Québec solidaire : où est le progrès ?

Alors qu’il occupe le champ gauche presque à lui seul, le parti peine à conserver ses acquis dans les intentions de vote. En cette année électorale, Gabriel Nadeau-Dubois et son équipe ont du pain sur la planche. 

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Depuis une dizaine d’années, d’importants mouvements dans les intentions de vote des Québécois ont été observés. Ce qui peut laisser croire que le Québec est entré dans une ère post-débat national, alors que la fracture indépendantisme-fédéralisme semble s’estomper.

Parmi les éléments qui nourrissent cette hypothèse, il y a la baisse graduelle des appuis au Parti libéral du Québec (PLQ) et au Parti québécois (PQ) chez les électeurs francophones, jusqu’à des planchers historiques. L’ascension au pouvoir d’une formation prônant à la fois le fédéralisme, l’autonomisme et le nationalisme, la Coalition Avenir Québec (CAQ), est également à considérer.

L’érosion des appuis aux deux partis qui ont dominé le paysage politique depuis la fin de la Révolution tranquille se poursuit lentement mais sûrement. Tel que je l’ai mentionné dans ma dernière chronique, les données actuelles nous montrent qu’aucune de ces deux formations ne semble se diriger vers des gains à court terme. Non seulement le PQ et le PLQ se trouvent tous deux très bas dans les sondages, mais les chefs Paul St-Pierre Plamondon et Dominique Anglade affichent des niveaux de popularité en deçà de ceux de leurs partis respectifs. En même temps, un Parti conservateur revigoré par Éric Duhaime grimpe en flèche. Résultat : les projections actuelles donnent à penser que le PLQ pourrait perdre une dizaine de députés et que le caucus du PQ pourrait être coupé de moitié. Rien de moins.

À l’ombre de ces mouvements, une gauche décomplexée, incarnée par Québec solidaire (QS), vole la vedette sur les banquettes de l’opposition. Les bulletins de vote étaient à peine tous comptés en octobre 2018 que les têtes dirigeantes du parti se considéraient déjà comme l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Si la formation de gauche avait plus que doublé sa part de suffrages en 2018 par rapport aux élections de 2014 (de 7,6 % à 16,1 %), depuis, rien ne milite pourtant en faveur d’une tendance durable. Au contraire. Selon les moyennes pondérées du modèle Qc125, QS a commencé l’année 2019 à 16 %, puis l’a terminée à 11 %. Depuis le début de la pandémie à l’hiver 2020, QS a oscillé autour d’une moyenne de 12 % à 13 %. En 2022, quatre sondages nationaux accordaient à QS des appuis entre 12 % et 19 %, avec une moyenne pondérée entre 13 % et 14 %. Nous sommes loin de la coupe aux lièvres, comme disait l’autre.

De plus, selon le plus récent sondage Léger, seulement 11 % des répondants perçoivent Gabriel Nadeau-Dubois comme le meilleur candidat au poste de premier ministre, à égalité statistique avec Éric Duhaime (12 %) et Dominique Anglade (10 %), et 31 points derrière François Legault.

Donc, même dans un écosystème politique qui devrait théoriquement leur être hautement favorable puisque le parti occupe seul, ou presque, le champ gauche, Québec solidaire et son chef parlementaire n’affichent aucune progression, selon les chiffres présentement connus. Étant donné que Nadeau-Dubois lui-même ne fracasse pas de record de popularité, il est plutôt difficile de concevoir une quelconque vague orange à l’horizon. En fait, dans le meilleur des scénarios pour QS selon les mesures actuelles, il parviendrait à retenir nombre de ses acquis de 2018, sans toutefois faire de gains.

Ces chiffres pourraient-ils changer au cours des prochains mois ? Bien sûr : ces données ne prédisent pas l’avenir, mais elles nous montrent que la pente sera abrupte.

Parmi les circonscriptions qui seront visées par QS se trouve sans aucun doute Marie-Victorin, où se tiendra une élection partielle au printemps (la date du scrutin n’est pas encore connue). En 2018, QS y avait obtenu un score respectable de 21,7 % (en troisième place derrière le PQ et la CAQ). Toutefois, un sondage récent, qui a fait l’objet d’une fuite par le PQ au Journal de Montréal la semaine dernière, mesure une forte chute des appuis à QS pour ce siège de Longueuil par rapport aux résultats de 2018.

Selon la maison Léger (voici le rapport du sondage), la candidate de Québec solidaire, Shophika Vaithyanathasarma, ne recueillerait qu’un maigre 11 % du vote, à égalité avec la candidate du PLQ et loin derrière le peloton de tête, où Pierre Nantel du PQ et Shirley Dorismond de la CAQ sont au coude-à-coude avec 33 % chacun. Notons que ce sondage de 500 répondants a été effectué par téléphone et est donc réellement probabiliste (avec une marge d’erreur de ± 4,4 %, 19 fois sur 20). Donc, même en considérant la marge d’erreur du sondage, QS n’était tout simplement pas compétitif dans Marie-Victorin au moment de la cueillette des données (du 4 au 9 février 2022).

Nous devons cependant souligner que ce sondage a été commandé et divulgué par le PQ. Ce n’est pas une information anodine, car jamais un parti politique ne va diffuser volontairement une enquête d’opinion publique qui ne lui est pas favorable — ce qui crée naturellement un biais de sélection. Toutefois, il ne s’agit pas d’un sondage interne d’une firme obscure non plus (comme nous en voyons parfois en campagne électorale), mais bien d’une étude d’une maison crédible. Si ces piètres chiffres pour QS devaient s’avérer dans l’urne au printemps, ce serait un net recul pour le parti de gauche dans une circonscription dont le profil démographique — jeune, urbain et où le milieu communautaire est fort bien organisé — devrait lui être favorable.

Ainsi, trois ans et demi après les élections générales de 2018, la visibilité accrue de QS ne s’est toujours pas traduite par des appuis supplémentaires dans l’opinion publique. Avec la faveur de seulement 10 % des électeurs de 35 ans et plus (selon le dernier Léger), Gabriel Nadeau-Dubois et son équipe auront fort à faire pour à tout le moins maintenir l’impression d’un parti sur son élan.

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À la question quel chef ferait le meilleur premier ministre on omet de mentionner que 22% des électeurs ne se prononcent pas.

Dans votre analyse vous oubliez que Pierre Nantel, le candidat du PQ, est une personnalité bien connue du comté et qu’il milite pour l’environnement et l’équité depuis longtemps- des valeurs de gauche. Ça joue beaucoup dans le vote.

Le parti QS, une gauche décomplexée, peut-être, mais surtout avec un programme écolo-socio-politique chimérique et une vision économique d’inspiration communiste.
Quant à son chef, GND, je le vois encore comme un carré rouge, son seul fait d’arme depuis une décennie.

Ah! Je l’attendais celle-là! Les communisses de QS!!! Franchement le maccarthyisme est désuet et un peu d’intelligence dans la discussion ne ferait pas de tort. QS est socialiste, ce qui est fort honorable, et c’est un choix que les gens peuvent faire ou pas. On peut pas tous marcher sous la même toune, ce serait bien trop ennuyant.

Je suis bien content de constater que je ne suis pas le seul à voir au travers du déguisement d’un idéologue marxiste.

Pour ma part, je souhaite qu’un Pacte en faveur d’un tournant humaniste et pro-environnement se fasse peu importe les gagnants ou la représentativité de chaque parti. Small and local are beautiful!!