Québec : place au dialogue

Six ministères et une douzaine de représentants de la communauté musulmane discutent de solutions pour prévenir la radicalisation.

Photo © Ryan Remiorz / La Presse Canadienne
Photo © Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

Québec sort l’artil­lerie lourde. Mission : créer un plan d’action contre la radicalisation violente.

Le premier ministre, Philippe Couillard, qui a tenu une première rencontre avec des membres de la communauté musulmane en novem­bre, a confié à Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, la responsabilité de ce plan d’action conçu avec les ministères de l’Emploi, de l’Éducation, de la Protection de la jeunesse, de la Famille et de la Sécurité publique. La ministre veut travailler en amont « en favorisant l’inclu­sion et en trouvant des solutions aux obstacles que rencontrent ces communautés », dit-elle. Il s’agira de repérer les jeunes flirtant avec les idéologies tordues bien avant qu’ils passent à l’acte.

Le Québec compte environ 245 000 musulmans, soit 3 % de la population. En France, cette proportion est de 12 %.

La ministre, qui mène actuellement une consultation publique sur la future politique d’immigration, voit un lien entre intégration et lutte contre la radicalisation : « Les experts nous disent de faire attention à la deuxième génération d’immigrants. Ils appellent cela le “phénomène du rêve brisé”. Ça ne mène pas nécessairement à la radicalisation. Mais certains jeunes expriment la préoccupation de voir leurs parents, arrivés ici avec des compétences et un rêve, et qui ne réussissent pas à s’insérer. C’est une grande déception. »

Les mesures concrètes du plan contre la radicalisation seront annoncées en juin. Des musulmans ont toutefois déjà avancé des solutions lors d’un débat qu’ils ont organisé d’urgence à Mont­réal, quelques jours après les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa.

En ce lundi soir d’octobre, au Centre Saint-Pierre, à Montréal, ils étaient une centaine à réfléchir aux façons de prévenir la violence commise au nom de l’islam. À la table de conférence, des membres influents de la communauté ont tour à tour pris la parole, dont Monsef Derraji, président du Congrès maghrébin au Québec, Haroun Bouazzi, coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, et Bochra Manaï, chercheuse à l’INRS-Urbanisation, Culture et Société, qui prépare un postdoctorat sur la radicalisation des jeunes.

Au Québec, les enfants d’immigrants faisant partie d’une minorité visible gagnent moins d’argent, même s’ils sont nés ici et ont étudié ici. Leurs revenus annuels sont de 31 % sous la moyenne québécoise, un manque à gagner de près de 20 000 dollars par année.
(Source : Statistique Canada 2006)

Et les idées ont fusé : assurer un meilleur accès au marché du travail aux musulmans ; informer les jeunes sur la citoyenneté et l’identité québécoise ; renseigner les imams pour qu’ils connaissent mieux les ressources en santé et services sociaux et puissent y diriger leurs fidèles ; former les imams ici plutôt qu’en Égypte ou au Moyen-Orient pour que leur vision de l’islam soit compatible avec les valeurs québécoises.

Le moment fut-il « histori­que » ? Plusieurs de ces confé­renciers font maintenant partie du groupe de travail qui collabore avec le gouvernement. « Un modèle québé­cois émerge », me dit Frédéric Castel, chercheur au Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté de l’UQAM, qui assistait à la rencontre à mes côtés. « Ici, les personnalités influentes viennent du monde intellectuel, alors qu’en Europe ce sont encore les imams qui prennent la parole. »

Les musulmans du Québec semblent en train de vivre leur révolution tranquille. À peine 15 % d’entre eux fréquentent la mosquée, estime le chercheur. Quant aux jeunes nés ici, ils ont en général un fort sentiment d’appartenance au Québec. « Leurs connaissances, c’est un peu d’islam, un peu de Facebook et un peu de Star Académie, caricature Fré­déric Castel. J’ai même découvert une frange souverainiste, un indice de québé­citude avancée ! »

C’est aux abords des mosquées, plutôt qu’à l’intérieur, que se fait en général le recrutement des futurs djihadistes, selon Frédéric Castel, qui fréquente ces lieux de culte depuis des années. Des jeunes déjà radicalisés y rôdent, tentent d’y repérer d’autres esprits troublés ou y laissent de la propagande.

