Quel consensus québécois ?

Agiter la solidarité des Québécois comme arme de dissuasion massive contre tout geste fédéral n’allant pas dans le sens des intérêts du gouvernement en place est loin d’être un gage de succès. Lucien Bouchard le sait depuis un quart de siècle.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

En montant aux barricades contre la loi fédérale sur la clarté référendaire à la fin des années 1990, le premier ministre Lucien Bouchard était convaincu qu’il s’avançait en terrain solide.

Au sein de la classe fédéraliste du Québec, l’initiative postréférendaire du gouvernement de Jean Chrétien ne comptait guère de partisans. Le nouveau chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, voyait lui-même l’idée qu’Ottawa encadre les futures démarches référendaires du Québec comme un geste incendiaire, susceptible d’alimenter la flamme souverainiste. 

Or, loin d’être désavoué aux élections fédérales qui ont suivi l’adoption de la loi sur la clarté, Jean Chrétien a obtenu au Québec le meilleur score de ses trois joutes électorales comme chef libéral. Quelques mois plus tard, en janvier 2001, Lucien Bouchard citait le résultat fédéral pour expliquer sa décision de quitter la vie politique. 

À l’époque, il aurait été logique d’imputer à la polarisation entre souveraineté et fédéralisme le fait que le ressort qui aurait pu coaliser l’opinion publique québécoise contre les auteurs de la loi sur la clarté et derrière l’Assemblée nationale n’avait pas fonctionné.

Dans la foulée du vote serré de 1995, des sondages ont montré qu’une majorité de Québécois n’étaient pas partants pour un autre référendum. Cette tendance s’est accentuée au fil des décennies qui ont suivi, à tel point que le projet souverainiste n’est plus aujourd’hui au cœur de la conversation politique au Québec. Le ressort sur lequel a compté en vain Lucien Bouchard lors du débat sur la clarté est toujours détendu.

Le premier ministre François Legault l’a appris à ses dépens l’automne dernier quand il a lourdement insisté sur la menace pour l’autonomie du Québec que poserait la réélection d’un gouvernement libéral à Ottawa. Il avait même parlé d’une « question de survie » pour la nation québécoise.

On connaît la suite. Justin Trudeau a conservé sa mise au Québec, et pas seulement parce qu’il a fait le plein de votes chez les fédéralistes purs et durs. Parmi ceux qui ont voté pour le PLC l’automne passé, les sondages indiquent que beaucoup ont néanmoins l’intention de voter pour la Coalition Avenir Québec à l’élection québécoise d’octobre ! 

Encore plus récemment, quand des maires de grandes villes de l’extérieur du Québec ont décidé, à la fin de l’an dernier, d’appuyer financièrement les contestataires de la loi 21, bon nombre d’observateurs ont affirmé que leur geste allait se retourner contre leurs alliés.

Loin d’ébranler les partisans de l’interdiction du port de signes religieux faite aux enseignants, juges et autres personnes en position dite d’autorité, ces interventions extérieures, a-t-on prédit, allaient avoir l’effet contraire en braquant davantage de Québécois contre les critiques de la loi 21.

Le premier sondage à être réalisé après la levée de boucliers de certains leaders d’opinion du reste du Canada ne va pas dans le sens de cette prédiction.

Selon la maison Léger, les Québécois ne sont guère impressionnés par les effets de toge des maires de Toronto, Peel et Calgary. Mais cela n’empêche pas une majorité d’entre eux (57 %) de vouloir que la Cour suprême se prononce sur les dispositions de la loi 21.

L’adhésion à l’interdiction du port de signes religieux — tout au moins en ce qui concerne les enseignants — est également loin d’être aussi bétonnée que le discours du premier ministre Legault pourrait le laisser croire.

L’appui majoritaire dont il se revendique se situerait, dans le cas des salles de classe, à 55 %. On se rapproche davantage ici d’un clivage que d’un large consensus. 

De plus, il y a un fossé entre l’adhésion — très forte — de la tranche la plus âgée de l’électorat à cette mesure et celle — très faible — de la tranche la plus jeune. (Ces années-ci, on observe un écart du même ordre en matière d’appuis à la souveraineté.)

Tout cela pour dire que l’idée reçue voulant que les Québécois répondent massivement présent chaque fois que leurs leaders politiques affirment que l’autonomie du Québec est mise en cause par Ottawa ou par le reste du Canada ne tient pas nécessairement la route.  

