquer des dossiers. Côté s’occupe du PLQ, alors que le président de Roche, Mario Martel, astique les contacts au PQ, selon les témoignages entendus à la commission Charbonneau.

Marc-Yvan Côté restera vice-président de l’entreprise jusqu’en 2005, puis consultant jusqu’en 2011. Pendant tout ce temps, il reste dans l’orbite du financement du Parti libéral du Québec, mais également dans celui du Parti libéral du Canada.


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Son parcours croise celui de Sam Hamad en 1998, lorsque ce dernier est nommé vice-président principal de la firme de génie-conseil Roche. Il y restera jusqu’en 2003.

En 2005, pendant la commission Gomery — qui a disséqué le scandale des commandites — Marc-Yvan Côté a reconnu avoir distribué 120 000 $ en argent comptant à des candidats libéraux de l’est du Québec à l’élection fédérale de 1997. Il aurait probablement été poursuivi pour fraude et financement illégal si le délai de prescription n’avait pas expiré.

L’ancien chef libéral fédéral Paul Martin l’a banni à vie du PLC à la suite de ces révélations.

En 2010, lorsque le ministre Sam Hamad reçoit des appels de Marc-Yvan Côté et va déjeuner avec lui, il sait très bien le nuage toxique qui entoure l’homme. Qu’il accepte de discuter avec lui d’une subvention du gouvernement pour l’entreprise Premier Tech, que Marc-Yvan Côté représente, est un grave manque de jugement. Un drapeau rouge aurait dû se lever immédiatement. Les courriels obtenus par l’émission Enquête de Radio-Canada semblent montrer que ce n’est pas le cas.

Marc-Yvan Côté n’est pas inscrit au registre des lobbyistes, un accroc à la loi. Le président de Premier Tech, Jean Bélanger, a reconnu à Radio-Canada que Marc-Yvan Côté aurait dû s’inscrire. Dans ce dossier, c’est la première évidence. Le commissaire au lobbyisme du Québec, François Casgrain, doit s’en mêler. L’amende varie de 500 $ à 25 000 $.

Dans les courriels, Marc-Yvan Côté fait son jars et se vante de ses entrées auprès de Sam Hamad. Une prétention courante dans le milieu des lobbyistes, qui font mousser leur influence pour récolter des clients. À quel point Hamad a-t-il réellement influencé la décision du gouvernement Charest pour Premier Tech, un projet que toute la région du Bas-Saint-Laurent souhaitait, puisqu’il y a avait des centaines d’emplois à la clé? Aucun courriel de Sam Hamad n’a été rendu public par la société d’État. On n’a que la version de Marc-Yvan Côté.

Pour y voir plus clair, une deuxième enquête s’impose, celle du commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale, Jacques Saint-Laurent. L’article 14 du Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale interdit à un député d’exercer des activités de lobbyisme. Était-ce le cas? Ensuite, l’article 16 interdit à un élu de tenter d’influencer une décision pour favoriser les intérêts personnels d’une autre personne «de manière abusive». Finalement, l’article 17 interdit de communiquer des renseignements qu’il obtient dans l’exercice de ses fonctions et qui ne sont pas disponibles au public et qui peuvent favoriser les intérêts personnels d’une autre personne. L’a-t-il fait? Le commissaire devrait s’y pencher.

Et pourquoi pas une troisième vérification? L’Unité permanente anticorruption (UPAC) pourrait poser quelques questions — surtout qu’elle sait où trouver Marc-Yvan Côté, qu’elle a arrêtée le 17 mars dernier dans une autre affaire impliquant l’ex-ministre Nathalie Normandeau et son ancien chef de cabinet, Bruno Lortie. L’article 121 du Code criminel interdit le trafic d’influence auprès d’un titulaire de charge publique. C’est passible de 14 ans de prison. Peut-être qu’il n’y a rien ici dans le registre criminel, mais pourquoi ne pas s’en assurer?

Le commissaire au lobbyisme a vu le jour en 2002. Celui sur l’éthique, en 2010. L’UPAC, en 2011. Ces institutions sont récentes et utiles pour éclaircir des événements nébuleux et des fréquentations embarrassantes. Utilisons-les.

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10 commentaires
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Sans entrer dans le détail, l’émission Enquête semble montrer sans le dire explicitement, que monsieur Côté a été imposé à monsieur Hamad par monsieur Charest lorsque monsieur Hamad a choisi de se lancer en élection. La circonscription provinciale de Louis-Hébert était importante pour les libéraux puisque cela avait été celle de Jean Lesage ; l’enjeu était de la reprendre au Parti québécois.

L’expérience en tous points de monsieur Côté en la matière, semble indéniable. L’avoir avec lui dans une élection importante peut être considéré comme un atout.

Évidemment, je pense qu’on ne peut pas vraiment interroger monsieur Charest sur de telles questions et je conjecture que nous n’aurions jamais vraiment de réponse si on décidait de les lui poser.

Une chose semble assez évidente, c’est que presque tous les partis ont leurs éminences grises. On peut concevoir, qu’avec sa feuille de route, monsieur Côté ait été au nombre de celles-là. De telle sorte que ces gens incontournables sont difficiles à éviter. Ce sont symboliquement des portiers.

Le fait que monsieur Hamad et monsieur Côté ait été à l’emploi de la même firme d’ingénieurs conseils, ne peut que renforcer le lien naturel. Je suppose que monsieur Côté aura su faire usage adroitement de cette corde sensible, contre laquelle il n’est pas facile de résister.