Les imams ont donc un rôle de surveillance à jouer. Mais ils ne peuvent lutter seuls contre les idéologies toxi­ques accessibles sur Inter­net. « Toute la société partage la responsabilité de l’inclusion », dit Kathleen Weil.

Taux de chômage de la communauté musulmane du Québec

En 2001 :

23 % pour les hommes

24 % pour les femmes

En 2011 :

16 % pour les hommes

19 % pour les femmes

(Source : Statistique Canada, compilation de Frédéric Castel)

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5 commentaires
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Coup donc est-ce que les medias sont volontaire pour transmettre les lignes du gouvernement …

Le gouvernement tente d’imposer le mot radicalization sur l’integrisme religieux …. pourquoi les blogueurs et medias embarquent dans cette propagande.

Recevez vous de l’argent du sectorie ….

C’est le rôle des journalistes de rapporter la nouvelle quel qu’elle soit et d’être rigoureux sur la façon de le faire. Si le journaliste commence à interpréter les propos des acteurs en jeu, il fait de l’éditorial – c’est donc son devoir de rapporter les propos verbatim et de couvrir tout ce qu’il y a à savoir sur l’évènement.

Effectivement l’article semble être une transcription du dossier que propose la ministre de l’Immigration du Québec. Comme si la question du voile, de l’abattage rituel, des demandes de non-mixité dans les activités culturelles, sportives et récréatives sont tous résolus

Un travail est un aspect de l’intégration mais pas uniquement.

Totalement inintéressant. À l’évidence on mettra le fardeau de la solution sur la société d’accueil et non sur la communauté elle même. Cette dernière sera déculpabiliser et la société d’accueil culpabiliser en retour. Le scénario est déjà écrit et livré ne règlera en rien l’extrémisme islamique, le problème fondamental étant l’islam lui même.

Je suis parfaitement d’accord avec la remarque de M. Garant. Le véritable problème est l’Islam et l’adhésion des musulmans à différents degrés, à ses préceptes. Il est rassurant de savoir q la majorité des jeunes prend racines au Quebec auquel ils s’identifient ce dont je suis loin d’être certain puisqu’il n’y a aucun chiffre ou enquête confirmant cette affirmation. La solution ne se trouve pas dans l’isolement de la communauté mais dans son assimilation dans les valeurs laïques du Quebec et dans l’appel à l’intelligence de nos concitoyens de confession musulmane qui, loin d’être fou fanatique pour la plupart, ne se reconnaissent plus dans cette foi aux principes archaïques de l’Islam. Comme un ami musulman me disait récemment » y a tu qque chose de meilleur que les oreilles de crisse ou une bonne bière froide quand t’arrive de travailler… »dans un québecois presque sans accent…c’est là que se trouve une partie de la recette en harmonie avec une souplesse législative pour se doter des moyens permettant de prendre des mesures plus drastiques contre les promoteurs du désordre social et contre les propos subversif et insidieux à l’encontre de la démocratie. Dans un autre ordre d’idée, la Charte canadienne commence par reconnaître Dieu (pas Allah) et la primauté du droit! C’est là un baromètre raisonnable pouvant être imposé à la liberté d’expression: l’attaque directe aux valeurs démocratiques. On ne peut invoquer l’accessoire (la liberté d’expression) si on ne respecte pas le précepte de base, la fondation de la société démocratique canadienne et québécoise. Il n’existe pas de droit absolu. Il n’y a que des droits qui subissent des limites, des exceptions, des nuances et de la pondération. C’était long, désolé mais fallait que j’écrive une partie de ma réflexion…