Au moment où le premier ministre Legault se prépare à des passes d’armes avec le gouvernement Trudeau sur des sujets allant du financement de la santé au troisième lien Québec-Lévis, il devra en tenir compte.

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Les souverainistes ont beaucoup contribué à cet état de fait en faisant de la province de Québec un état plus sûr de lui-même, démontrant par le fait même que le fédéralisme canadien était «potable» pour les Québécois. On n’a qu’à voir les avancées faites lors du premier mandat du PQ dans tous les domaines et surtout si on pense à la Charte de la langue française.

Les plus vieux ont connu les temps difficiles d’avant 1976, certains même d’avant 1960, et savent la menace que constitue le laissez-faire et l’américanisation non seulement du Canada mais aussi du Québec, une sorte d’acculturation galopante. Les plus jeunes vivent dans une bulle créée par les aînés et ce confort crée une certaine indifférence face à la résurgence du fait français en Amérique du Nord. L’américanisation de notre société fait que les jeunes ont maintenant accès via le web à tout ce qui se fait au sud de la frontière dans une langue qu’ils comprennent de plus en plus, l’anglais. On ne peut les blâmer, c’est le résultat de ce que nous, les plus vieux, avons fait depuis la révolution tranquille et, de plus, c’est aussi en train de se produire dans le foyer de la francophonie, la France.

Rome a étendu son influence sur toute la Méditerranée il y a deux millénaires, et notre langue le français en découle. C’est maintenant le tour de l’empire anglo-américain de s’étendre de plus en plus à travers le monde. Les querelles de compétences deviennent de plus en plus vaines dans ce contexte, surtout en matière de santé où nous avons lamentablement échoué. On pouvait quand même pas les gagner toutes!

Le Canada n’est pas une nation. Le Canada est une fédération de petites nations. La fédération canadienne nous appartient. Elle est à nous. Il n’y a aucune raison valable de s’en débarrasser. Nous sommes 10 provinces et 3 territoires. C’est à nous de nous unir pour devenir une nation, pas à un système politique professant l’illusion nationale. Quand nous serons unis, nous pourrons parler de nation. Actuellement nous ne sommes que les vassaux de la fédération tout comme des colonies assujetties à leur empire. C’est à nous de définir ce que doit être cette fédération et comment elle doit nous servir. Il n’y a rien de sain dans la perpétuation du colonialisme canadien.

Quelle intelligence fine dans votre papier. Quand j’entends: « Les québécois pensent que…approuvent… », je me dis toujours: quels québecois? On ne me demande rien et je ne suis pas d’accord. Merci de donner une voix à ceux qui pensent parfois autrement!

Il sera certainement très intéressant de savoir quel accueil réservera la Cour suprême de la loi 21 qui n’a d’intitulé que le terme de laïcité lorsque le but recherché était essentiellement d’assoir l’autorité du gouvernement sur les postes d’autorité ; pour finalement mieux leurrer les Québécois sur ce que n’est pas la société québécoise.

On préfère cultiver l’apparence plutôt que de porter un regard critique sur les faits.

Le port de signes religieux n’est pas un obstacle à l’autorité ; la loi définit mal ce qu’est un poste d’autorité. Pas plus qu’il n’est clairement défini ce qu’est un signe religieux. N’importe quel couvre-chef peut se substituer à une kipa. La kipa ne fait pas le juif. Pas plus que le port d’un foulard ne fait la musulmane. Le signe religieux est un fantasme de l’esprit.

Moins encore, on ne perçoit de quelle façon la laïcité constituerait une valeur typiquement québécoise lorsqu’il n’est point de laïcité s’il n’est point d’État laïque.

Ce qu’il est possible d’observer, c’est que Les institutions du Québec sont devenues plus séculaires avec la Révolution tranquille, comme grosso-modo ceci est le cas pour l’ensemble du Canada. En d’autres termes, il n’y a pas de prévalence religieuse dans le fonctionnement des institutions.

On oublie volontiers que le creuset de la laïcité, c’est la République, que tout cela est instillé dans l’école publique. Que la laïcité se construit ou ne se construit pas au fil du temps sans valoriser de quelque façon que ce soit l’instruction.

