Que faire de SNC-Lavalin ?

Le cabinet de génie-conseil est dans de beaux draps avec les accusations de fraude et de corruption portées contre lui. Quel avenir peut-on envisager pour ce fleuron québécois sans cesse éclaboussé ? demande Brian Myles.

Photo: Guillaume Lavallée/AFP/Getty Images
Photo: Guillaume Lavallée/AFP/Getty Images

SNC-Lavalin est dans de beaux draps avec les accusations de fraude et de corruption portées contre elle, à la suite d’une enquête de la GRC pour des magouilles alléguées en Lybie.
Politique

Le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, s’est porté à la défense de ce fleuron québécois sans cesse éclaboussé. La Fédération des chambres de commerce du Québec a invité à la prudence et à la retenue pour ne pas démolir l’industrie du génie-conseil. Des chroniqueurs et éditorialistes en émoi ont dénoncé le cadre réglementaire trop étroit à Ottawa.

J’ai eu l’impression de me réveiller d’un coma de 10 ans. Il n’y a pas si longtemps, le Québec s’indignait de la corruption et de la collusion endémiques dans l’industrie du génie-conseil. Nos politiciens (libéraux et péquistes) adoptaient un train de mesures pour faire le ménage, incluant la création de la commission Charbonneau, de l’escouade Marteau, puis de l’UPAC, et enfin l’adoption d’une loi sur l’intégrité, pour s’assurer de la probité des entreprises qui décrochent des contrats publics.

Le fédéral n’est pas resté sur la touche, avec le resserrement des règles d’attribution des contrats par le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux. Une entreprise sera privée de contrats fédéraux pour une durée de 10 ans si elle ou ses dirigeants sont reconnus coupables de fraude ou de corruption, au Canada ou à l’étranger.

Il faudrait maintenant tout mettre de côté et repartir à zéro ? Il semble bien que ce soit l’option libérale. Le gouvernement Couillard a l’intention de récupérer les sommes perçues en trop par le privé, avec le projet de loi 26, et de passer à autre chose. Il n’efface pas l’ardoise au profit de ses plus fidèles supporters du Québec inc., mais presque.

Le ministre Daoust est allé très loin dans sa défense de SNC-Lavalin. À demi-mot, il a appelé les corps policiers et les procureurs de la Couronne à cibler les gestionnaires seulement et à faire preuve de mesure dans leurs enquêtes pour protéger «les grands fleurons» de l’économie. «Soyons prudents», a-t-il lancé. Et soyons aveugles.

Sans grande subtilité, le ministre Daoust vient de dire aux policiers et à la Couronne de ne pas trop en faire dans leurs enquêtes ciblant, tiens donc, le Parti libéral du Québec (PLQ) et tout ce que la province compte de grandes entreprises.

Or, la frilosité des forces de l’ordre à s’attaquer à l’élite politique et économique, au cours des 20 dernières années, nous a conduit vers le marasme actuel.

SNC-Lavalin entend contester «vigoureusement» les accusations, qu’elle juge «sans fondement». Le cabinet a des raisons d’être en beau fusil.

Depuis le départ du p.-d.g. Pierre Duhaime, aujourd’hui accusé de fraude pour son rôle allégué dans le trucage de l’appel d’offres du CUSM, SNC-Lavalin a entrepris tout un ménage. Son nouveau p.-d.g., Robert Card, a renforcé son programme d’éthique et de conformité dans toutes ses activités à travers le monde. C’est désormais «tolérance zéro» envers les entorses à l’éthique.

Le cabinet, tel qu’il est aujourd’hui, est si vertueux qu’il a obtenu de l’Autorité des marchés financiers (AMF) la permission de soumissionner sur les contrats publics au Québec.

SNC-Lavalin a d’ailleurs collaboré avec l’UPAC et la GRC pour chasser les derniers squelettes de son placard, y compris pour les activités de sa filière libyenne. Les accusations de fraude et de corruption font mal à l’entreprise, d’autant plus qu’une reconnaissance de culpabilité la mettrait hors de jeu pour les contrats fédéraux — y compris celui du pont Champlain — pour une décennie. Au Québec, l’interdiction est de cinq ans.

Les accusations semblent de mise contre la compagnie pour ce qui est des gestes posés de 2001 à 2011 en Lybie. La corruption ne semble pas relever pas d’une série de gestes isolés par des personnes mal intentionnées chez SNC-Lavalin. Elle semblait faire partie de la culture d’entreprise. On ne donne pas 48 millions de dollars en pots-de-vin à des représentants du régime Kadhafi sans qu’il y ait, au sommet de la pyramide, une certaine forme de complicité institutionnelle.

