Quel contraste!

L’ingénieur François Perreault a démissionné de la vice-présidence de Génivar vendredi dernier pour des raisons maintenant évidentes. Oui, il avait les deux mains dans la collusion.

M. Perreault s’est lancé dans une confession publique, mardi à la commission Charbonneau. L’homme n’a plus rien à perdre. L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) l’a viré de son poste au comité de discipline à la suite du témoignage de Michel Lalonde, et il vivait sur du temps emprunté chez Génivar, où il était suspendu pour la durée d’une enquête interne.

Voilà donc l’un des plus hauts dirigeants d’un poids lourd du génie au Québec qui confirme son rôle dans la toile de la collusion (on parlera bientôt d’une nébuleuse si ça continue).

M. Perreault a versé des ristournes de 3 % sur la valeur des contrats de Génivar à Bernard Trépanier pour le financement illicite de la campagne de 2009. Il se souvient d’avoir rencontré le collecteur de fonds du parti de trois à cinq reprises pour lui remettre des sommes de 20 000 $ à 50 0000 $. Il a aussi versé illégalement 200 000 $ pour la campagne de 2005. Deux élections volées, comme le clament les partis d’opposition à l’hôtel de ville.

En retour, les firmes impliquées (elles l’étaient toutes!) se partageaient les contrats publics, octroyés à fort prix. Ce système de «partage de la tarte» était contrôlé par le président du comité exécutif, Frank Zampino. Le p.-d.g. de Génius, Michel Lalonde, déterminait «l’ordre des prix» entre les firmes, en suivant les instructions de Bernard Trépanier, le responsable du coffre-fort chez Union Montréal.

M. Perreault commence à peine son témoignage qu’il a tout dit. Quel contraste avec Bernard Ouellet. L’ex directeur général d’Union Montréal a posé en organisateur «redoutable et intègre», mais le vernis de sa réputation est bien mince.

Pendant toute la durée de son mandat à Union Montréal, de 2004 et 2008, M. Ouellet était payé par la firme de génie conseil Roche, qui cherchait à percer le marché montréalais. Il a caché au maire Gérald Tremblay et à l’exécutif du parti cette lucrative relation qui lui a rapporté 327 250 $ pour «pas grand-chose», dit-il.

Quand les policiers ont mené des perquisitions chez Roche dans le dossier de l’usine de traitement des eaux de Boisbriand, ils ont trouvé des documents d’Union Montréal dans les bureaux, comme par hasard. Roche a réussi à s’implanter au sein du cartel des ingénieurs, faut-il préciser, bien que le groupe soit resté dans ligues mineures de la collusion.

M. Ouellet ne voit aucun conflit d’intérêt dans ce double mandat au groupe Roche et à Union Montréal. Il a aussi essayé de faire avaler à la commission Charbonneau qu’il n’encadrait pas Bernard Trépanier. «Monsieur 3 %» était un électron libre au sein d’Union Montréal, un parti de moins de six employés qui ne se parlaient pas, s’il faut croire ce redoutable Ouellet.

Le témoin a pâli quand on lui a exhibé un registre faisant état de 67 conversations téléphoniques entre Bernard Trépanier et lui. Ce registre, c’est un amuse-gueule pour le témoignage fort attendu de Monsieur 3 % lui-même, prévu la semaine prochaine.

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