Lorsqu’on regarde les difficultés d’apprentissage auxquelles les jeunes d’aujourd’hui sont en très grand nombre quotidiennement confrontés ; il faudrait comprendre que la laïcité caquiste viserait surtout à renforcer ces privilèges qui se sont accordés une oligarchie qui exerce ses pouvoirs dans la province, une sorte d’autocratie guidée par une intelligentsia opportuniste avec laquelle le parti au pouvoir s’est intimement liée en dépit de cette apparence débonnaire qui signe un populisme aux relents de nationalisme.

Difficile pour des personnes saines d’esprit de s’y retrouver dans tout ce fatras.

Ainsi, nous retrouvons le même genre de clivages qui existaient en 1995. Je pensais que nous avions évolué dans une meilleure direction, lorsque tout compte fait, il n’en était rien. Alors il est heureux qu’il n’y ait pas de consensus, encore assez de citoyennes et de citoyens qui regardent la vie telle qu’elle est et non telle qu’on vous dit qu’elle est.

Elle est ou l’âme Québécoise…………….Dans les téléphones intelligents………..
les résaux sociaux………………le matéraialiste…………………le chacun pour soi……………….. l’ être humain unifié fonctionne bien………..s’affirme………..il en est ainsi d’un peuple … d’une nation…………….ce qui précède se vit actuellement au USA …………pour eux leur Âme est malade ………..
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Encore, comme toujours, une excellente analyse de Mme Hebert.
Cette propension à gouverner par sondage pose aussi la question du rôle fondamental et moral des administrations publiques. Devrait-on, par exemple, ramener la peine de mort si, au lendemain de crimes en série crapuleux, une majorité de répondants se prononçaient en faveur de ce recul d’une société civilisée? De gauche comme de droite, les idées populaires, voire populistes, sont en train d’éroder des valeurs démocratiques forgées par des décennies d’évolution sociale, et plusieurs partis politiques n’ont aucun scrupule à utiliser ces courants rétrogrades pour remplir les urnes.

Lucien Bouchard pouvait bien parler, c’est nul autre que lui qui a perdu son capital de sympathie, comme figure de proue du « Camp du changement » (le OUI), comme leader lors de la crise du verglas et comme victime de la bactérie mangeuse de chair quand il a fait la « job de bras » à la place de Jean Chrétien en adoptant sa politique du déficit zéro alors qu’Ottawa venait de sabrer dans les transferts aux provinces pour leur pelleter son déficit. Il a même eu le front d’affirmer que l’équilibre des finances publiques du Québec était une « condition gagnante » pour la tenue d’un autre référendum.

La réalité, c’est qu’il a fait le jeu d’Ottawa en absorbant ses coupures tout en décevant sa base militante, le Parti québécois amorçant ainsi des mesures d’austérité qui ont provoqué la fracture de la coalition qui nous a pratiquement conduits aux portes du pays en 1995. En se rapprochant des anglophones et en luttant contre les purs et durs, comme Yves Michaud, il est responsable du début du déclin des appuis au PQ, du départ de nombreux membres du parti, de la montée de l’ADQ et de la création de l’Union des forces progressistes d’Amir Khadir, qui est devenu Québec solidaire en 2006.

Mais, plus grave encore, par son refus de contester le vol du résultat du 30 octobre 1995 par les magouilles et abus de pouvoir du Camp du NON, Bouchard a provoqué la fermeture définitive de la fenêtre favorable ouverte par le rejet de l’Accord du lac Meech.

Cette stratégie en vue d’accroître les appuis à l’indépendance était vouée à l’échec dès le départ. S’il réussissait, les Québécois, au contraire, étaient légitimés de penser que le fédéralisme fonctionne puisqu’il y avait moyen d’avoir des finances équilibrées, même en restant une province. S’il échouait, il plaçait le gouvernement péquiste dans une position perdante et la population – et les fédéralistes, en particulier – l’auraient accusé d’incompétence. La simple logique argumentaire aurait plutôt voulu que le gouvernement péquiste, suite au refus de son option et devant les choix cornéliens que la subordination du Québec au Canada lui imposait, place les Québécois devant deux alternatives: la tenue d’une élection référendaire sur l’indépendance ou la démission de son gouvernement. À devoir se planter dans la situation d’impuissance provinciale, c’était préférable d’en laisser porter la responsabilité par les fédéralistes.