L’automne dernier, SNC-Lavalin a évoqué le spectre d’une dissolution et la perte des 4 000 emplois à son siège social de Montréal si jamais elle est trouvée coupable de corruption. Le cadre fédéral est si contraignant qu’il est dénoncé par la branche canadienne de Transparency international, un organisme qui lutte contre la corruption.

Y a-t-il une solution mitoyenne ? Une amende salée, à 10 fois le montant du pot-de-vin, pour un total de 500 millions, serait-elle suffisante pour assurer la dissuasion générale sans compromettre la survie du cabinet ? Peut-être.

J’ai déjà dit tout le mal que je pensais du réflexe d’autoprotection du Québec inc. dans un billet précédent. Pour rompre avec le cycle de corruption et de collusion, il faut que les règles soient claires et que les autorités les fassent appliquer. Autrement, le cadre réglementaire perdra de son pouvoir de dissuasion.

Quand j’entends les bonzes libéraux et le gratin des affaires gémir sur les affres d’un régime de probité, j’ai toujours une pensée pour ceux qu’on n’entendra jamais pleurer en silence.

N’oublions pas ces entrepreneurs qui n’ont pas pu soumissionner sur les contrats, percer, grandir, prospérer et ainsi permettre d’accroître la concurrence dans une économie qu’on dit pourtant libre.

N’oublions pas ces entreprises brisées parce qu’elles jouaient selon les règles.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il a aussi été affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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Les Américains le font tous les jours.

Pourquoi pas le Québec.

Les extrémistes exécutent des gens tous les jours, pourquoi pas le Québec?

Parce qu’on a des valeurs de société, voilà pourquoi.

C’est le premier commentaire que je lis sur SNC qui ne va pas dans le sens « fermons les yeux » et le « too big to fail » pour le fleuron du Québec.
Quand la corruption perdure pendant des années dans une organisation, que fait-on pour changer la gouvernance? On engage une personne de l’extérieur et on mentionne que la gouvernance a changé. Comment fait-on cela dans la pratique et sur le plancher des vaches?
Tous les gens du conseil d’administration ont été remplacés?
Le comité de vérification qui est le gardien des bonnes moeurs financières a été remplacé?
Les vérificateurs et employés du département de contrôle interne qui n’ont rien vu pendant 10 ans ont-ils tous quitté?
Les directeurs qui ont été remerciés…combien? quels postes? quels bonis de départ?
Qui est poursuivis par l’organisation?
SNC a -t-elle acceptée de payer une amende?
Les profits engrangés par la collusion et le reste, quelles seront les amendes?
Les actionnaires qui ont reçus des dividendes et qui ont fait des gains en capital à cause de la « bonne gestion » auront-ils des amendes?
Les employés qui ont fermés les yeux et qui ont fait de l’aveuglement volontaire pendant des années pour conserver leurs jobs bien payées, vont-ils continuer à se fermer les yeux dans l’avenir et affirmer que la gouvernance a changé?
Peut-on croire que d’avoir un code de déontologie et un code d’éthique sur une tablette va redonner la « virginité » à SNC? Il n’y en avait pas avant? Ces ingénieurs et membres de corporations professionnelles n’ont pas déjà un code de déontologie à suivre?
Ces directeurs qui ont développé cette culture et qui pendant 10 ans ont pu engagés des employés à leur image pour avoir un réseau efficace, ils sont tous partis?
Jusqu’à quel point la soif de performance (via les pressions du marché et des actionnaires) qui dicte la rémunération de la haute direction par des bonis, des options d’achat d’actions a -t-elle aidée à développer et encourager ces comportements?
Si on enlève tout le « fignolage » qui a profité de ces gestes? Les actionnaires, les directeurs et la cie qui s’est enrichi et qui possède des actifs. D’Aucuns diront que le gouvernement aussi via les taxes payées sur la masse salariale (pour ce qui est des impôts sur le revenu, ce serait à vérifier avec les états financiers ).
SNC_Lavallin est un beau cas à étudier.

Merci M. Brian Myles de votre vigilance à secouer, encore et toujours, la torpeur qui est la nôtre, celle justement qui permet à tous les pouvoirs – financiers – politiques – de s’allier pour des motifs plus que douteux. La force d’inertie qui est la nôtre est à vomir parfois.

