Que vaut la parole du ministre Kenney?

Le 29 juin 2010, le projet de loi C-11 recevait la sanction royale, donnant ainsi le coup d’envoi à la mise en œuvre de la réforme longtemps attendue du système de détermination du statut de réfugié. Cette transformation devait s’étaler sur deux ans et entrer pleinement en vigueur  à la fin de juin 2012. Pour parvenir à faire adopter son projet malgré le statut minoritaire du gouvernement Harper, le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, avait négocié des changements avec l’opposition et chacun avait mis de l’eau dans son vin. Jeudi, Jason Kenney est revenu sur sa parole en présentant un projet de loi qui efface les compromis du gouvernement et, du même coup, la petite dose d’impartialité et d’équité qu’avaient réussi à obtenir bloquistes et néo-démocrates.

En juin 2010, Jason Kenney présentait pourtant le projet amendé comme une solution gagnante pour tous. Le système serait à la fois rapide, efficace et équitable, disait-on. Tout le monde applaudissait. Le gouvernement avait obtenu des partis d’opposition qu’ils acceptent le concept de pays désignés sûrs et l’idée que les demandes d’asile des personnes originaires de ces pays soient étudiées avec célérité. En échange, les conservateurs acceptaient que ces personnes aient un véritable droit d’appel sur le fond de leur dossier. De plus, il prévoyait que la liste des dits pays sûrs soit établie par un groupe d’experts indépendants.

La liste des pays sûrs demeure, mais le projet de loi C-31 présenté jeudi élimine le droit d’appel sur le fond demandé par l’opposition. De plus, le comité d’experts qui devait conseiller le ministre sur la fameuse liste disparaît. En fait, le gouvernement revient à quelques nuances près à la version originale du C-11.

Voici ce que le ministre Kenney a dit en conférence de presse jeudi dernier.

«Cette loi [C-11] a contribué grandement à résoudre les problèmes de notre système, mais il est apparu de plus en plus clairement qu’il y avait encore des lacunes et que des changements supplémentaires étaient nécessaires.»

Aurait-il oublié qu’il a lui-même décidé que la réforme de 2010 n’entrerait pleinement en vigueur qu’en juin prochain? Comment, dans ces circonstances, peut-il prétendre qu’elle ne répond pas aux attentes? De plus, il ne fait  que retarder un peu plus la mise en œuvre de la réforme avec son nouveau projet de loi. Il admet lui-même que tout sera reporté à l’automne, au plus tôt, et à la condition, bien sûr, que C-31 soit adopté rapidement. (Surveillez le bâillon…)

La motivation du ministre Kenney est très claire. «Nous avons besoin de mesures plus solides et qui sont plus près des intentions du projet de loi original présenté en mars 2010», a-t-il dit en conférence de presse. Bref, il revient en arrière parce qu’il en a maintenant les moyens. Membre d’un gouvernement majoritaire, il se sent autoriser de renier sa parole en toute impunité. Après tout, comme il l’a dit lui-même, «on a eu un très bon débat [en 2010], mais c’était dans le contexte d’un Parlement minoritaire».

Et le ministre a l’audace de dire qu’il est ouvert à des amendements et à des discussions avec l’opposition. Dans quel but? La berner à nouveau?

(Le projet C-31 comporte deux autres volets. Il intègre les mesures d’un autre projet de loi ciblant les passeurs et les personnes qui y auraient recours. Il accorde aussi au gouvernement le pouvoir d’exiger des informations biométriques de quiconque demande un visa d’entrée au Canada.)

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Les conservateurs vont s’en tenir à leur agenda et ils vont livrer la marchandise…

Après tout, ne sont-ils pas une «strong and stable majority»?

La parole de Kenney, comme celle de tous les autres membres de ce gouvernement ne vaut pas … un clou !

C’est un recul sur toute la ligne. Le Canada n’est plus une terre d’accueil; c’est la ligne dure et l’inhumanité qui prévalent. Je suis en total désaccord et j’espère que beaucoup de québécois vont se réveiller pour contester et empêcher cette loi d’être appliquée.

Le fait qu’il y ait des abus de la part des réfugiés fait consensus au Canada et particulièrement au Québec.
Il est normal que le gouvernement fasse des lois pour contrer ces abus. Le systeme actuel coute cher et se fait sur le dos des citoyens et des immigrants de bonne foi.
Lors de mon voyage au Burkina Faso, j’ai rencontré un réfugié de la Cote d’Ivoire. Celui-ci craignait pour sa sécurité à cause de certains politiciens. C’était un vrai réfugié;
Sa situation était temporaire. Son but était de retourner en Cote d’Ivoire aussitot la situation corrigé.
Il s’est sauvé de son pays par voie terrestre; il n’a pas pris l’avion à cause des controles étroits avant l’embarquement.
Si on compare cela avec nos faux réfugiés qui quittent leur pays par avion et qui font du cherry-picking pour choisir un pays riche qui va multiplier leur niveau de vie par dix.
Ceux-ci veulent s’établir de facon permanente dans leur nouveau pays. Ne les appelons donc pas réfugié (temporaire par définition) mais plutot « immigrant qui veulent se mettre en devant de la file ».
Un faux réfugié, au Canada depuis 20 ans, qui ne parle pas francais et ne contribue pas à la société est un boulet pour tous les citoyens.
C’est pourquoi le gouvernement fait des lois.
Bien expliquées, ces lois sont largement approuvées par les citoyens. Il faut cependant que les journalistes cessent de faire du petit journalisme idéologique et dogmatique et qu’ils cessent de fabriquer des faux concensus à leur image.
Il est dommage que les représentants des médias soient dotés d’autant d’intelligence mais de si peu de jugement (capacité d’analyse)

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