D’autant que d’une élection à l’autre tout ce qui peut être fait, peut être défait. Comme j’ai un temps été à l’emploi d’une firme d’ingénierie, une des plaisanteries qu’il plaisait de répéter par les ingénieurs était que : « faire et défaire, c’est toujours travailler »…. On comprend bien que par de tels mots qu’il existe bel et bien une réelle proximité entre les ingénieurs, les grands travaux, les donneurs d’ordres et… le monde politique.

Ce malgré les promesses faites par les uns et les autres, que tout le reste est désormais chose du passé et que jamais, plus jamais, au grand jamais, on ne refera plus jamais comme avant !

Il semble évident pourtant que dans la culture du PLQ jusqu’à encore tout récemment, on ne pouvait pas envisager sérieusement de s’engager en politique sans apporter d’une manière ou d’une autre la moindre contribution.

L’enseignement que cela nous donne, c’est qu’on n’entre pas en politique par vocation, pour servir la collectivité et les gens, on entre plutôt dans un « club » qui ouvre les portes du pouvoir moyennant le versement d’un ticket dont le prix varie en fonction des activités auxquelles vous entendez participer. Et si ce n’est pas de l’argent que vous apportez, vous devez avoir un profil qui permette d’en imposer à l’opinion publique.

Viser un poste de ministre demande probablement plus de soutien financier que celle de militant de base. Pas excessivement étonnant non plus qu’on grand nombre de journalistes fassent également le saut dans l’arène politique.

— Est-ce que tout cela peut paraître immoral ? Contraire aux règles d’éthique ? Voire criminel ? — Peut-être… enfin j’en sais rien… j’sais pas pantoute… J’dirai rien !

Vraiment M. Drouginsky, la seule conclusion à laquelle votre texte peut nous amener est que vous écrivez pour ne rien dire. Si vous vous faites plaisir tant mieux.

@ Koldo,

« C’est grande pitié quand beauté manque à cul de bonne volonté. » — François Rabelais

Le fait d’avoir appris à lire, écrire et de savoir écrire est un plaisir en effet. C’est une faculté dont tout le monde à mon grand regret, ne dispose pas. Ce que nous écrivons, est considéré par certains encore comme le miroir de l’âme. Je relève que vous n’aimez manifestement pas le caractère humoristique de mes conclusions. Vous choquent-elles ?

Quant à vous Koldo, qu’écrivez-vous de si grand intérêt quand 90% (environ) de vos commentaires usuellement, consistent à critiquer sans quelque consistance que ce soit, les commentaires écrits par d’autres internautes qui ne partagent pas vos vues ?

En quoi ce que vous dites devrait faire foi ? Instruisez-nous !

Peut-être…. Je le conçois, devriez-vous apporter un peu plus d’attention à ce que vous-même vous écrivez, avant que de ne distinguer dans ce que disent les autres que sorte de nullité ou d’inutilité.

— Quoiqu’il en soit, merci tout de même de me lire. C’est toujours un plaisir de plus que de pourvoir consulter les rétroactions des internautes. Ne perdez pas de vue nonobstant… ce ne sont pas tant nos commentaires qui comptent ; c’est plutôt ce que peut vous apprendre de neuf la lecture de ce blogue ou de tout autre blogue de L’actualité.

À quand une véritable enquête sur le « deal » entre Pauline Marois et son mari avec la FTQ???

François, t’as pas lu le texte? Il est question de Sam Hamad et non pas de Pauline Marois, cependant je ne suis pas trop surpris de ton intervention, c’est plutôt le contraire qui m’eut surpris

Le problème ce n’est pas le PLQ. Le problème est modèle québécois où plein de monde veulent l’aide ou les privilèges de l’état et comme les ressources sont limitées, certains cherchent des raccourcis. Quand je dis que ce n’est pas juste le PLQ, revenez au début des années 2000 et faîtes une recherche sur Oxygène 9, une firme de lobbying proche du PQ. Le gouvernement avait développé un programme pour soutenir les grands festivals (soit six festivals) et subtilement on les invitait à passer par Oxygène 9 pour accélérer le traitement de leur demande. Crime six demandes, pas 2000! Bernard Landry a vite enterré l’affaire. Il y avait là l’embryon d’une commission Charbonneau. Donc, aujourd’hui, c’est le PLQ parce que celui-ci gouverne depuis presque 15 ans. Il ne faut pas oublié dans les récentes arrestations de l’UPAC, il y avait deux péquistes. Pas pire pour un parti qui a juste été au pouvoir 18 mois.

Il ne faut pas oublié dans les récentes arrestations de l’UPAC, il y avait deux péquistes. Des pee-wee.

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette affaire. Quand tout est en gros caractères, je me méfie. L’amplification verbale n’est jamais bonne conseillère et ne sert en rien à y voir clair. Les médias anglophones sont surpris de l’ampleur médiatique et avec raison, il s’écrit des pages et des pages sur le cas Hamad comme je n’ai jamais vu auparavant. Aucun abonnement sur les réseaux sociaux, alors j’imagine que la toile doit être rouge feu. Hier, CBC un commentateur politique a dit tout simplement : l’opposition n’a traité que d’un seul sujet, toute la journée Sam Hamad.
Ainsi va la vie, il n’y a plus rien d’autre qui existe et qui vaut la peine de s’intéresser. Dire que Jean Lapierre nous quittait il y a une semaine et qu’il n’est plus la une du jour et pourtant, on devrait en parler quand même, me semble.