Québec appelle les hôteliers en renfort

Plus de 6000 chambres ont été mises à la disposition du ministère de la Santé dans les 17 régions administratives pour délester les hôpitaux, accueillir des quarantaines forcées ou héberger des malades.

Le gouvernement souhaitait avoir 4000 chambres en banque. Jusqu’à présent, 6000 ont été confirmées (Photo : iStockPhoto)

Le gouvernement du Québec enrôle les hôtels et motels de la province dans sa lutte à l’épidémie de coronavirus. Plus de 6000 chambres ont été mises à la disposition du ministère de la Santé dans les 17 régions administratives, selon les informations obtenues par L’actualité.

Québec se prépare à tous les scénarios et souhaite rester en avant de la parade si la situation se détériore dans les prochaines semaines.

À la demande du gouvernement, l’Association hôtellerie du Québec a sollicité ses 525 membres —  qui regroupent 66 % des chambres au Québec — afin de savoir quels établissements seraient prêts à recevoir des patients en attente d’une chirurgie ou sortant d’une opération, des citoyens en quarantaine forcée ou encore des personnes atteintes de la COVID-19 qui doivent récupérer à l’écart de leur famille, notamment le personnel hospitalier.

«La réponse est excellente, les hôteliers sont très coopératifs. Ils se sentent en mission pour aider le Québec», explique Xavier Gret, PDG de l’Association hôtellerie du Québec.

Il faut dire que la fréquentation s’est effondrée depuis le début du mois de mars. Par exemple, à Montréal, le taux d’occupation est passé de 85 % à environ 3 %. «Il y a de la place», dit Xavier Gret. Le gouvernement va dédommager financièrement les propriétaires d’hôtels et motels pour l’utilisation des lieux.

La formule est très souple, de sorte que chaque agence régionale de santé publique utilisera les établissements en fonction de ses besoins.

Par exemple, à Laval, le Quality Suites près de l’autoroute 15 a été entièrement pris en charge par le ministère de la Santé, qui y logera des patients en attente de chirurgie ou en convalescence d’une opération, afin de libérer des lits à la Cité de la Santé. «C’est le personnel du gouvernement qui est sur place, et non pas le personnel régulier de l’hôtel, explique Xavier Gret. Ailleurs, la formule peut être différente. Le gouvernement peut avoir besoin de seulement un étage ou utiliser le personnel de l’hôtel pour certaines tâches. C’est du cas par cas.»

Le gouvernement souhaitait avoir 4000 chambres en banque. Jusqu’à présent, 6000 ont été confirmées. «Ça s’ajoute tous les jours», dit Xavier Gret. Une vingtaine d’hôteliers se sont portés volontaires à Montréal et une quinzaine à Québec.

Le ministère de la Santé coordonne la recherche des établissements et les ententes avec le ministère du Tourisme, qui a une relation de confiance et de proximité avec les hôtels et leurs partenaires partout dans la province.

Selon nos informations, trois types d’utilisation des hôtels sont possibles.

La première catégorie prévoit qu’un établissement reçoive, comme le Quality Suites de Laval, des patients en attente d’une chirurgie ou en convalescence d’une opération, par exemple suivant un accident ou une opération pour un cancer. Ce sont des patients semi-autonomes sous supervision médicale légère. L’objectif est de délester les hôpitaux afin de faire de la place pour recevoir des cas urgents ou des patients atteints de la COVID-19 qui ont besoin d’une hospitalisation. Le ministère de la Santé a actuellement 7000 lits de disponibles, et il y a 141 malades de la COVID-19 dans les hôpitaux. Il y a donc encore suffisamment d’espace, mais les choses peuvent changer dans les prochaines semaines.

Le deuxième type d’hébergement recherché par le gouvernement vise à placer des gens en isolement qui ne peuvent le faire à la maison. Par exemple, des Canadiens qui rentrent de l’étranger en catastrophe, mais qui n’ont pas d’endroit où loger à court terme parce qu’ils sont hors du pays depuis un bon moment, ou encore des étrangers coincés ici depuis la fermeture des frontières et qui ne peuvent rentrer tout de suite dans leur pays. Certains snowbirds rentrés en vitesse et qui vivent à l’année dans leur roulotte (au Québec ou aux États-Unis) pourraient avoir besoin d’un endroit où dormir avant le retour d’un temps plus clément sur les terrains de camping. Entrent dans cette catégorie aussi les chambres pour loger les femmes ou les enfants victimes de violence qui doivent quitter leur domicile, mais qui n’ont pas d’endroit où aller.

Finalement, le gouvernement cherche des hôteliers pour abriter des malades de la COVID-19 qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés, mais qui ne peuvent s’isoler à domicile sans contaminer le reste de la maisonnée (logement trop petit pour le nombre de résidents, personnel de la santé, un Québécois loin de sa région et qui ne peut rentrer à la maison à court terme, etc.) Dans cette catégorie, le ministère de la Santé privilégie les établissements avec mini-cuisine, style appartement, pour minimiser le contact des malades avec l’extérieur. Tout un protocole est en train d’être mis en place pour assurer aux employés de ces hôtels qu’ils travaillent dans un environnement sécuritaire.

Dans les derniers jours, Québec et Ottawa ont dû s’ajuster, parce que le gouvernement fédéral est aussi à la chasse aux chambres d’hôtel pour y loger des personnes vulnérables, comme des membres des Premières nations qui sont atteintes du coronavirus et qui ne peuvent retourner dans leurs communautés, ou encore des Canadiens de retour au pays qui ont besoin d’un endroit où s’isoler, par exemple des diplomates. Parfois, Ottawa appelait directement les établissements, sans passer par la liste dressée par le gouvernement du Québec avec ses trois catégories, ce qui a causé quelques frictions temporaires.

Plusieurs scénarios sont possibles et le gouvernement du Québec ne sait pas encore s’il aura besoin d’un grand nombre de chambres.

Les fonctionnaires du gouvernement qui travaillent sur ces ententes, programmes et protocoles le font dans une situation difficile, puisqu’ils sont eux aussi, comme le reste de la société, contraints au télétravail. Les gestionnaires doivent gérer leurs équipes à distance, souvent pour la première fois. Ils vivent également le stress ambiant de l’épidémie, ayant parfois à la maison un conjoint ou une conjointe qui a perdu son emploi en raison de la crise, sans compter les enfants privés d’école dont il faut s’occuper. «Notre fonction publique est admirable. Tout le monde travaille sans compter ses heures», souligne une source au bureau du premier ministre François Legault.

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Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

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