Merci également M. Yves Ducharme de soulever toutes les pierres concernant SNC Lavalin: j’aimerais que publiquement, l’entreprise réponde à vos 16 questions avant que les pouvoirs en place et nous tous, par notre inertie, lui donnions un chèque en blanc!!

« En révolution, le premier de tous les principes est de diriger le mal qu’on ne saurait empêcher. » — Honoré de Balzac

Est-il possible qu’il existe une proximité « naturelle » entre les firmes de « Génie-Conseil » et les élus politiques ? Sans égard particulier avec l’appartenance à un parti (plus qu’un autre), peu importe les paliers de gouvernement.

Se pourrait-il que toutes firmes de « Génie » qui souhaitent consolider leur présence dans le monde, qu’elles recherchent « naturellement », cette proximité « naturelle » avec les élus dans les juridictions dans lesquelles elles opèrent ? Lorsque sur certains marchés, qui peuvent être quelquefois lucratifs, ces élus sont à toutes fins pratiques des despotes.

Doit-on s’insurger si on fait des affaires avec des despotes ? Après tout, ce sont des partenaires d’affaires comme les autres. Ils contribuent à créer des jobs chez eux et ils contribuent à en créer chez nous.

Est-il possible en matière de commerce international, que les entreprises qui réussissent le mieux partout dans le monde, qu’elles soient toutes à divers niveaux obligées d’utiliser plus ou moins les mêmes stratagèmes pour conquérir ces marchés ? En quelques sortes, tout l’art consisterait à mener le plus rondement possible les affaires en toute discrétion.

SNC-Lavalin s’est positionnée pour son savoir-faire dans l’élite mondiale des firmes de Génie-Conseil. Nous savons que plusieurs de ses actionnaires sont des « princes » orientaux qui investissent en toute discrétion et en toute légalité dans ce type de compagnies par le biais de fonds d’investissements qui peuvent tout aussi bien avoir leur bureaux en Californie, en Suisse, en France, en Grande-Bretagne, ailleurs ou à Montréal.

La structure juridique et opérationnelle de SNC-Lavalin lui permet de pouvoir purement disparaître du Québec, quitte à perdre une partie du marché de la province. En revanche elle pourrait tout aussi bien diriger ses opérations pour l’Amérique du Nord depuis Calgary ou encore mener ses opérations à travers le monde depuis Paris où elle dispose d’une grande base opérationnelle. Et même se forger (comme d’autres l’on fait avant elle) : une toute nouvelle identité.

Est-il possible que vivre à 100% selon la vertu consiste à vivre dans la pauvreté sans grande chance quelque elle soit de rencontrer au passage quelques formes agréables de l’enrichissement ?

Québec Inc. est aux abois. Dans ce bel aréopage de champions de l’économie nationale et francophone, tout ce qui compte, c’est le réseautage, la solidarité, les liens organiques avec l’État-Providence, le soutien stratégique et une dose judicieusement administrée de protectionnisme larvé. Bref, c’est la collusion politiquement correcte.

Tous unis contre la concurrence extérieure.

Il faut laisser vivre SNC Lavalin ! Faire bien sûr le ménage parmi la haute direction est nécessaire et changer la culture de l’entreprise mais surtout garder l’ expertise de cette entreprise et la faire évoluer vers de nouveaux sommets!

Ils avaient des contrats d’un milliard avec la Libye. Le premier ministre Martin était même allé en Libye signer ca
Personne ne savait qu’il y avait de la magouille? Come on

La majorité des pays dans le monde sont contrôlés par des dictatures. Et ces dictatures s’enrichissent avec de la corruption. Ce devait être à peu près impossible d’obtenir des contrats en Lybie sans graisser le dictateur et ses amis.

Il faut se débarrasser des pommes pourries . Il doit y avoir au Québec des personnes qualifiées et honnêtes pour faire fonctionner cette entreprise , sinon il faut utiliser des étrangers pour le faire . Le Québec ne peut se payer le luxe de perdre cette industrie .

«Que faire avec les élus ?». Y avez-vous déjà pensé? Ils sont encore là. Ils traînent leur squelettes de l’époque, toujours caché dans un placard. Un jour certain seront révélés, d’autres jamais. En attendant, ça entretien une vulnérabilité potentielle. Une piste de réflexion : une sorte de commission «vérité et pardon». Chacun vient raconter ses magouilles et est pardonné. Après tu peux être poursuivi sur ce que tu n’as pas divulgué.